Liga – Le Betis de Rubi manque (encore) d’éclat

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Nabil Fekir of Real Betis during the Liga match between Real Betis and Getafe on September 15, 2019 in Seville, Spain. (Photo by Pressinphoto/Icon Sport) - Nabil FEKIR

Equipe frisson des deux dernières saisons, le Betis vit un début de saison plus que compliqué. Avec deux victoires en 7 matchs et un fond de jeu aux abonnés absent, le changement d’entraîneur n’a pas permis de sortir le club de sa torpeur de la fin de saison dernière. Rubi tatonne, dispose d’un groupe cohérent et complet mais n’arrive pas encore à faire émerger son idée de jeu et donc de rassurer le peuple Betico. Avant la réception décisive d’Eibar, retour sur les possibles raisons de ce tâtonnement.

Après une saison alléchante sous les ordres de Quique Setien où possession et technique étaient les armes d’un jeu séduisant, mais finalement décevante sur un plan comptable. L’équipe s’est fortement renouvelée cet été. Un nouvel entraîneur, Rubi ancien de l’Espanyol, a débarqué en Andalousie pour tenter d’insuffler une nouvelle dynamique au Betis. Un début de saison poussif, des principes de jeu difficilement appliqués, analysons ensemble l’évolution de cette équipe qui avait tout d’un outsider à l’Europe avant de débuter l’exercice 2019-2020.

Un été 2019 agité 

Au cours du mercato estival, plusieurs pertes majeures sont à déplorer dans l’effectif du Betis dont l’excellent Giovanni Lo Celso et le gardien Pau Lopez ou encore Junior Firpo. Venu chercher du temps de jeu en quittant le PSG, l’argentin a éclaboussé de son talent bon nombre de pelouses de Liga et d’Europe lors de la courte épopée de son équipe en Europa League. Très à l’aise techniquement et doté d’une qualité de passe bien au-dessus de la moyenne, il était le véritable maître à jouer du jeu andalou. Sa relation technique avec Canales sublimait le jeu de possession de son équipe, toutes les transmissions allaient vites, très vites, ce qui permettait à son équipe d’être imperméable au pressing des équipes adverses et de délivrer des passes dans des espaces difficiles à trouver. Dans un 3-5-2 propice à un jeu en bloc haut, cela étouffait les défenses de Liga. Les pistons Joaquin et Firpo, apportaient le surnombre et les décalages qui fragilisent l’organisation tactique adverse. Tout n’était pas parfait, mais l’équipe était capable de réaliser des séquences de très haut niveau.

Désormais les choses ont bien changé, Rubi souhaite mettre en place une nouvelle organisation tactique. Son choix se porte sans surprise pour un 4-2-3-1 modulable en 433 où le front de l’attaque va être mené par un nouvel arrivant en la personne de Nabil Fekir. Bien connu sur la scène internationale, l’international français doit remplacer Lo Celso parti pour Tottenham. Une tâche pas forcément évidente au vu de son influence sur le jeu Betico mais sans doute à la hauteur du talent intrinsèque de l’ancien Lyonnais. Il se retrouve dans un système proche duquel il excellait en Ligue 1 avec l’OL et a toujours eu un jeu léché, sans doute adapté au championnat espagnol.

Emportant avec lui Borja Iglesias dans ses bagages depuis Barcelone, Rubi a à sa disposition un vrai buteur qu’il connait parfaitement bien. Le panda va apporter sa présence athlétique et sa finition dans une équipe qui en manquait cruellement l’an dernier. Pas forcément mauvais balle au pied, pas avare d’effort et vrai tueur des surfaces, il aime participer au jeu et sait empiler les buts. Il doit évidemment confirmer les bonnes prestations de l’an dernier pour devenir la vraie figure de proue de l’attaque andalouse pour peut-être entrevoir une première sélection avec la Roja. Son prix, près de 30 millions fait peser sur lui une pression évidente, en plus du poids du maillot vert et blanc.

Crédits : Icon Sport

Nécessaire au bon fonctionnement de son système, Rubi a aussi besoin d’ailiers de qualité. Juanmi est alors arrivé en provenance de la Real Sociedad contre huit millions d’euros pour apporter percussion par la vitesse et le dribble. Petit profil avec un centre de gravité plutôt bas, il sait provoquer et sa vivacité peut faire tourner la tête des défenseurs. Egalement doté d’un bon pied droit, il peut délivrer de bons centres pour le grand gabarit de Borja qui pèse sur les centraux adverses. Cependant, l’ancien de la Real ne semble pas être dans les petits papiers de son entraîneur qui lui préfère de loin Joaquin sur ce début de saison.

Malgré ce recrutement intéressant et qui semblait répondre à des besoins clairs du club, les résultats de pré-saison tout comme ceux de ce début de championnat ne sont pas à la hauteur des attentes. En effet, entre le contenu plus que décevant des rencontres face à Osasuna ou Valladolid ainsi que les ‘manitas’ face au Barça encore en rodage ou face à l’excellent Villarreal  de Chukuweze et Cazorla, les Verdiblancos n’y arrivent pas. Le Betis ne compte que deux victoires poussives en sept matchs de championnat, est-ce inquiétant ? Très certainement ! irrémédiable ? Pas vraiment.

Un jeu difficile à mettre en place ? 

La nouvelle animation mise en place par l’ex coach de l’Espanyol a du mal à prendre. A l’image de l’an dernier où l’équipe de Rubi avait un coup de mou pendant plusieurs mois après un départ canon, la Betis machine n’a pas encore démarré et les résultats ne sont pas au rendez-vous. Par exemple, le jeu de transition rapide vers l’avant avec l’intelligence d’un Canales associée aux mouvements de Borja avaient tout pour flamber, mais il n’en est rien ou presque. Même s’il a vu le jour sur quelques phases de jeu comme sur le but de Fekir face au Barça où on a pu voir une combinaison rapide entre l’international français et son attaquant en une touche de balle, c’est encore bien trop peu.

En phase de construction, l’équipe patauge littéralement dans la semoule, les chemins de passes ne sont pas encore bien compris, les relais ont du mal à être trouvés et on assiste à un jeu insistant dans la partie axiale du terrain. Les milieux de terrain ne cherchent pas assez la profondeur pour les ailiers dans le dos du latéral et le peu de mouvement devant eux ne facilite pas les choses non plus. Certes, il y a une vraie prise d’initiative par rapport à l’année dernière puisque les attaquants tirent beaucoup plus au but et les ailiers centrent de plus en plus ou tirs également en repiquant dans l’axe, malheureusement très peu de ces ballons sont décisifs. Les joueurs n’ont plus un cadre tactique assez exigeant mais ils n’usent pas encore à bon escient de cette liberté.

Crédits : Icon Sport

Ces difficultés s’expliquent certainement par le fait que les latéraux apportent beaucoup moins que l’an dernier puisqu’ils sont plus bas et assurent une assise défensive plus sereine. Ainsi, les ailiers doivent multiplier les courses et le double pivot Guardado-Carvalho doit assurer, par ses déplacements et ses passes, la construction du jeu Beticos. Mais les milieux de terrain manquent cruellement d’idée et Carvalho manque de mobilité. Ainsi on assiste souvent à des passes latérales et vers l’arrière, synonyme d’une possession stérile comme déjà aperçue sous Quique Setien, puis de plus en plus fréquemment à des pertes de balle fatales dans des zones dangereuses au milieu de terrain.

Des individualités loin d’être au top

Outre l’animation offensive, beaucoup de joueurs ne sont pas au top de leur niveau. Même si Joaquin a encore ses jambes de vingt ans et a d’ailleurs retrouvé son couloir tant il semble fort, certains cadres sont à la ramasse. Bartra tout d’abord qui, avec Mandi et Sidney formaient une charnière solide l’an dernier, peine à démarrer sa saison et est trop facilement mis à défaut (penalty concédé face à Villarreal). Certes le système est différent et il doit retrouver ses marques mais il est peu excusable, il a déjà évolué sous ce système et son niveau n’est pas digne d’un international espagnol. Joel, ensuite, qui n’est toujours pas rassurant dans les cages et coûte encore un but à son équipe face à Leganés par exemple.

Rubi a en plus dû composer avec de nombreuses absences lors de ce début de saison puisque Borja est arrivé blessé, Fekir a encore eu un problème musculaire et Sidney vient, entre autres, compléter l’infirmerie. Difficile pour lui de mettre en place ce qu’il souhaite tant l’effectif est instable, ce qui se ressent sur le terrain au vu du manque de repères de son équipe. Tello et Loren ont d’ailleurs été alignés plusieurs fois et ce dernier a su saisir sa chance puisqu’il a inscrit cinq des huit buts marqués par son équipe en sept matchs de championnat cette saison. Lui qui était redevenu un simple joueur de rotation sous les ordres de Quique Setien retrouve des statistiques fantastiques, de quoi changer les plans de Rubi ?

Bientôt le lancement de la fusée Betica ? 

L’équipe semble assez tranchante en contre-attaque et fait souvent les bons choix, à l’image des bonnes prestations de Joaquin dans le rôle d’ailier qui est très percutant et sort toujours de très bonnes performances. Malheureusement, il manque la finition au bout et les attaquants sont souvent malchanceux en touchant de nombreuses fois les montants. Un problème de confiance qui peut sans doute se régler rapidement si un déclic intervient, ça va finir par rentrer. Le match face à Villarreal lors de la 7ème journée illustre bien cela. Les andalous semblaient souverains, se procuraient des situations et n’étaient que rarement mis en difficulté. Le résultat ? Une défaite 5-1 aussi frustrante que peu représentatives du match dans sa globalité.

Par ailleurs, le Betis se positionne à la quinzième place de Liga et comptabilise huit points ce qui peut sembler peu mais avec les départs contrastés des grosses cylindrées du championnat, les andalous ne sont qu’à six unités du podium. De quoi garder un motif d’espoir et construire sur des bases solides sans être sous la coupe d’une éviction trop rapide de leur coach. Ainsi, en retrouvant des circuits de passes plus simples et si les attaquants règlent leur mire, on pourrait retrouver une équipe intéressante et pouvant basculer rapidement dans le top six du championnat.

A suivre…

Julien

@TorresismoATM

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