Avant le Real Madrid, Pablo Machin cherche la formule avec l’Espanyol

0
Pablo Machin
Crédits : Iconsport

Équipe habituée à jouer le milieu de tableau et connue en Espagne pour être très proche du Real Madrid, l’Espanyol vit une première moitié de championnat très compliquée. La nomination de Pablo Machin n’a pas eu l’effet escompté, la formation continuant de sombrer au classement. Sans cohérence sur le terrain, les Catalans ont quatre manches pour tenter de mieux finir 2019. Du calendrier défavorable; aux multiples problèmes dans le jeu et déclarations qui s’entrechoquent; états des lieux avant le Real Madrid.

Début octobre, après 1 victoire et 5 points en 8 matches, David Gallego était destitué de l’Espanyol pour nommer Pablo Machin. L’arrivée du natif de Soria, ancien de Girona et de Seville, avait drainé beaucoup de curiosité, mais surtout le sentiment que l’équipe était enfin entre de bonnes mains. L’effectif semblait bien conçu pour coller au projet de jeu si particulier du technicien. Oui mais voilà, comme la maxime très connue en France, dans le football, le plus important cela reste les matchs. Et après 7 matches à la tête des Pericos, Pablo n’a rien inversé. L’équipe n’a pris que 5 points en 7 journées. Mais pour quelles raisons ça ne marche toujours pas à Cornella ?

Un été mal géré, seule raison à la crise de résultats ? 

C’est la musique qui est en train de grandir du côté des suiveurs du club catalans et qui se répercutent logiquement dans les médias espagnols. Qui d’ailleurs évoquent un bouleversement cet hiver de l’effectif. Des pistes comme Raul de Tomas, un autre milieu et très certainement un central, sont évoquées. L’Espanyol disposerait d’une dizaine de millions d’euros pour boucler ses multiples opérations, hors ventes. Malgré un dente toujours conséquent et une volonté affichée de s’appuyer sur la Cantera, pour beaucoup, l’Espanyol paye son manque d’investissement financier.

A lire : Pablo Machin à l’Espanyol : Le mariage parfait, sur le papier ?

Bien sûr, perdre Borja Iglesias et Mario Hermoso le même été a eu de fortes conséquences. Surtout que dans le sens des arrivées, seuls Bernardo Espinosa, Sebastien Corchia ou encore Jonathan Calleri apportent une dose d’expérience. De quoi permettre au club de bien figurer sur la scène européenne, tout en continuant de s’imposer comme une équipe de haut de tableau en championnat. L’Espanyol a aussi acheté le jeune Calero, central qui a réalisé un excellent exercice 18-19. Ainsi que Mathias Vargas, LA sensation estivale. Les Pericos affichent logiquement une balance excédentaire sur le marché : 59 millions de recettes contre 18 millions de dépenses.

Crédits : Iconsport

Sur le papier, l’équipe reste plus que cohérente. À chaque poste nous retrouvons d’excellents joueurs. De plus, il y a une vague de Canteranos aux dents longues, qui ont fait la réussite et la renommée du club ces dernières années. L’Espanyol est une équipe qui post-forme très bien ses talents. Asensio et Lucas Vazquez, sont par exemple passés par ce club avant de retourner au Real Madrid. Hermoso, a quant à lui tout du prochain central à la mode en Europe. Pour les autres, les noms à suivre cette saison sont Pol Lozano, Lluis Lopez, Campuzano, Victor Gomez, Pipa et toujours Melendo.

Associés à ce petit monde bourré de talent, des anciens, comme Diego Lopez, Victor Sanchez, Esteban Granero, David Lopez ou Ander Itturaspe. L’équilibre entre forces vives et vieux briscards semblent tenir la route. Pourtant après la lourde défaite 4-2 face à Osasuna lors de la 15e journée, Machin n’a pas hésité à pointer du doigt l’inexpérience de son groupe. L’ancien de Séville estime que son équipe aborde les matches de la mauvaise façon, laisse trop d’initiative à ses adversaires et manque de tauliers. Pourtant au coup d’envoi, les Pericos avaient 4 trentenaires titulaires. Ainsi que des joueurs avec pas mal de matches de D1 comme Sergi Darder, Marc Roca ou encore Wu Lei. Mais alors quel est le véritable problème ?

Un simple problème mental ?

Entre les invectives expliquant que chaque match est le dernier; les joueurs assurant qu’ils vont tout donner; ou encore les déclarations de soutien à Pablo Machin; certains pointent un problème mental. Il est vrai qu’une telle crise de résultats et surtout de réussite peut mettre un effectif dans une situation très compliquée. Surtout qu’actuellement, les statistiques de l’Espanyol ne sont pas mauvaises. L’équipe est dans le milieu de tableau en ce qui concerne les tirs faits et concédés par match. En revanche lorsque nous creusons un peu, le constat est plus accablant.

L’équipe produit très peu collectivement. Le meilleur buteur du club est Marc Roca, un milieu à vocation défensive, avec 2 réalisations sur penalty. L’équipe a des xGoals très décevant à chaque match et cadre un peu moins de 3 tirs par rencontre. Individuellement, pour les joueurs à plus de 800 minutes de jeu en championnat, Darder et ses 0,13 xGoals par matches représentent la plus grosse moyenne de l’équipe. Le cadre collectif étant très flou, les joueurs en crise de confiance ne peuvent pas se raccrocher à une ossature claire. Tout cela rend l’équipe inoffensive, fragile et à la merci de la moindre erreur individuelle.

« Je suis inquiet non seulement au vu de l’attitude, mais aussi, pourquoi se le cacher, de la capacité des joueurs. Ne vous y trompez pas, ce n’est pas un problème seulement mental. » Pablo Machin

Il est assez difficile d’agir sur le mental des joueurs sans pour autant améliorer les résultats. Javier Aguirre à Leganes s’est donné pour missions de ramener de la joie dans le vestiaire des Pepineros. Pourtant l’équipe n’a toujours pas trouvé la bonne formule sur le terrain. Pablo Machin a logiquement mis en place la défense à trois à son arrivée. Ce schéma particulier pousse les joueurs à devoir se recréer de nouveaux automatismes. Des hommes en place, seul Bernado Espinosa, joueur de Girona il y a deux saisons connait parfaitement cette organisation.

Une ossature collective à trouver

Hormis la parenthèse dorée Européenne, l’Espanyol ne réussit pas à trouver de la continuité dans son jeu. Les hommes derrière et au milieu ont l’air de faire l’unanimité. Pourtant à chaque fois, des ajustements entre 3151 et 3412 sont à faire. Calero est de retour dans les bonnes feuilles de son entraineur. Il est soutenu par l’expérience de Bernado Espinosa et le jeu de passe assez fiable de David Lopez. Le double pivot, base de beaucoup de choses dans le jeu de Machin, est actuellement Victor Sanchez et Marc Roca. Une association qui a déjà fait ses preuves la saison dernière, mais qui a aussi des carences criantes.

Victor Sanchez
Victor Sanchez face à Osasuna. Crédits : Sofascore
Marc Roca
Marc Roca face à l’Espanyol. Crédits : Sofascore

 

 

 

 

 

 

Sur les dernières sorties du club, avec en point d’orgue la lourde défaite face à Osasuna, ce double pivot est resté assez bas. Marc Roca a tenté beaucoup de passes en profondeur, sans pour autant créer du décalage dans le jeu ouvert proposé par les Navarrais. Les heatmaps de Roca et Sanchez sont éloquentes, les deux joueurs ne se rendent pas meilleurs.

Dans un milieu à trois et avec une défense à deux, cette association était intéressante. Elle permettait notamment de ne pas laisser à Roca toute la charge défensive. Mais actuellement, l’Espanyol a besoin de joueurs avec un jeu de proposition de haut niveau. Avec 3 centraux, surcharger ton milieu avec deux joueurs du même profil est contre-productif.

Ander Iturraspe
Ander Iturraspe face à Ferencvaros. Crédits : Sofascore
Pol Lozano face Ferencvaros. Crédits : Sofascore

 

 

 

 

 

 

Bien sûr il est assez difficile de comparer ce que propose l’Espanyol en Europe et en championnat. Les Catalans semblent touchés par une bonne étoile sur le continent, avec une invincibilité de plus de 35 matches. Cependant, le match de Pol Lozano face à Ferencvaros et sa heatmap sont l’illustration de ce qui manque au milieu de Pablo Machin. Le jeune milieu, qui a une chance de jouer ce week-end avec l’absence de Victor Sanchez, a multiplié les courses et été présent partout. Ce match, comme celui d’Ander Itturaspe face à ce même adversaire, rappel les partitions rendus par Borja Garcia à Girona sous le natif de Soria en 17-18.

Et l’attaque dans tout ça ? 

Sans buteur capable de marquer une dizaine de but, difficile de performer. Cet adage, qui est repris partout et par tout le monde est vrai. Sans pour autant être une réponse à tout. Quand on se souvient de Stuani et du Girona de Machin en 17-18, bien sûr que sa vingtaine de but a beaucoup aidé. Mais le jeu en rupture de Portu, la polyvalence tactique de Pablo Maffeo ou encore les arrêts de Bono ont été aussi déterminants. Actuellement, Alaves place deux joueurs dans le top 10 des meilleurs buteurs du championnat, en étant que 14e au classement. De même pour Villarreal qui a le troisième buteur de Liga mais est 13e.

Ce qui manque actuellement à l’Espanyol c’est une ossature collective avec des circuits de passes bien établies et une bonne utilisation du terrain. Hormis Sergi Darder, qui excelle dans le jeu sans ballon et qui tente d’occuper le centre du terrain, tout en jouant entre les lignes, les Catalans sont assez statiques. Wu Lei et Campuzano évoluent plus comme deux joueurs en soutien d’un attaquant, plutôt que comme des buteurs. Comme à Séville, Pablo Machin doit trouver la bonne association offensive et se réinventer.

À Girona, il avait un pivot très puissant et deux joueurs en soutien très mobile. Stuani était la tour de contrôle, Borja Garcia le passeur, Portu le provocateur toujours prêt à bondir dans l’espace. À Seville, Machin avait tenté de reproduire le même schéma avant de rapidement changer son fusil d’épaule pour associer Ben Yedder à Silva et donc aligner deux pointes. Actuellement à Barcelone, c’est la composition de son milieu qui freine toute son équipe.

Victor Sanchez et Marc Roca ne se renforcent pas comme dans un milieu à trois. C’est donc l’ensemble des joueurs devant eux qui doivent descendre pour trouver le ballon. La surface est très peu attaqué et quand elle l’est, c’est mal ou des situations qui aboutissent rarement à des frappes de qualité. Campuzano, tourne à une moyenne de 1,7 tir par match en Europa Ligue, contre 0,7 en Liga. Les côtés sont aussi surchargés, sans réussir à trouver un point d’appui au milieu. L’équipe se précipite, rate et patine.

L’espoir demeure face au Real Madrid

Même si l’équipe est dans une crise profonde; que Machin a même été questionné sur une possible démission de sa part et sur son envie de voir des nouveaux joueurs arrivés; l’espoir persiste avant d’affronter le Real. « Penser que d’autres doivent venir laver la merde dans laquelle nous nous sommes engagés, c’est être peu responsable. Nous avons besoin d’aide, mais celui qui vient ne sera pas le sauveur du projet. » explique le technicien. Il poursuit :

« Quand je suis arrivé ici, je savais que le sujet était très compliqué, mais j’y crois toujours. Je sais que ce sont ces joueurs qui vont nous sortir de là, je suis le dernier qui quittera ce bateau. » 

L’équipe qui réalise son plus mauvais début de championnat depuis 2003 peut espérer des choses intéressantes de son déplacement au Santiago Bernabéu. La blessure de Victor Sanchez devrait permettre la titularisation d’Esteban Granero, un milieu beaucoup plus organisateur et surtout doté d’un jeu de proposition plus intéressant. Devant, Calleri devrait être aligné seul avec en soutien deux milieux qui excellent dans le jeu entre les lignes : Melendo et Darder. Un schéma ambitieux, et qui change avec ce que propose habituellement le technicien. Sans faire du football fiction, ce onze répond sur le papier à plusieurs problèmes récurrents des Catalans ses dernières semaines.

Calleri est un attaquant de surface et un très bon pivot. Malgré sa maladresse récurrente, l’Argentin tente et peut faire gagner des mètres à son équipe grâce à son jeu aérien. Derrière, Darder et Melendo vont pouvoir proposer et se déplacer, sans pour autant devoir descendre trop bas. En effet, la présence d’Esteban Granero assure un deuxième bon relanceur dans ce secteur. L’Espanyol est dans une situation d’urgence et doit prendre des points tout en progressant collectivement. Pablo Machin n’a plus le choix, il doit trouver la bonne formule.

Benjamin Chahine

@BenjaminB_13

Commentaires