Gareth Bale au Real Madrid et le football qui vampirise ses enfants

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Crédits : Marca / Icon Sport

Gareth Bale vit une histoire particulière au Real Madrid et en Espagne plus généralement. Il alterne le haut du panier et le fond du trou, trop régulièrement. Cet été, son histoire avec la maison blanche semblait proche de la fin, mais le gallois est toujours là et traîne toujours autant de choses dans son sillage. Mais pourquoi l’ailier ne semble pas à sa place dans l’un des plus grands clubs du monde ? Tentative de décryptage.

Le natif de Cardiff a 30 ans et entame sa septième saison au Real Madrid une nouvelle fois dans le flou alors que le dénouement de histoire avec les Vikingos semblait acté cet été. Les mots de Zidane souvent dures ont fait échos aux nombreuses sorties de l’agent et conseiller du gallois. Dans le même temps, Bale s’est fendu de plusieurs déclarations polémiques, certaines simplement rapportées depuis le vestiaire, ont encore plus fragilisé l’image déjà écornée du gallois en Espagne. On reproche tout et rien à l’offensif qui ne répond rarement, et tente toujours de livrer sa meilleure version sur le terrain. Mais que cache cette situation compliquée du côté de l’ancien Spurs, pourquoi Bale n’arrive pas à se faire accepter malgré son impact direct dans l’histoire glorieuse du Real Madrid ? Tentative de réponse.

Un long tunnel avec le Real Madrid

Depuis son arrivée à l’été 2013 contre un très gros chèque et ce fameux été 2019, l’histoire entre le gallois et la maison blanche n’a jamais été linéaire. Tantôt, l’ailier est au sommet, tantôt au fond du trou. La BBC qui a tant fait saliver les supporters madrilènes n’a pas permis à Bale de devenir un intouchable comme nombre de ses coéquipiers. Pourtant le natif de Cardiff a de nombreuses actions qui ont marqué au delà de la capitale espagnole. Entre son grand pont incroyable sur Bartra ou encore sa Chilena incroyable face à Liverpool en finale de C1 ou encore son épais palmarès avec la maison blanche Bale avait tout pour devenir une idole à Madrid, mais dans la réalité est bien différente et pour diverses raisons.

Crédits Pressinphoto/Icon Sport

Réputé pour sa proximité avec son groupe et sa capacité à en tirer le meilleur, Zidane ne réussit pas à tisser des liens avec Bale. Le gallois oscille entre les périodes de convalescence, celles où il est sur le banc et celles où il enchaîne les matchs et les buts. À chaque fois, il est mis en concurrence avec des joueurs qui ont moins de passif et d’expérience que lui alors qu’il voit ses coéquipiers, qui ont le même palmarès que lui, être titulaire sans remise en question malgré de réelles baisses de formes. Cette absence de relation en dehors du sportif entre l’entraîneur français et l’ailier gallois aboutira à la saillie estivale du double Z sur son joueur. Souhaitant haut et fort vouloir voir Gareth plier bagage, il l’annonce donc en conférence de presse. Sauf que l’offensif ne prête pas d’attention aux maigres sollicitations sur le marché et l’offre chinoise n’a jamais été plus qu’une chimère aux yeux des dirigeants madrilènes. Bale continuera donc une saison de plus à Madrid, et tentera de faire fi des critiques une nouvelle fois.

Zidane à la presse : « Nous espérons qu’il (Bale) partira bientôt. Ce serait mieux pour tout le monde ».

La passe d’arme entre le français et le gallois s’est poursuivie entre presses interposées, le conseiller de Bale n’hésitant pas à voler dans les plumes de Zidane . Au milieu de ce brouhaha, une phrase a fait écho dans le milieu de football. « Je ne suis pas heureux quand je suis sur un terrain ». Derrière les moqueries de certains et les sorties démagogiques sur le pseudo mal-être des footballeurs millionnaires, revient la question de la dépression dans le football et plus largement de la maladie mentale et psychique. L’idée n’est pas de dire que Bale est dépressif, en Burn Out ou qu’il a un soucis particulier, mais son histoire récente avec le Real soulève de nombreuses questions et nous rappelle des histoires loin d’être roses.

« Je me suis totalement renfermé. La pression est énorme. Je me sens mal pendant les matches. Je n’ai que des idées noires, même pendant les entraînements. Mes équipiers me supportent mais les choses ne vont jamais dans mon sens. Plusieurs fois, j’ai eu peur de sortir de chez moi, de marcher dans la rue, tellement j’ai honte.  » André Gomes, lors de son passage au Barça

Plus ou moins récemment, les histoires de Bojan, Danny Rose, Asier Illarramendi, Mickael Carrick, André Gomes, Andres Iniesta ou encore Raheem Sterling ont montré que les footballeurs étaient des hommes comme les autres et ils pouvaient donc logiquement souffrir de dépression profonde ou simplement passagère. Bojan était sujet au crise de panique au début de sa carrière, écrasé sous le poids des attentes autour de lui. Danny Rose, c’est une longue blessure et la perte d’un proche qui ont déclenché son dépistage. André Gomes, c’est un mélange entre le poids d’un transfert et d’un maillot, qui l’ont entraîné vers le fond.

Pour Gareth Bale, ce qui semble lui porter préjudice, en plus du rythme dingue du football qui multiplie les matchs quitte à écœurer les acteurs semble être le manque de reconnaissance. Le gallois doit toujours regagner sa place alors que lorsqu’il est apte, il déçoit rarement. Dans le même temps, l’ailier a vécu des moments très difficiles dans sa vie privée et a du reporter plusieurs fois son mariage. Cette situation particulière est difficile à vivre pour l’exigent Gareth Bale. Surtout que les médias n’hésitent pas à reprocher au gallois sa faible implication dans la vie du groupe, son espagnol inexistant et ses loisirs jugés trop important pour lui. Il le sait et l’avoue, il a le rôle de bouc émissaire lorsque le Real va mal.

« Je ne dirais pas que je joue heureux, mais je joue. Quand je joue, je suis professionnel et je donne toujours tout ce que je peux, que ce soit pour un club ou un pays. » Gareth Bale

Son prétendu faible niveau d’espagnol est un critère intéressant pour approfondir le cas Bale à Madrid. Pour Michael Gomez, un de ses professeurs d’Espagnol, le gallois sait communiquer et même plus que cela dans la langue de Cervantes. « Il a un niveau supérieur à celui indiqué dans les entretiens. Il est très perfectionniste et jusqu’à ce que son niveau ne soit très bon, il sent qu’il ne le fait pas parfaitement et se coupe. ». Cette appréhension de parler en Espagnol le coupe de ses coéquipiers, Marcelo notamment. Ce côté perfectionniste, peut dire aussi beaucoup sur l’état mental actuel de Gareth Bale.

Andew P. Hill, chercheur à Leeds et auteur de Perfectionism and Burnout in Junior Soccer Players: A Test of the 2 x 2 Model of Dispositional Perfectionism. Publié dans le Journal of Sport and Exercise Psychologye en 2013 s’est longuement confié à plusieurs médias britanniques lors des dernières années. Le chercheur explique : « Le perfectionnisme peut être une force énergisante puissante, mais peut également entraîner des coûts importants pour les athlètes lorsque les choses ne se passent pas bien. Les rapports sur les difficultés psychologiques et les problèmes interpersonnels, par exemple, ne sont pas rares parmi les athlètes qui se décrivent comme des perfectionnistes. Victoria Pendleton, Ronnie O’Sullivan et Jonny Wilkinson sont des exemples notoires « . Il rajoute : « Les perfectionnistes peuvent être «coincés dans un cycle voué à l’échec»« . Ou encore : « Ils sont très dépendants de la réussite personnelle pour établir un sentiment d’estime de soi, mais ils sont toujours insatisfaits de leurs efforts ». « Même le succès peut être problématique parce qu’ils deviennent simplement plus exigeants jusqu’à inévitablement connaître un échec. » Au vu du palmarès récent de Bale, ses mots font encore plus sens …

Crédit : Pressinphoto/Icon Sport

Bale n’est pas diagnostiqué dépressif ou en Burn Out et n’a jamais fait de déclaration dans ce sens, mais il coche plusieurs cases d’une personne en souffrance. Outre son côté perfectionniste qui se confronte à une gestion vraiment particulière de son cas par Zidane, plusieurs autres critères interrogent. Comme le gallois à vécu son été ? En tentant de s’éloigner du football pour décompresser. Il explique :« Lors de la pré-saison, j’ai gardé la tête basse et je sais qu’il y avait beaucoup de discussions, avec des gens qui disaient le bien, le mal ou tout ce qu’ils voulaient. « Ce n’était pas la pire période de ma carrière, ce n’était pas idéal, mais je sais comment y faire face et il faut garder la tête basse. » Son intérêt pour le golf raillé pour certains, a peut-être été une bouée de sauvetage pour l’ailier, comme l’est aussi sa sélection. Buffon a expliqué qu’il avait du ouvrir son âme pour reprendre le dessus et sortir de sa dépression par exemple.

« Même s’ils pouvaient à l’origine apprécier leur sport et y être investis émotionnellement, ils finissaient par devenir mécontents. La participation peut être très stressante. » Andrew P. Hill

Encore perçu comme des personnes chanceuses qui gagnent bien leur vie, il est difficile d’évoquer ses sujets qui sont pourtant une triste réalité. Les footballeurs vivent dans un environnement extrêmement concurrentiel et la perception qu’ils ont la «chance» de vivre une vie «parfaite» les isolent. Le surinvestissement dans la performance en tant qu’indicateur de confiance en soi rend les joueurs vulnérables à une autocritique sévère et à une faible estime de soi. Selon une thérapeute assez connue, Wendy Bristom « Pour les footballeurs aux yeux du public, qui sont perçus comme des » héros « sur le terrain et qui vivent ravis, il est particulièrement difficile de révéler les fissures dans la façade qui, après tout, n’est qu’une façade. De plus, les pressions associées au fait de devoir toujours être un » héros « peuvent aggraver ces fissures. Si un sur quatre d’entre nous rencontre des problèmes de santé mentale de notre vivant, il serait logique qu’un footballeur sur quatre le soit aussi. » Le côté héro plait mais est trop souvent dévastateur.

« Je suis tombé dans une fosse sans issue. J’ai vécu de très mauvaises situations qui sont difficiles à comprendre pour ceux qui pensent que nous avons tout. C’était très difficile, mais tout s’est bien passé grâce à plusieurs spécialistes. Je suis parti très renforcé là-bas  » Andres Iniesta

Selon une étude réalisée par la FIFPro, le syndicat international des joueurs, plus du quart des footballeurs professionnels souffrent de dépression ou de problèmes d’anxiété. Pour ce même organisme, les joueurs de football professionnels du monde entier atteignent un point de rupture sous la pression de tant de matches, selon un autre rapport . La calendrier a été critiqué par Guardiola qui a notamment déclaré : « C’est un programme fou et nous tuerons nos joueurs tôt ou tard.” Klopp lui aussi a raillé ce rythme dingue qui ne prend plus en compte le bien être des footballeurs, les « ouvriers » qui font vivre l’industrie football. « On dirait que personne ne peut imaginer une semaine sans football dans l’année ». Le football est tellement pervers que les clubs poussent pour limiter au maximum le repos des joueurs et mettant en avant les joueurs revenant plus tôt de leurs congés alors qu’ils ont déjà du mal à avoir une coupure de 5 semaines dans l’année. Ce chantage est pervers et malsain. Le football est en train de se tuer tout seul, en épuisant ses acteurs, les seuls à rendre cette industrie viable, et au vu des dernières nouveautés orchestrés par la FIFA et l’UEFA, cela ne semble inquiéter personne, au contraire.

Benjamin Bruchet 

@BenjaminB_13

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