Getafe : Le carrosse n’est pas redevenu citrouille

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The manager of Getafe, Jose Bordalas on May 21st, 2019. Photo : Marca / Icon Sport

Comment Getafe, un club qui a failli connaitre la Segunda B il y a maintenant quatre saisons peut être en passe de se qualifier pour les seizièmes de finales de Ligue Europa tout en trustant le haut du tableau en Liga, une seconde année de suite ? Les azulones vivent un conte de fées, littéralement. Cependant ici pas de sorts, de baguette magique ou de génie généreux, juste du travail, beaucoup de travail et surtout de la qualité à des postes clés. Souvent moqué, Getafe est devenu un modèle, au point de truster la direction de la Liga. Retour sur la manière dont le club a confirmé sa sublime saison 18-19.

Mai 2019, au terme d’un exercice absolument génial, Getafe accroche une 5e place après un championnat long de 38 journées. Le pire dans tout ça ? Derrière l’exploit sportif de voir un si petit club, qui n’est de retour en Liga que depuis 2017 se qualifier directement pour les phases de poules de C3, il y a un petit peu de frustration. Le club a longtemps été 4e du championnat et donc virtuellement qualifié pour la Champion’s. Valence qui a fini la saison en boulet de canon n’a que deux points de plus que les Azulones au coup de sifflet final. Cependant après l’euphorie, les madrilènes doivent travailler. Découvrir l’Europe c’est bien, mais Pepe Bordalas, le gourou derrière la réussite du club ne se contentera pas de faire de la figuration.

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Un été particulier 

La première décision du board est de prolonger le contrat du technicien natif d’Alicante. Les deux parties sont maintenant liées jusqu’en 2022, preuve de la confiance mutuelle. Pepe Bordalas a beaucoup bourlingué, il a connu les galères dans les petites divisions espagnoles, les échecs, les succès aussi. A Getafe, avec des bouts de bois sur le papier, il réussit des merveilles et déplacent des montagnes. Alors voir tout ce beau monde se qualifier en Europe, c’est surprenant mais aussi gratifiant. Ici c’est le travail conjoint des joueurs, du staff et du board qui est salué.

A Getafe, en plus de bien recruter, on sait garder ses cadres. A l’été 2019 comme lors du précédent, aucun départ majeur. Mieux encore, le club se renforce un peu partout. L’un des plus petits budgets de Liga ne peut pas faire de folies sur le mercato et doit donc se mettre en quête de recrues pour pas cher. C’est là que la science du recrutement portée par Angel Martin le DS du club et Angel Torres le président qui a notamment déniché Djené en Belgique intervient. Cet été, Nyom, Cucurella, Jason, Raul Garcia, Etxeita, Gallego ou encore Kennedy vont rejoindre le club. D’autres suivent, comme Timor ou Fajr. Hormis Kenedy qui arrive de Newcastle et Cucurella qui a été remarqué à Eibar la saison dernière, peu de noms enviables. A Getafe, l’important est ailleurs.

Crédits : Iconsport

Ici on cherche des joueurs capable de rentrer dans le moule Bordalas, qui dispose d’un style particulier. Les investissements sont raisonnés, ici les huit millions d’euros sur Gallego font partis des plus gros transferts du club. Pour comprendre comment le club réussit à se situer aussi haut, il faut regarder les matchs. Quand on s’attarde sur les statistiques, Getafe est souvent dans le bas du classement, hormis en terme de buts encaissés. L’équipe a l’un des plus faibles pourcentages de possession du championnat, l’un des plus faibles pourcentages de passes réussies ou encore l’un des plus faibles temps de jeu avec ballon lors des matchs. Pourtant, l’équipe gagne, marque des buts et produit du danger de manière régulière.

Une inclusion parfaite du plus grand nombre

Des trois clubs engagés en Ligue Europe, Getafe est le seul à ne pas encore être qualifié pour le tour suivant avant la dernière journée. Cependant si on creuse un peu, les Azulones se sont parfaitement servis de cette compétition pour créer un noyau de 18 joueurs capable de s’interchanger pour performer. Pendant que Seville donnait du temps de jeu aux troisièmes lames tout en conservant un onze assez figé en Liga et que l’Espanyol coulait au classement en donnant du temps de jeu aux jeunes en Europe, Getafe a intégré ses recrues, travaillé son jeu et progressé.

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Après des débuts difficiles, il fallait digérer ce mercato consistant et l’enchaînement des matchs, Getafe a logiquement remonté la pente. La saison dernière, la réussite du club s’expliquait par la bonne forme de duo. Molina-Mata, Arrambarri-Maksimovic, Cabrera-Djené, mais actuellement, c’est différent. Nyom est balloté à droite et à gauche, Cucurella oscille entre un poste au milieu et en défense et devant, Angel-Mata et Molina se partagent les places sans hiérarchie établie. Pour faire simple, Bordalas a choisi de ne pas établir un onze fixe mais de changer à chaque match, un ou deux joueurs, voir plus pour s’adapter et surprendre.

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Sur les huit premières journées de Liga, Getafe n’avait connu la victoire que deux fois, pour deux défaites (face au Barça et à l’Atleti) et donc quatre nuls. Depuis, sur les 9 dernières journées, les Azulones ont remporté six matchs pour deux nuls et une défaite. Un rythme qui permet au club de dépasser son total de la saison dernière à même époque, avec cinq matchs en plus, pour arriver à 27 points en 16 journées et une cinquième place à quatre points de Seville, sept du duo de tête mais surtout une unité de plus que l’Atleti, notamment.

Une évolution sans révolution

Cet influx de nouveaux joueurs a logiquement bouleversé l’écosystème que Pepe Bordalas avait mis en place à Getafe. La saison dernière, hormis les coups de butoir de Mata et Molina, qui ont représenté à eux deux plus de la moitié des buts des Azulones en championnat, c’était surtout la rigueur défensive qui était pointée du doigt. Avec moins d’un but concédé par match en moyenne, Getafe était avec l’Atleti et Valence l’une des meilleures défenses du championnat.

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Cette saison, exit par exemple les latéraux en ailier, ce sont des joueurs bien plus offensifs qui prennent place sur les extérieurs du 442 avec Jason et Cucurella. Le premier, est un piston de formation et est très porté sur l’offensive, le deuxième, ex d’Eibar et latéral de formation s’est révélé en tant qu’ailier au Pays Basque. La rigueur est encore là mais Getafe triomphe par la variation de son jeu. Les entrées de Kenedy avec le remplacement de Cucu en latéral, par exemple, apportent énormément aux madrilènes. En 18-19, Getafe a connu 11 buteurs différents en 38 journées, cette saison on en est déjà à 10.

Actuellement Getafe est surement dans l’une des meilleures périodes de son histoire. Le travail du club est reconnu, le Coliseum souvent moqué pour être vide est devenu un stade vivant sans être transcendant. Le président du club vient d’être nommé pour présider la Liga avec la démission de Javier Tebas en attendant de nouvelles élections. Pepe Bordalas est salué par la profession et le club se structure de manière admirable sans se mettre financièrement en danger. Le technicien s’est totalement métamorphosé physiquement ces dernières années et change maintenant littéralement l’image de Getafe en Espagne. De quoi rêver d’une 4e place en fin de saison ? Et pourquoi pas ? Réponse en mai prochain.

Benjamin Chahine 

@BenjaminB_13

 

 

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