Le nouveau riche Almeria et l’instable saoudien Turki Al-Sheikh

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Turki Al Sheik à Almeria : Crédits AS

Dans la moiteur de l’été andalou, le nom de la UD Almeria a refait surface un peu subitement. Le rachat du club par Turki Al-Sheikh a braqué les projecteurs sur un club qui était surtout connu pour ses problèmes financiers et ses brefs passages en Liga. Désormais sous giron saoudien, le club suscite intérêts et curiosités. Entre guerre contre le Qatar, ravalement d’image et réputation sulfureuse, éclaircissement des tenants et aboutissements d’une histoire de gros sous et surtout, états des lieux des différents bouleversements sportifs. Alors, la UD bientôt de retour en Liga ou énième rachat qui finira en feu de paille ?

La UD Almeria a connu plusieurs formes et différents entraineurs de renom. Pas vraiment un club historique en Espagne, les andalous se hissent pour la première fois en Liga en 2007 sous les ordres d’Unai Emery. Le club se maintient jusqu’en 2011 et voit s’asseoir sur son banc Hugo Sanchez ou encore Juanma Lillo. En 2013, Almeria fait son retour au plus haut niveau. L’histoire ne dure que deux saisons, Francisco réussissant des miracles lors du retour du club en Liga mais tout devient ensuite trop compliqué.

Le club a des problèmes financiers et voit ses infrastructures se dégrader. Alors que la vente du club n’était un secret pour personne, le 8 aout dernier, le club change officiellement de mains. Turki Al-Sheikh devient l’actionnaire majoritaire du club. En un mois, tout a changé ou presque chez les rojiblancos.

Turki Al Sheik, un personnage sulfureux connu en Espagne 

Le repreneur de la UD Almeria est une sommité en Arabie Saoudite et une personne influente dans le monde du football. Très suivi sur les réseaux sociaux, il fait partie de la garde rapprochée de MBS, le dirigeant du royaume arabe. Jamal Kashoggi, journaliste saoudien assassiné sur ordre qualifiait le nouveau propriétaire d’Almeria de « voyou ».

Turki Al Sheik Crédits : Icon Sport

Le pas encore quarantenaire, au physique de catcheur, a été à la tête de l’Autorité générale du sport (AGS), mais aussi du Comité olympique saoudien, l’Union des associations arabes de football et la Fédération sportive de la solidarité islamique (liste non exhaustive). Actuellement, Turki est encore à la tête de l’autorité saoudienne pour le divertissement qui finance de nombreux événements dans le monde. Le saoudien peut ainsi jouer de son influence sur tous les fronts. Après avoir essayé de remettre sur pieds la ligue saoudienne à coup de millions, c’est lui qui est à l’origine du partenariat fumeux avec La Liga qui a permis l’arrivé de plusieurs internationaux en Espagne. Le projet n’a pas été reconduit et son échec l’a passablement énervé.

A lire : Saoudiens en Liga, mais pourquoi tout ce foutoir ?

Celui qui a été nommé comme la personnalité sportive arabe la plus influente en 2017 a déjà été à la tête d’un club étranger, à deux reprises même. Tout commence avec Al-Ahly en Egypte. Après avoir négocié quelques transferts, il est nommé président d’honneur du club. Il investit encore un peu et fait venir des brésiliens au Caire. Cependant la greffe ne prend pas, les supporters du club entonnent régulièrement des chants peu glorieux à son encontre. Turki a alors pris la mouche et quitté le club sans pour autant rompre les liens avec le football local.

En claquant la porte, il annonce cependant vouloir créer un club pour concurrencer le géant africain. Peu de temps après son départ d’Al-Ahly, il rachète ainsi Al Assiouty Sport. Le club est modeste, les premières décisions de l’ancien ministre des sports saoudiens, connu pour avoir supervisé les entrainements de la sélection lors du mondial 2018, est de renommer le club en Pyramids FC et de le rapatrier au Caire. Les investissements sont pharaoniques, le club se dote d’une chaine de TV où de nombreuses anciennes gloires du football sont consultants. 32 millions d’euros sont investis et de nombreux brésiliens arrivent. Le club dispose alors d’un budget  impensable pour le continent africain.

Pour sa première saison, le club termine 3e, ce qui est une réussite sur le papier. Cependant, le Sheikh a piqué quelques crises lors de sa seule année de présidence. Après un nul malheureux, il fait pression sur la fédération pour que des arbitres étrangers viennent arbitrer en Egypte. Puis il menace plusieurs fois de quitter le club et de retirer tous ses actifs du pays. Entre temps, il s’est à nouveau plain des supporters d’Al Ahly. Chouineur, le saoudien est surtout tout puissant et sait utiliser les réseaux sociaux pour se faire entendre. Entre juin 2018 et mai 2019, c’est surtout 5 entraîneurs qui se succèdent sur le banc du nouveau riche égyptien. Turki veut un retour sur investissement immédiat, la patience, il ne connait pas comme tout enfant capricieux.

Un mois pour tout changer à la UD Almeria

Les méthodes mises en place en Egypte sont sensiblement les mêmes que celles qui sont mises sur pieds en Espagne. Dés l’achat officialisé, Turki a annulé un match amical pour rencontrer toute l’équipe à son hôtel. Les 3 000 euros d’amende ? Une broutille pour un club qui va dépenser plus que certains clubs de Liga sur un mois. Rapidement, le Sheikh place ses hommes et retourne créer du contenu sur internet et profiter de son pays natal. Il a notamment sollicité ses supporters sur Twitter pour avoir leur avis sur la possibilitée de modifier le Logo du club. La réponse fut négative mais comme en Egypte, le saoudien veut tout changer.

Mohamed El Assy et Dario Drudi sont les deux personnes de confiance placées par le Sheikh à Almeria. Le premier sera directeur général du club et chargé de mettre sur pieds les projets gigantesques du nouveau patron. Dans plusieurs interviews, il loue l’implication d’El Turki et sa volonté de faire d’Almeria un grand d’Espagne. Il a évoqué aussi un plan en trois points, avec la rénovation du stade des Jeux de la Méditerranée combinée à la construction d’une Ciudad Deportiva de premier plan. Le DG du club a parlé du lancement de plusieurs boutiques d’importances combiné à un bar sportif et le soutien à différents événements culturels dans la région. Le Sheikh a aussi donné près de 200 000 euros à une association locale.

Ces projets coïncident avec une montée réelle des capacités financières du club. Turki a racheté le club pour à peu près 20 millions et a déjà procédé à des investissements notables tout en restant dans les clous du règlement de la Liga qui limite à 30 millions d’euros les investissements personnels des nouveaux propriétaires. Dans le sillage de ce rachat, Almeria a noué de nombreux partenariats avec des sociétés arabes comme lors de l’établissement du partenariat entre LaLiga et les jeunes saoudiens.

Côté sportif, c’est le jeune Dario Drudi qui a la lourde tache de constituer l’équipe qui doit jouer la montée et ce, dès cette saison. Ce rachat d’importance a rassuré la Liga qui a accordé à Almeria le 3e plus haut plafond salarial de la catégorie. Un geste fort pour un club qui avait beaucoup de mal à finir avec une balance positive chaque saison. Avec un budget conséquent mais un temps limité, le travail de l’argentin qui a pas mal bourlingué était conséquent. Agé de 32 ans, Dario côtoie le football professionnel depuis 12 ans et a notamment été un adjoint de Marcelino à Villarreal. Après son passage dans l’organigramme de Pyramids FC, l’argentin va réaliser un mercato qualititaf et intéressant en un mois à Almeria.

Son premier objectif est de faire partir les joueurs jugés trop faibles pour faire partie du nouveau. Peybernes, recruté cet été, a par exemple été envoyé en prêt à Lugo. Almeria va dans le même temps investir pas moins de 17 millions d’euros sur des noms connus dans le football. Arvin Appiah, annoncé proche de Manchester United a rejoint les andalous pour 9 millions d’euros. Fier de son coup, le club a trollé les anglais sur son compte twitter. En plus de l’anglais des espoirs comme Valentin Vada ou Darwin Nunez ou des joueurs avec plus de bouteilles comme Ivan Baillu et Radosav Petrovic sont maintenant Rojiblancos. Un chamboulement qui permet au club de se donner les moyens de ses ambitions.

Pourquoi Almeria plutôt que Manchester United ou Amiens ?

Annoncé proche de Manchester United, il est plutôt surprenant de voir l’Arabie Saoudite reprendre le club d’Almeria en Segunda. Pourtant quand on creuse un peu plus, le royaume avait coché trois noms cet été : Manchester United, Amiens et Almeria. Le premier demandait une grosse mobilisation d’argent dans une ligue fortement compétitive et surtout avec comme concurrent direct un club comme Manchester City qui a beaucoup d’avance.

Pour le deuxième l’affrontement avec QSI allait être vite évoqué alors qu’Amiens ne peut pas rivaliser avec un club qui est riche depuis maintenant un moment. En Espagne, le Qatar a déjà racheté deux clubs. Aspire a le Culturel Leonesa qui est en Segunda B et Malaga est sous giron d’un Al Thani. Les andalous sont dans une situation ubuesque et sans argent. Almeria semble donc le meilleur endroit pour réussir tout en infligeant un camouflé rapide à l’ennemi Qatari dans la logique saoudienne.

La guerre avec le Qatar semble être le premier objectif de la venue d’El Turki à Almeria. Le tout couplé avec une réelle volonté du royaume de se refaire une image après le scandale Kashoggi qui a fortement entaché la présidence de MBS. La Liga est un partenaire privilégié du pays en plus. La décision de virer Oscar Fernandez malgré son CV plus que conséquent alimente cette idée tout comme le trollage de Malaga sur la différence d’abonnés entre les deux formations. L’ancien technicien de la réserve de l’Atleti avait été employé par Aspire … Son remplaçant, Pedro Emmanuel a bourlingué depuis ses débuts en tant qu’adjoint d’André Villas Boas à Porto et est surtout passé avec succès par la ligue Saoudienne. Encore une fois, l’idée est de montrer qu’en Arabie Saoudite, on est aussi compétent en matière de football et de gestion.

Une caisse de résonance de plus pour El Turki et l’Arabie Saoudite ?

Football et politique font bon ménage depuis un moment. Alors que le Qatar après avoir graissé la patte à de nombreux responsables pour avoir l’attribution de la CDM 2022, l’Arabie Saoudite se sert du football plutôt comme une machine à faire peur. L’exemple de la position du royaume pour l’attribution de la CDM 2026 où Turki a fait campagne pour la candidature Canada-USA-Mexique en dénigrant régulièrement celle du Maroc est intéressante.

Cette position a été suivi par des nombreux pays arabes très proches de l’Arabie Saoudite. Cependant, le repreneur qui est la voix de l’Arabie Saoudite en matière de football a par la suite brossé un peu plus le Maroc dans le sens du poil. Annonçant après une rencontre avec le Roi Mohammed VI l’édition 2019-2020 de la Coupe Arabe des clubs portera le nom du souverain marocain. Turki et l’Arabie Saoudite savent jouer d’influence et se servir de nouvelles méthodes pour se faire entendre.

Comme l’explique Mohamed El Assy le DG d’Almeria : « son excellence, Turki Al-Sheikh, figure dans le top 5 des influenceurs du Moyen-Orient dans les réseaux sociaux. Il a de nombreux adeptes et cela a également un impact positif sur Almeria. Il a trente ou quarante fois plus d’adeptes que le président de Barcelone, par exemple « . Sa dernière sortie était pour l’UEFA qui avait pris le partie du Qatar dans l’affaire BeoutQ et ce piratage massif financé par Riyad qui transmettait le contenu Beinsport. Lors du rachat d’Almeria, il a supprimé tous les abonnements des comptes du club sur les différents réseaux sociaux pour ne suivre : que lui.

Récemment, entre deux posts avec le maillot d’Almeria, Turki agrémente son compte Instagram avec une photo en compagnie d’entraîneurs reconnus comme Quique Setien ou Aitor Karanka. Selon lui, il échange et apprend aux côté des meilleurs. Là encore, de nombreux espagnols ont rejoint les rangs du Qatar et c’est un espagnol qui coach les Maroons. En plus de montrer sa compétence, l’idée est de montrer que les saoudiens savent aussi s’entourer. On trouve aussi une photo d’une pub pour son nouveau joujou dans un centre commercial saoudien. Cette influence sera surement bénéfique au club tant qu’Almeria plaît à son patron.

Actuellement, le club réalise le meilleur démarrage de son histoire dans le monde professionnel avec 10 points sur 12. Le nombre d’abonnés est en augmentation par rapport à la saison dernière. La lune de miel se passe donc pour le mieux entre les patrons saoudiens et les rojiblancos. Cependant au vu de la capacité du Sheikh à tout envoyer voler quand quelque chose lui déplait, il faut rester sur ses gardes. Alors, Almeria de retour devant de la scène pour une déclaration de son propriétaire ou pour une montée ? Réponse très bientôt.

Benjamin Bruchet

@BenjaminB_13

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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