Mercato – Akram Afif, futur Omar Abdulrahman ou prochain agitateur du football Européen ?

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Crédits : Icon Sport

Le Qatar est une sélection qui rayonne actuellement en Asie mais aussi sur l’ensemble du globe. Sans réussir à redorer l’image du pays, toujours minée par un mode de fonctionnement moyenâgeux. Les Maroons ont pourtant remporté haut la main la Coupe d’Asie des Nations et surtout ont été au niveau en Copa America lors de l’été 2019. Akram Afif, offensif talentueux qui a déjà performé en Europe a pris une épaisseur nouvelle lors de cette année qui lui a permis d’être sacré meilleur joueur de la confédération Asiatique. Cependant, l’offensif est à la croisée des chemins, entre zone de confort et envie d’Europe. Présentation.

L’année 2019 est un grand cru pour le Qatar et Akram Afif y est pour beaucoup. Vainqueur de la Coupe d’Asie de Nations en début d’année avec la manière, la sélection menée par Félix Sanchez s’affirme comme une des meilleures de la confédération. Cette impression confirme les choix de la fédération de s’appuyer sur une jeune génération diplômée d’Aspire le tout encadrée par une vieille garde. Akram Afif qui est toujours sous contrat avec Villarreal et qui vient d’être sacré meilleur joueur du continent est un des symboles de l’émergence footballistique des Maroons. Impliqué sur plus de 50 buts en 2019 et à 22 ans, son nom devrait réapparaître au vu de l’arrivée du mercato hivernal. Cependant vu qu’au Qatar rien n’est simple, la situation de l’ailier gauche pose question. Etat des lieux.

La plénitude sportive mais une situation contractuelle floue 

Akram Afif est l’une des plus grandes réussites d’Aspire. Lui le Qatari d’origine tanzanienne et yéménite a rejoint très vite les rangs de la prestigieuse académie. Habitant proche du camps de base du gigantesque complexe multisports qui mélange lieu de formation, centre d’entrainement et de remise en forme ou encore lieu de rééducation, Akram est très vite mélangé au gratin de la jeunesse du football qatari et mondial. Rapidement, son jeu se fait remarquer.

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Il est même envoyé en éclaireur dans les équipes de jeunes de Seville puis de Villarreal. Il suit le parcours classique pour les diplômés d’Aspire et Afif signe dans un autre club européen pour lancer sa carrière dans le football professionnel, cette fois à Eupen en Belgique. La même année, en 2014, il serre les dents et dispute la Coupe d’Asie U19, qui sacrera le Qatar. Le temps d’une saison, en D2, entre 2015 et 2016, l’offensif qui apprécie le côté gauche se fait remarquer. Décisif, on aime sa faculté à faire des différences, à jouer, faire jouer et surtout à marquer.

À l’été 2016, Afif retourne en Espagne,à Villarreal puis en prêt au Sporting Gijon, peu concluant sportivement cette expérience est enrichissante pour le joueur. Après un bref retour en Belgique, l’ailier rentre pour la première fois au pays et signe chez le géant Al Sadd, en prêt. Depuis 2018, l’ailier virevoltant terrorise les défenses locales et son club est devenu l’un des plus importants du championnat. Réussissant des belles performances sur le continent et enchaînant les succès localement, sa progression est cohérente. La saison 2018-2019, sa seule complète à ce jour avec le club Qatari est sa meilleure au niveau comptable. En championnat, il a fait tremblé les filets 26 fois et délivré 13 passes en 22 matchs. Son jeu est la base de tout, capable de faire la jonction entre le milieu et l’attaque, il a cette capacité à être à l’aise dans plusieurs filières ce qui le rend très compliqué à cadenasser.

Sami du compte twitter @Qatarfoot_FR revient sur les progrès de l’ailier depuis son retour au pays. « L’évolution d’Akram Afif est fulgurante depuis 2 ans. De brillant soliste, il est devenu un joueur primordial dans la réussite de son équipe, que ce soit en club ou en sélection. Il éclaire le jeu de son équipe, il guide ses coéquipiers, sans lui il y a une panne de créativité dans le jeu, l’équipe patine. Al Sadd sans lui ne propose pas grand-chose, surtout depuis l’arrivée de Xavi qui ne fait pas preuve d’une grande adaptabilité sur le plan tactique depuis le début de saison. » Il poursuit. « En sélection, sans lui, les Maroons ont beaucoup plus de mal à accélérer le jeu, à imposer leur vision du jeu style tiki taka. Al Haydos est le capitaine, le leader vocal, et Afif le leader technique de l’équipe. »

Pour éviter de voir ses meilleurs éléments tomber dans une certaine complaisance, le Qatar a mis très vite ses joueurs en situation compliquée. Afif a rapidement été confronté au football espagnol, Aspire est un endroit concurrentiel et finir sa post-formation à Eupen n’a rien de simple. Akram Afif a réussi à passer sans encombres toutes ses épreuves pour être maintenant l’un des joueurs les plus en vue d’une sélection à la mode. Son football, ses stats et son style sont maintenant salués et reconnus sauf qu’il appartient toujours à Villarreal et que son avenir avec le sous-Marin jaune semble bouché.

Reproduire un schéma qui a marché ou tenter de préserver coûte que coûte la forme au risque d’une stagnation

Logiquement, au vu de son titre, de son statut, de son expérience et de son style, Akram Afif a tout du profil du joueur qui peut cartonner en Europe. À un peu plus de deux ans de la Coupe du Monde au Qatar, le cas Afif interroge. Que faire du joueur, même si Aspire n’est pas officiellement l’agent du joueur, l’académie a toujours plus ou moins dirigé la carrière de ses petits protégés, surtout les jeunes Qataris.

Afif face à la Colombie lors de la Copa America 2019. Crédits : Icon Sport

Actuellement, peu de joueurs hormis Afif et Hassan ont le potentiel et le niveau pour tenter ou retenter le grand saut en Europe. Le premier, au vu de sa capacité d’adaptation et des expériences en Belgique et en Espagne a tout du client parfait pour montrer aux yeux du vieux continent que le Qatar est vraiment près pour 2022. La Copa America ou encore la Coupe d’Asie des Nations c’est bien, mais avoir un joueur qui performe chaque week-end, c’est bien voir même mieux médiatiquement.

Cependant que faire avec un tel joueur dans une dynamique vraiment intéressante actuellement. Le Qatar a réussi à performer en Amérique du Sud et en Asie avec une sélection composée essentiellement de joueurs locaux, mais une compétition continentale ce n’est pas la même limonade qu’un rendez vous mondial en terme d’intensité et d’attentes. Se pose alors la question de zone de confort et des échecs pour devenir ensuite plus fort.

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Sans ses expériences assez compliquées en Europe (même dans un contexte favorable dans l’absolu), Akram Afif ne serait très certainement pas devenu si vite un tel joueur. Maintenant dans un fauteuil dans la Qatar Stars League et après avoir dépassé les 50 sélections à 22 ans, c’est peut-être le bon moment pour renvoyer le joueur en Europe, ou en tout cas rendre les conditions d’un départ favorable, pour le bien de tous mais avec le risque de perdre quelque peu le joueur.

D’un côté, le cas de l’Emiratie Omar Abdulrahman, rester au Pays durant plus de 10 ans, son premier transfert à l’étranger l’année passée a été un départ en … Arabie Saoudite. Toujours plus ou moins proche de l’Europe, le milieu n’a jamais franchi le pas, ses performances et son aura se cantonnent donc au Moyen Orient hormis un excellent tournoi aux JO 2012 et c’est assez frustrant. Le continent asiatique a encore beaucoup de mal à exporter ses talents même si cela évolue un peu actuellement et dans le golf c’est pire. Sauf que se frotter à une adversité plus grande, devoir se frayer une place dans des effectifs compétitifs permet aux joueurs de grandir ou … De sombrer.

De l’autre côté, des Asiatiques ont franchi de sacrés paliers en s’exportant. Récemment, le cas Doan ou encore Ito à Genk sont intéressants. Bien sûr, on peut prendre la tangente en évoquant un joueur comme Shibasaki qui est un peu dans le dur ou encore Wu Lei pas au mieux. En revanche, une chose est certaine, se tester au football européen est un révélateur intéressant pour évaluer réellement les joueurs qui surperforment dans une zone pas connue pour son football de qualité. Le leitmotiv d’Afif rassure sur son envie de se mettre en danger. « Le pays croit en moi mais ça ne suffit pas. Si je ne fais rien, ça ne va pas marcher. Je dois aller au-delà de mes limites« .

Peu de clubs intéressés et intéressants pour Akram Afif ? 

Sans voir Akram Afif plus beau qu’il n’est, son statut est important et les clubs européens qui pourraient lui permettre de montrer son football dans le meilleur des environnements ne sont pas légions. Vient logiquement le cas de l’Espagne, bien connue de l’offensif et qui a des liens plutôt fort avec le Qatar depuis longtemps. Difficile de voir Afif signer en D3 au Cultural dans un mouvement similaire à celui de Wu Lei à l’Espanyol. Impossible de le voir se frayer une place dans l’effectif pléthorique de Villarreal, club avec lequel il est toujours sous contrat, au vu de la concurrence dans son secteur.

En prêt jusqu’à juillet 2020 à Al Sadd, le club de Xavi, Akram Afif pourrait attendre cet été pour bouger, et s’éviter de débarquer en plein cœur d’une saison, ce qui est compliqué pour l’intégration. Émerge la possibilité d’un nouveau prêt, cette fois en Espagne, ou d’une vente sèche, l’ailier gauche est sous contrat jusqu’en 2021 avec le sous marin jaune. Ceci est de la pure supputation, mais connaissant la tendance de la fédération Qatarienne à diriger la carrière de ses protégés, la possibilité d’une arrivée à Alcorcon peut prendre de l’ampleur. Une autre possibilité, qui coche moins de cases favorables à l’épanouissement d’Afif est Leeds, qui est aussi proche d’Aspire et du Qatar avec des partenariats noués.

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Le club madrilène, qui progresse ces dernières années, a changé de main cet été. Dans la liste des repreneurs : Ivan Bravo, l’un des Espagnols les plus puissants d’Aspire. Bien qu’il assure que ce projet soit personnel, ses liens avec l’Académie ont été maintenus. Le club toujours en course pour la montée cette saison, pourrait alors s’offrir un offensif de talent, ainsi qu’un coup de pub mais surtout permettre de mettre Afif dans les meilleures des conditions pour performer. Alcorcon est un club tranquille et proche de Madrid.

Akram Afif face aux EAU lors de la Coupe d’Asie des Nations en 2019. Crédits : Icon Sport

Une impression partagée par Sami de @Qatarfoot_Fr, il explique. « On n’a pas pu trop l’admirer lors de son court passage en Espagne, et il a tellement progressé en étant au Qatar que j’ai du mal à croire qu’il ait atteint son plafond. Personnellement j’adorerais le voir évoluer en Liga bientôt, car il mérite amplement. Mais je préférais plutôt qu’il rejoigne un club de Liga2 histoire que ça lui fasse un tremplin, parce qu’à Villarreal la place est un peu bouchée pour lui. Il va très certainement retenter sa chance, mais il ne doit pas griller les étapes. Les différences entre Asie et Europe sont grandes et les championnats de la région n’ont pas grande réputation sur le vieux continent.« 

L’élu Qatari Akram Afif draine dans son sillage beaucoup d’attentes au pays. Conscient de tout ça, il est revenu sur ce point en se voulant rassurant . « J’ai une grande responsabilité, mais je ne ressens aucune pression« . On ne sait pas de quoi sera pavé l’avenir d’Afif qui s’annonce cependant radieux sur le papier. 2022 c’est loin mais en même temps c’est près, et le choix de son futur club sera surement déterminant pour son évolution. Réponse bientôt, actuellement l’ailier peut clôturer son année 2019 exceptionnelle avec une Gulf Cup, sa sélection est actuellement qualifiée pour les demi-finales. L’Asie a été conquise par Akram, maintenant l’Europe peut aussi succomber à ses talents.

Benjamin Bruchet 

@BenjaminB_13

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