Avant le Barça, Valence se divise et perd son guide

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Owner Peter Lim during the liga match between Valencia and Getafe in Valencia, Spain, on april 18th, 2018. Photo : Marca / Icon Sport

A la surprise générale, Marcelino vient d’être licencié de son poste d’entraineur de Valencia CF. Une décision loufoque, tant l’asturien avait remis le bateau Che sur le bon cap. Fort de deux saisons dans le top 4 et d’une Copa, on pensait Valence enfin stabilisé. Sauf qu’un choix qui ne concerne pas le sportif en tant que tel a fait s’écrouler le château de cartes. Valence est en crise et tout le monde se remet à tirer à boulets rouges sur la direction. Une préparation tout sauf optimale avant de se déplacer au Camp Nou pour recevoir le Barça. Retour sur les tenants et les aboutissants d’un changement de cap qui n’inaugure rien de bon pour le club Ché. 

Il n’y a rien de logique dans le football, surtout quand les propriétaires sont peu présents et conseillés par des mauvaises personnes. Alors, quand un club qui a terminé par deux fois dans le ventre mou, écumé les entraîneurs et multipliés les investissements désastreux se retrouve ensuite à jouer deux fois la Coupe des Champions de suite en accrochant un titre, on peut se dire qu’il n’y a aucune raison de tout chambouler. Sauf qu’à Valence, on préfère licencier un entraîneur qui a permis ce retour au premier plan. Des décisions ubuesques décidées à l’autre bout du monde, par un homme qui voit Valence comme son jouet et qui est frustré de ne pas avoir son mot à dire, maintenant que le club va bien et qui préfère donc le casser que de le voir réussir sans lui.

Mais qui en veut au duo Mateu Alemany-Marcelino ? 

Quand Valence était au plus fort de sa crise et après un énième sauvetage orchestré par la légende Voro, Mateu Alemany, génial dirigeant est nommé dans l’organigramme de Valence. Sa mission : remettre le club à l’endroit, lui permettre de retrouver les hauteurs du championnat tout en trouvant une porte de sortie à ses boulets. L’une de ses premières décisions est de nommer Marcelino en tant qu’entraineur. Cette collaboration, d’abord simplement sportive, aboutira à une amitié réelle et réciproque entre deux très grands professionnels et amoureux de football.

Le côté intransigeant de Marcelino, qui a mené Villarreal de la Segunda à la Ligue des Champions vont permettre de recadrer un effectif qui n’avait aucun sens. Les Rodrigo, Parejo, Gaya ou encore Soler sont de bons footballeurs mais sont à des années lumières de leur niveau de la saison 18-19, notamment entre février et mai. De son côté, Mateu fait parler son sens des affaires, en vendant à pertes bien souvent des joueurs en échec à Valence tout en étalant l’achat de footballeur de grande qualité. En quelques mois, des garçons comme Wass, Kondogbia, Gameiro, Diakhaby ou encore Coquelin viendront garnir les rangs du club. Certains mouvements interrogent, mais tout le monde fait confiance à Marcelino pour confirmer les investissements.

Marcelino celebrates the victory in the Spain´s King Cup. On May 27th, 2019.
Photo: Jose Antonio Sanz / Marca / Icon Sport

C’est là le point le plus important. Malgré quelques tensions, notamment en début de saison dernière où le club a longtemps sous-performé, Marcelino reste très apprécié par l’aficion du Valencia CF. On râle certes sur certains choix de joueurs, sur cette hiérarchie jugée trop fixe ou ce 442 frustrant, mais tout le monde reconnait le grand talent de technicien de Marcelino. Mateu Alemany ira jusqu’à mettre son poste en balance pour éviter le licenciement de son entraîneur en janvier 2019, alors que le club vit une crise de résultat importante. Peter Lim ne bouge pas et Valence remonte au classement pour finir à la 4e place tout en soulèvant une Copa Del Rey. Valence est en liesse, Marcelino porté au nu par son staff et ses joueurs. Le propriétaire singapourien est présent, il félicite son entraineur pas pour la Copa mais pour la … 4e place du club en Liga. Des mots qui reviennent dans l’esprit du nouveau chômeur.

Une retour sportif mais des tensions toujours plus fortes 

Sur le coup, Marcelino n’apporte pas grande importance à ces paroles. Il est vrai que Peter Lim, son patron, avait donné la consigne d’abandonner la Copa Del Rey pour jouer le championnat à fond mais vu le résultat final, comment lui en tenir rigueur. Sauf que ce camouflet et la gestion du cas Kang In Lee ou Ferran Torres agace Peter Lim. Le Singapourien veut faire du cash et contenter son ami Jorge Mendes qui l’a placé à la tête du club. Peter Lim se mêle donc du sportif, accepte certains transferts puis ne donne plus aucun signes de vie avant de cibler d’autres joueurs de l’écurie Gestifute.

Mateu Alemany et Marcelino se frustrent de plus en plus de cette situation. Meriton et Anil Murthy les prennent en grippe. La situation au club se tend et une deuxième réunion est organisée entre tout ce beau monde à Singapour. L’avenir de Mateu Alemany est à l’ordre du jour. Cette fois c’est Marcelino et des cadres du vestiaire qui font pression pour que le dirigeant reste dans l’organigramme. Après quelques concessions des deux côtés, tout le monde rentre à Valence rassuré et en confiance. Malgré l’épisode Rodrigo à l’Atleti et l’arrivé polémique de Mangala, tout se remet  quelque peu à l’endroit et on pense que les problèmes vont patienter jusqu’à la saison prochaine. Mendes a placé deux de ses joueurs et Marcelino n’a pas perdu son attaquant fétiche. Le club est sauf.

Mais voilà, après 3 journées de Liga, Valence bafoue son football mais retrouve le chemin de la victoire. C’était avant un nouveau rebondissement. A trois jours du choc face au Barça, Peter Lim licencie Marcelino et nomme l’inexpérimenté Albert Celades à sa place. Les joueurs choqués ont tous salué le travail du coach qui leur a permis d’attendre un niveau excellent. Dani Parejo, le capitaine et symbole de ce renouveau à souhaiter à Marcelino de trouver un club qui le laissera travailler tranquillement. De nombreux consultants et anciennes gloires de Valence ont fustigés cette décision, Valence s’est levé pour montrer son mécontentement avec ce choix, au son de « Peter Lim Vete Ya ».

Et maintenant, qu’attendre de Valence ?

Albert Celades, joueur surtout connu pour son niveau cyclique qui l’a amené à jouer au Barça et au Real mais aussi à Bordeaux est encore en formation. Agé de 43 ans et sans expérience en club, le nouveau coach de Valence a essentiellement été selectionneur des jeunes espagnols en plus d’avoir été l’adjoint de Lopetegui à Madrid durant quelques semaines. Catapulté dans ce bourbier, il est très compliqué de le voir continuer le projet de Marcelino.

Albert Celades during the European Championship U21 match between Spain and Macedonia on 17th June 2017
Photo : Avalon / Icon Sport

Bien sûr, les joueurs ne vont pas se saborder et vont surement essayés de se donner à fond. Mais avec le cadre, la proximité et les qualités de Marcelino qui ont permis de faire s’élever ce groupe, pas sûr qu’on les retrouve avec un Albert Celades surtout connu pour avoir rendu la Rojita plutôt déprimante à voir jouer. Bien sûr, il a connu de nombreux jeunes et est en plus apprécié par beaucoup en Espagne mais le voir à la tête d’un tel club pour une première alors qu’il n’a pas d’attache avec le club n’inaugure rien de bon pour la suite.

Pire encore, pour beaucoup sa nomination n’est qu’une façade. Albert Celades ne serait qu’un pion sportif, les choix de joueurs émanant de plus haut et répondant à une logique financière plutôt que sportive. Kang In Lee, qui a joué une dizaine de minutes lors de la J3 face à Mallorca, pourrait devenir rapidement un joueur débutant régulièrement en Liga. Sa gestion par Marcelino était devenu un point de friction important avec Peter Lim notamment. Le patron voulait qu’il joue beaucoup et valorise sa côte importante en Asie tandis que Marcelino le cartésien trouvait ça illogique qu’il passe devant un Ferran Torres qui était là depuis bien plus longtemps dans l’équipe. L’avenir ne peut être radieux pour ce Valence, et pourtant les attentes étaient hautes en début de saison.

Benjamin Bruchet 

@BenjaminB_13

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