Pedri, la nouvelle perle du Barça qui émerveille en Segunda à 16 ans

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Acheté par le FC Barcelone en fin de mercato, Pedri est la nouvelle pépite du centre de formation de Las Palmas. Comparé à Iniesta, David Silva ou encore Juan Carlos Valerón, l’international U17 espagnol se balade en Segunda où chaque week-end il régale aux côtés de Jonathan Viera.

« Trop petit », « trop maigre », « pas assez physique ». Combien de joueurs de petit gabarit vont encore devoir prouver que les critères de sélection sur le physique ne font qu’exclure les éléments les plus importants : la relation avec la balle et la compréhension du jeu. Alors que Griezmann a dû migrer en Espagne pour trouver un club qui l’acceptait, Pedri González a quitté son île de Tenerife pour rejoindre l’UD Las Palmas. Le CD Tenerife n’a pas cru en lui sur la base de son corps jugé frêle. Quatre ans plus tard, il signe dans un des plus grands clubs espagnols, le FC Barcelone. La relation avec le club blaugrana est inscrite dans l’ADN du jeune joueur : son grand-père est le fondateur de la peña barcelonista de Tenerife. Du haut de ses 16 ans, ce  garçon timide en dehors du terrain et culotté sur le rectangle vert est en route pour mettre l’Espagne et le monde à ses pieds.

Une étoile est née

Pedri est monté cet été dans la première équipe de Las Palmas. Annoncé comme un crack par ceux qui ont eu l’opportunité de le côtoyer en centre de formation, il séduit très rapidement les supporters lors des entraînements et les matchs de préparation. Dans les couloirs du club, on chuchote qu’il serait encore meilleur que Jonathan Viera à son âge. Les inévitables comparaisons prennent de l’ampleur et ce jeune garçon se voit attribué toutes les qualités du footballeur-type canarien. En fin d’été, alors que l’UD Las Palmas se retrouve dans une situation financière compliquée, le président Miguel Ángel Ramírez annonce que plusieurs clubs de Liga sont intéressés par Pedri. Il ajoute que la vente de Pedri réglerait en grande partie les problèmes économiques du club. Dégoûtés par la mauvaise gestion de la direction, les supporters Pío Pío se font à l’idée que l’un des plus grands talents que l’île a vu passé ces dernières années va partir. C’est finalement le FC Barcelone qui achète Pedri, puis qui le prête dans la foulée pour une saison à Las Palmas. Le prix du transfert est de 6 millions d’euros mais inclut une multitude de variables qui pourraient faire que le Barça dépense bien plus (entre 25 et 30 millions).

Crédits: canarias7.es

Depuis le début du championnat, la progression de Pedri se fait de manière exponentielle. Sur les premiers matchs, Pepe Mel préférait préserver le jeune joueur et l’intégrer peu à peu en cours de partie. Le « problème » est que Pedri, d’abord un peu bousculé par les défenseurs de Segunda, s’est rendu indispensable à Las Palmas. Son temps d’adaptation à une catégorie aussi difficile que la deuxième division a été extrêmement rapide. À chaque fois qu’il est sur le terrain, il révolutionne le jeu de l’équipe et introduit une nouvelle dynamique dans le match. Son touché de balle exceptionnel, sa créativité et sa légèreté font de lui un joueur singulier. Son point de gravité bas lui permet d’éliminer facilement que ce soit en dribblant ou simplement avec son corps. Mis à part la facette technique, Pedri excelle dans la gestion de l’espace-temps. Ses ouvertures diagonales et ses passes filtrées témoignent d’une vision et d’une interprétation du jeu inhabituelles pour un joueur aussi jeune. Le Mondial U17 (en ce moment au Brésil) est une belle vitrine pour Pedri qui a déjà laissé quelques détails intéressants, notamment contre l’Argentine.

Un lien naturel avec Jonathan Viera

Marcelo Bielsa dit que réduire les espaces est facile, mais résoudre ce problème, c’est-à-dire savoir gérer la réduction des espaces par l’adversaire, est très difficile. Las Palmas possède deux joueurs hors normes qui sont la solution à ce problème : Pedri et Jonathan Viera. Pourtant séparés par toute une génération, ils parlent le même langage et sont condamnés à s’entendre. Viera a intégré l’équipe cet été, lui aussi sous forme de prêt par le Beijing Guoan. Ce gros coup de mercato ressemblait plus à une opération marketing par Miguel Ángel Ramírez (voir le cas de Vitolo deux ans avant) mais il faut reconnaître que l’arrivée du Mago de La Feria permet pour l’instant à Las Palmas de prétendre encore aux play-offs. Principal créateur du Las Palmas de Quique Setién, Viera a repris le leadership technique de l’équipe avec cette fois Pedri à ses côtés et donne de l’oxygène à une équipe qui était souvent en manque d’idées l’année passée.

Associés ensemble, les deux jugones dégage une complémentarité naturelle. À propos de la complémentarité, Óscar Cano écrit : « (…) nous ne devons pas oublier que pour qu’il n’y ait pas une diminution des possibilités de l’équipe, pour que la configuration des relations soit fructueuse, il n’y a rien de plus souhaitable que d’aligner des joueurs qui fonctionnent de manière similaire. » Pedri et Jonathan Viera permettent de créer un désordre ordonné, un semblant de chaos positionnel qui permet des associations très libres. Pedri se balade sur les deux ailes tout comme dans l’axe du terrain où il n’hésite pas à piquer pour semer le trouble chez l’adversaire. Jonathan Viera a l’art du timing pour s’engouffrer dans des petits espaces et d’en sortir, sa seule présence fait office d’aimant pour les défenseurs adverses qui craignent ses capacités créatives. L’alignement des deux joueurs sur le terrain constitue une ode au football. « Pedri et moi comprenons le football de la même manière », une déclaration de Viera qui explique tout.

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Un écosystème favorable et les limites du long terme

Pedri et Jonathan Viera ne jouent pas à deux contre onze. Autour d’eux, Pepe Mel essaye de mettre en place une structure qui potentialise au maximum leurs qualités. En termes d’aisance technique et de sens du jeu, le milieu de terrain de Las Palmas n’est pas en manque. Kirian et Fabio Gonzalez, tous deux montés du filial en été, ont démontré qu’eux aussi sont incontournables dans l’élaboration du jeu. Iñigo Ruiz de Galarreta, principal dépositaire de la création la saison passée, passe presque inaperçu au milieu de ces jeunes talents. La force de l’effectif de Las Palmas est la quantité de joueurs formés au club qui partagent une même philosophie, le travail essentiel des académies d’inculquer une idée commune porte ses fruits sur le long terme. L’UD Las Palmas est un club formateur depuis toujours, la mine d’or qu’est son centre de formation avait trop été négligée sur les dernières années.

Tout n’est pas rose à Las Palmas. Le club de Gran Canaria est loin de survoler la Segunda. Principaux bémols : l’absence d’un buteur confirmé et la fragilité défensive. Las Palmas et La Mise au tombeau de Michel-Ange partagent le statut d’œuvre inachevée. Avec des centraux empruntés au moment de porter la balle, pas forcément habiles dans la couverture de grands espaces, Las Palmas ne peut prétendre au top 3 du championnat. Almería et Cádiz par exemple ont des effectifs bien plus cohérents. Au niveau de l’attaque, le club amarillo manque cruellement d’un centre-avant efficace. La blessure de Rubén Castro n’aide pas, mais même lui n’a pas convaincu l’année passée. Autre problème : Pedri et Jonathan Viera ont une date de péremption à Las Palmas. Le jeune prodige est déjà vendu au FC Barcelone et le Mago de La Feria n’est prêté que 6 mois. Ce sera aux Fabio, Kirian, Cedrés et autres jeunes talents de maintenir le projet sur le long terme. D’ici là, le stade Gran Canaria pourra profiter de football à l’état pur avec Pedri et Viera.

Pablo Sánchez (@pablosanch19)

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