Liga / Tactique / Et si Bale était meilleure la solution pour dynamiser le Real Madrid ?

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Le Real Madrid était plongé en plein doute avant le coup d’envoi de la Liga. Et avec la blessure d’Eden Hazard, le déplacement à Balaídos ressemblait au traquenard par excellence. Pourtant, les Merengue ont gagné, même en jouant un tiers du match à 10. Figure emblématique de ce succès : Gareth Bale, l’invité surprise de Zinédine Zidane dans le XI de départ. Voici notre analyse de cette victoire merengue. 

Quand Zinédine Zidane a dévoilé la composition de son équipe avant de défier le Celta de Vigo, des dents ont dû sévèrement grincer. Persona non grata, poussé vers la sortie avec un tractopelle, c’est pourtant bien le Gallois qui a été titularisé en lieu et place d’Eden Hazard, blessé à la cuisse et potentiellement forfait pour les trois premières journées de championnat.

Manœuvre pour « exhiber » la bestiole pour mieux la vendre ou vrai coup tactique ? Un peu des deux au coup d’envoi. Après tout, il reste deux semaines de mercato et s’alléger d’un tel salaire ne ferait pas de mal au Real Madrid. La première réussite de Zidane, c’est que Bale a joué le jeu à fond.

Bale est la bête

Il n’a pas fallu longtemps au Real Madrid pour prendre les devants contre un Celta remodelé qui a proposé de beaux mouvements mais qui a dansé avec sa sœur au milieu de terrain (le milieu  Suárez-Beltrán-Lobotka-Méndez a cumulé 307 touches de balle et 244 passes d’après les statistiques de Who Scored).

Gareth Bale sait trouver la profondeur et, une fois lancé, il devient vite très dangereux. Le meilleur exemple, c’est évidemment l’ouverture du score merengue, un mouvement d’école fondé sur les automatismes de l’équipe avec Marcelo qui met Bale sur orbite avant que Karim Benzema ne vienne plonger au premier poteau.

Au final, Bale n’a pas touché beaucoup de ballons (39 en 75 minutes) mais c’est par lui que vient le décalage, chose que n’a pas réussi à faire Vinicius Jr. Après la lune de miel de l’hiver passé, le Brésilien est désormais entré dans une nouvelle phase d’apprentissage. Il lui est nécessaire d’incorporer de nouveaux concepts afin de ne pas baser tout son jeu sur le dribble. Le fait que Benzema n’ait pas été le joueur le plus en vue en première période n’a pas aidé non plus Vinicius. Historiquement, le jeune joueur bénéficie des appuis du Français qui le lance en profondeur. Et pourquoi Benzema n’a-t-il pas excellé en première période?  Car le Real était décousu. Modric et Kroos étaient souvent sauté dès la récupération, se situant toujours trop loin de KB9.

Si Benzema, Kroos et Modric sont hors jeu, à qui profite le crime ? Eh bien à Gareth Bale ! Le Real a eu besoin de peu pour mettre le Gallois sur orbite. Avec de l’espace à attaquer, il constitue à lui seul un danger suffisant pour garantir la viabilité de tout le jeu offensif merengue. Peu importe la hauteur à laquelle se plaçait le bloc madrilène sans ballon, Bale constituait une menace. Un tel plan à beau être à double tranchant car il sacrifie beaucoup d’hommes au profit d’un seul, à la 12e minute, le coup était déjà réussi. Voilà l’ailier gallois de retour dans la rotation merengue, devant Isco Alarcón et Lucas Vázquez en l’absence d’Eden Hazard sur le côté gauche, et en concurrence avec Vinicius Jr sur le côté droit.

Un poison nommé Denis Suárez

De retour dans son club formateur, Denis Suárez avait les crocs et c’est peu dire. Sur le côté gauche celtista, il a provoqué, dribblé (10 fois), tenté de créer des décalages. Après des expériences peu concluantes à Séville, au Barça et à Arsenal, le milieu de terrain a été une menace constante.Pour le Real Madrid, bloquer Suárez a été une bonne galère. A la décharge de Zidane, il n’a su que la veille si son latéral droit serait Dani Carvajal ou Álvaro Odriozola. Suspendu, puis non, puis re-suspendu pour une accumulation de cartons jaunes reçus la saison dernière, Carvajal a fait le voyage en Galice pour rien.

Le côté droit du Real Madrid a donc été composé d’Odriozola et Bale. Autrement dit, du pain béni pour Suárez qui s’est bien amusé. Variant sans arrêt les zones de réception, le marquer était un casse-tête. Soit Odriozola le suivait en marquage individuel et finissait pas se retrouver beaucoup trop haut, soit c’était à Bale de le faire, lui qui s’est parfois retrouvé arrière gauche dans une ligne de cinq sans ballon. À moins que ce ne soit la tâche de Modric? Et que dire de Casemiro, qui s’est également retrouvé au marquage de Suárez sur les relances adverses, particulièrement durant les premières minutes ? Bref, le Real a été forcé de réajuster constamment les marquages, ouvrant la porte à quelques bévues.

Odriozola, parlons-en… Pour le latéral basque, en revanche, il n’y a pas beaucoup d’excuses à trouver. La comparaison avec Carvajal fait mal mais entre ses relances hasardeuses (il s’en est fallu de peu pour que sa relance foireuse ne coûte l’égalisation à son équipe juste avant la pause) et ses difficultés pour anticiper et jouer en avançant, il n’a pas rassuré sur ses aptitudes. En attaque, ses contributions se sont soldées par des pertes de duels individuels, annulant des actions qui avaient pourtant bien commencé.

Sans profondeur, le Celta est sans danger

Lucas Olaza à gauche, Kevin Vázquez à droite : les latéraux du Celta ont beaucoup touché la balle (76 pour le premier, 71 pour le second), mais ne sont pas parvenus à apporter le surnombre sur la durée. Alors que les joueurs de côté (Denis Suàrez à gauche, Brais Méndez à droite) ont eu un rôle prépondérant, leurs latéraux n’ont pas apporté les solutions adéquates, ce qui a contraint les Galiciens à multiplier les passes au milieu, en touchant rarement Iago Aspas, qui n’a eu à manœuvrer que deux ballons dans la surface, et encore moins Gabriel « El Toro » Fernández, hors de forme (il n’a eu qu’une semaine d’entraînement dans les jambes, empêtré dans des problèmes judiciaires en Uruguay) et qui n’a eu que huit ballons (aucun dans la surface) en 88 minutes. En définitive, alors que le Celta avait tout être l’adversaire piège, il s’est en fait avéré qu’il avait tout de la victime expiatoire pour un Real Madrid en quête de certitudes.

Suffit juste d’un peu de confiance

Des certitudes, c’est précisément ce avec quoi le Real repart de Vigo. Des certitudes pas tant sur l’animation de l’équipe, mais plutôt sur le faire que non, ses joueurs ne sont pas aussi cramés que ça. L’illustration parfaite réside sur le troisième but, merveille de fantaisie et de technique. Portés par une inertie positive dès qu’ils ont su s’adapter à l’expulsion de Modric (grâce à un 441 très fonctionnel et l’entrée d’Isco qui a stabilisé l’équipe), les Madrilènes ont survolé la partie. Des fins de matches pareilles où la qualité des joueurs semble faire la différence d’elle-même, on en a vu des dizaines ces dernières années.

Reste que le Real a gagné ce match sur des actions ponctuelles et que les douces sensations provoquées par les buts de Kroos et Vázquez masquent le fait que la partie ne peut en aucun cas servir de référence. Qu’importe, le Real avait besoin de se retrouver avec lui-même et c’est chose faite. Le bonheur à court terme a parfois des effets inespérés. Ce qu’il faut retenir c’est uniquement le fait que le Real est à nouveau devant le Barça, 816 jours après. Ne négligeons pas un tel fait d’armes, tant le Real avait besoin de repartir de Vigo avec au moins une bonne nouvelle dans ses affaires. Pour le reste, il n’y a pas de quoi s’enflammer.

Elias Baillif et François Miguel Boudet

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