Au cœur de la Province de Barcelone, entre passion et rivalités

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Un mastodonte et un emblématique. Le FC Barcelone et son voisin, l’Espanyol Barcelone, règnent en maître dans la Province de Barcelone. Le premier n’est plus à présenter et l’autre n’a plus quitté La Liga depuis 1994. Derrière ce duo, difficile d’exister. Aucun club n’évolue en Segunda División parmi les vingt-un autres clubs de la province. Six jouent en Segunda División B et quinze en Tercera. Dans l’ombre, ces clubs participent au développement du football de la région. C’est le cas du CF Badalona et du CE Sabadell FC.


L’ambiance est plutôt calme pour un derby. Sous le soleil catalan, bien présent en cette fin d’octobre, les joueurs entrent sur la pelouse. La Ciutat Esportiva Dani Jarque, le centre d’entraînement de l’Espanyol Barcelone se remplit enfin à quelques minutes du coup d’envoi. Le match de midi, si cher aux Espagnols, ne se manque pas pour les amoureux du ballon rond. Les socios de l’Espanyol Barcelone B occupent majoritairement la petite tribune, sous forme d’échafaudage, pour soutenir la réserve. En face, dans la tribune ombragée, la séparation est claire. Les supporters du CF Badalona sont regroupés au-dessus du banc de leur équipe de cœur.

Malgré le mauvais début de saison du club, dernier du groupe III en Liga Segunda B, les Badalonís ont fait le déplacement. Le court déplacement. Seul le fleuve Besòs sépare les deux clubs, dont les stades sont distants de quatre kilomètres, à l’est de Barcelone. Un duel de cette envergure vaut le détour. Au bord du terrain, on retrouve un public familial. Contrairement à Sant Andreu, qui peut compter sur le soutien des ultras, les fans du CF Badalona sont très hétéroclites. Avec Sport ou Mundo Deportivo sous le bras, les plus âgés se mélangent aux plus jeunes, qui jouent balle au pied sur le côté.

Côté terrain, le match est plaisant. Malgré des arrêts de jeu fréquents dus à des avertissements nombreux (neuf au total), les actions se multiplient. Les visiteurs font belle impression. Du haut de son mètre soixante-sept, Christian Montes, milieu offensif prêté par le club chypriote de l’Omonia Nicosie, est bien à l’aise avec sa patte gauche. Le niveau technique est de qualité et ferait rougir bon nombre de troisièmes divisions en Europe. La tradition du football espagnol est respectée en Liga Segunda B.

Beau jeu, sur et en dehors du terrain

Vingt-et-unième minute. Le public de l’Espanyol Barcelone, suivi par les Badalonís, se met à applaudir. Sur le terrain n°3 de la Ciutat Esportiva Dani Jarque, l’heure est au recueillement. Cette minute est spéciale. Elle rend hommage à Daniel Jarque, ancien joueur de l’Espanyol Barcelone, décédé subitement en 2009 d’une insuffisance cardiaque. « C’est un moment très émouvant pour nous », précise Alex, socio depuis vingt-cinq ans. « Dani est toujours dans nos cœurs, nous les fans. Le centre d’entraînement porte son nom, une statue a également été créée en son honneur et le brassard de capitaine comporte le numéro 21 », ajoute-t-il.

Après une première mi-temps étonnamment sans but, le derby s’emballe. Nico Melamed, espoir de l’Espanyol Barcelone (18 ans), délivre les locaux. La joie est de courte durée. Kévin Soni, l’avant-centre formé à Bordeaux, est exclu pour un second avertissement. Dans les tribunes, les coups de sifflet de l’arbitre sont sans cesse débattus par les supporters. Assis côte à côte, les fans des deux équipes haussent le ton, sans pour autant se confronter physiquement, l’aspect familial prenant toujours le dessus.

L’expulsion a fait très mal. La lanterne rouge en profite pour égaliser à un quart d’heure du terme. En déplacement, Badalona se retrouve soudainement à jouer à domicile. Le public pousse, à l’image de son équipe sur le terrain. Les cris de soutien portent leur fruit lorsque Esteban Hugo (20 ans) crucifie l’Espanyol Barcelone au bout du temps additionnel. Le CF Badalona tient enfin sa première victoire de la saison. Depuis l’arrivée de Manolo González à la tête de l’équipe, le club enchaîne les matchs positifs avec cinq points en trois rencontres.

Une fois le coup de sifflet final, les fans se ruent près du poteau de corner pour célébrer la victoire. Ils sont une vingtaine, pas plus. Mais le partage entre joueurs et supporters est festif. Cette ambiance se retrouve dans les stades de la banlieue de Barcelone chaque week-end.

Vaincre le FC Barcelone, à tout prix

Le match de midi terminé, c’est le choc de 18h qui se profile. Toujours dans le groupe III de Liga Segunda B, la réserve du FC Barcelone B reçoit le CE Sabadell FC pour un choc de haut de classement. Le nouvel écrin du FCB, l’Estadi Johan Cruyff (6 000 places), est à moitié plein. Nous sommes bien au cœur de la Ciutat Esportiva Joan Gamper et de la Masia, mais seules les couleurs Blaugranas des sièges du stade sont là pour le rappeler.

Les fans du CE Sabadell FC sont, sans surprise, plusieurs centaines à avoir fait les trente kilomètres de route qui les séparent de Sant Joan Despí. Dès l’entrée des joueurs, les « ¡ Sa-ba-dell ! » résonnent dans le virage nord. Le FC Barcelone B tente bien de marquer son territoire avec son hymne légendaire, mais cela ne dure que quelques instants.

C’est un match important pour les Sabadellenses. Sportivement, mais aussi culturellement. Les clubs de la Province de Barcelone souffrent de l’hégémonie du FCB. « On veut toujours battre le FC Barcelone », lâche David, écharpe du CE Sabadell FC au cou. « Il n’y a pas de rivalité particulière avec eux, mais on veut faire les faire tomber, car ils dominent trop. À Barcelone, c’est différent de Madrid, car le FC Barcelone attire tout », argumente-t-il.

Aujourd’hui en Segunda B, le CE Sabadell FC ne peut plus se confronter au grand Barça. Il faut remonter à la saison 1987-88 pour revoir les deux clubs se jouer. L’âge d’or du CE Sabadell FC date dorénavant de plusieurs décennies, mais les matchs face à la réserve du FCB sont un bon moyen de faire tomber l’institution barcelonaise. « A l’époque, c’était l’équipe une qu’on affrontait. Aujourd’hui, on se contente de la deuxième équipe », regrette David, nostalgique des grandes années.

Diana Velasco Silgado, journaliste pour El 10 del Barça, comprend l’envie des clubs de divisions inférieures de battre le FC Barcelone. « Évidemment, ils veulent tous battre le meilleur club de la région, mais il n’y a pas de rivalités », souligne-t-elle.

L’autre football catalan

Ce duel de fin de journée est une nouvelle occasion pour le CE Sabadell FC de vaincre son voisin. Une occasion manquée. L’expérience (30 ans d’âge moyen) ne fait pas le poids face à jeunesse barcelonaise. Le milieu du FCB, emmené par Riqui Puig, contrôle à merveille le jeu. Monchu marque le seul but du match en première mi-temps.

Honor 1903, le collectif de supporters du CE Sabadell FC, chante de plus en plus fort en fin de match, mais cela ne suffit pas. Iñaki Peña, élu meilleur gardien de la dixième journée, est infranchissable. 1-0, score final. Pour la cinquième fois consécutive, le FC Barcelone B ne perd pas face à ceux qui veulent sa peau.

Le public barcelonais, à l’accent international (FC Barcelone oblige), quitte rapidement les tribunes. Les visiteurs, eux, restent plusieurs minutes pour saluer leur équipe malgré le revers concédé. Ce dimanche 3 novembre, l’Estadi de la Nova Creu Alta de Sabadell devrait une nouvelle fois être chauffé à blanc pour accueillir… le CF Badalona. A leur manière, ces deux clubs représentent l’autre visage du football catalan et plus particulièrement, de la Province de Barcelone.

A Barcelone, 

Jean Uminski

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