Valencia – Ferran Torres, une patience récompensée dans un écosystème particulier

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Crédits : Iconsport

Il n’est pas le plus médiatique ni le plus cité, il a par exemple été oublié du trophée Golden Boy, pourtant Ferran Torres en impose actuellement en Liga. Joueur né en 2000, il a déjà dépassé les 50 matchs avec Valence et a pris une épaisseur réelle et nouvelle cette saison. Après avoir appris sous Marcelino, l’ailier droit confirme qu’il a du talent à revendre sous Albert Celades. Retour sur la prise du pouvoir d’un jeune aux dents longues qui a pris ses responsabilités sans sourciller.

Ses statistiques confirment sa prise de pouvoir sur le côté droit du 4-4-2 Marcelinesque reconduit par Albert Celades. Ferran Torres a joué en 16 matchs, la moitié des minutes qu’il a pu disputé avec Marcelino en 56 rencontres. Droitier virevoltant qui a régalé cette année à l’Euro U19, marquant notamment un doublé en finale, Ferran Torres est l’un des joueurs les plus attendus en Espagne et surtout à Valence. Pas encore doté de l’aura médiatique d’un Kang In Lee, celui qui est au club depuis ses 6 ans est en train de confirmer qu’il a bien fait de ne pas se précipiter.

Une post-formation frustrante mais utile sous Marcelino

Depuis novembre 2017, Ferran Torres traine avec le groupe pro des Ché. À 17 ans à peine, il côtoyait déjà le quotidien d’un grand club qui n’avait envie que de remonter la pente. Sous la rigueur de Marcelino, il a dû apprendre et prouver, à chaque fois. Malgré un potentiel réel et une capacité de faire des différences seules, jamais l’Asturien n’a voulu chambouler sa hiérarchie pour lui accorder une trop grande place trop vite. Une gestion jugée frustrante pour beaucoup mais qui a terme, a surtout protégé et permis à Ferran Torres de devenir le joueur qu’il est actuellement.

Dans un football toujours plus pressé, les jeunes sont lancés au feu toujours plus jeune. On le voit encore aujourd’hui avec les cas Camavinga, Rodrygo ou encore Vinicius voire Kubo. Chaque club veut avoir son jeune, pour se faire bien voir tout en espérant toucher un jolie chèque par la suite. Pour les top clubs, la jeunesse est aussi un pari, qui permet d’étoffer un effectif. La spéculation sur ce type de joueurs, auparavant globalement protégé est grandissante et les sommes engagées toujours plus délirantes. Dans l’esprit de Marcelino, Ferran Torres apprend autant en étant sur le banc qu’en jouant.

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Même si ses prédispositions sont visibles balle au pied, pour exister et performer dans le 4-4-2 rigide de l’ancien de Villarreal, il fait avoir une rigueur tactique rarement présente à un si jeune âge. Habitué à rentrer en fin match durant 2 ans, Ferran Torres a alors aiguisé son cerveau en plus d’améliorer globalement son football. On vante actuellement autant sa maturité, sa patience, sa compréhension du football que ses dribbles, ses ouvertures, sa rapidité avec et sans ballon ou sa capacité à faire les bons choix. En deux ans, Ferran Torres est devenu un joueur plus complet et surtout bien meilleur qui ne se repose plus sur ses qualités intrinsèques et sait maintenant faire le bon choix, même à pleine vitesse dans des séquences à haute intensité.

Le meilleur à droite actuellement à Valence 

La prise de fonction d’Albert Celades courant septembre a surpris et interrogé. Le limogeage de Marcelino, au terme d’un feuilleton haletant n’a pas été compris par le plus grand nombre. Nommer un entraîneur aussi inexpérimenté qui n’a jamais convaincu à la tête de la Rojita en remplacement d’un homme qui a remis le club régulièrement en C1 et lui a offert une Copa, n’est pas passé. Santiago Canizares par exemple n’a pas hésité à chahuté le nouveau mister de Valence.

Les débuts ont aussi été difficiles, avec une défaite 5-2 face au Barça comme dépucelage. Cependant, après avoir fait quelques concessions, écouter les plaintes des joueurs et avoir quelque peu abandonné son idée de 4-3-3, Valence a retrouvé un rythme de croisière cohérent. Depuis début novembre, Valence a disputé 8 matchs pour 6 victoires, un nul et une défaite. Durant cette même période, Ferran a débuté chaque rencontre, marquant 4 fois et délivrant deux passes décisives.

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La patte Celades est difficile à percevoir à Valence, on ne sait ce qui vient de lui et ce qui reste de Marcelino. Il est assez difficile de voir quel type de jeu il veut mettre en place. Ce qu’on voit, c’est que souvent son équipe débute très mal mais que dès que le match devient un peu fou, son Valence prend le dessus et enfile les pions. Ferran par exemple, marque régulièrement après la 75e minute. Il a déjà fait tremblé les filets face à Levante à la 88e minute, le gaucher a aussi marqué dans les arrêts de jeu face à Granada et Lille aussi.

Sans contestation actuellement, Ferran Torres est le meilleur choix pour occuper le couloir droit du club. Sans véritable concurrence directe, il est vrai, hormis Carlos Soler qui est un joueur d’axe, le droiter impressionne. À droite, il peut faire parler sa vitesse et surtout rentrer sur son pied pour trouver des angles de frappes. On apprécie aussi sa justesse technique, il n’est pas un joueur unidimensionnel et peut aussi bien faire jouer que se retrouver à la conclusion des actions. Aussi bien passeur, que buteur mais aussi accelérateur de jeu, il confirme son potentiel quand Guedes de l’autre côté s’enfonce dans les abysses.

Un mental de champion

Ce qui est le plus remarquable dans la prise de pouvoir de Ferran Torres actuellement, c’est vraiment qu’elle intervient dans une période assez compliquée pour le club. Peter Lim a fait le ménage dans l’organigramme du club, Mestalla est hostile au Singapourien, l’ombre de Marcelino est toujours dans les cœurs et Albert Celades représente pour beaucoup un simple pantin aux ordres de la direction en place. Sa nomination n’a par exemple pas été soutenu par les joueurs, qui l’ont laissé se présenter seul à la presse face à Chelsea mi-septembre.

À lire : Avant le Barça, Valence se divise et perd son guide

Dans ce contexte pesant, Ferran n’a jamais baissé les bras, au contraire. Souffrir et répondre aux attentes, lui il sait faire. Lors de l’Euro U19 disputé cet été qui a sacré la Rojita, il était le joueur le plus attendu. Une pression qui peut être compliquée à gérer mais qui a glissé sur le dos du droitier. Il a inscrit le tir au but victorieux en demi et a marqué les deux seuls buts du matchs en finale face au Portugal. Avec un maillot bien plus lourd à Valence, il a réédité les mêmes performances, sans trembler encore une fois.

Le niveau époustouflant qu’il affiche actuellement suscite de nouveau l’intérêt du plus grand nombre. Déjà courtisé depuis un moment par les plus grands clubs du continents, Ferran Torres n’a jamais répondu favorablement aux approches. Pour lui cela ne fait aucun doute, il doit réussir à Valence avant d’espérer autre chose. Actuellement, il est l’un des tout meilleurs, en plus de faire la paire avec les tauliers du club que sont Rodrigo, Parejo ou encore Gameiro. Son jeu et son état d’esprit sont loués régulièrement par ses coéquipiers. Ferran Torres n’avance plus masqué, et face au Real Madrid lors de la 17e journée, il peut encore éclabousser l’Espagne de son talent alors que Valence sera privé de Gameiro et Maxi en pointe notamment.

Benjamin Bruchet 

@BenjaminB_13

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