Mercato – Sevilla FC : mêmes méthodes, mêmes défauts ?

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crédits : El País

Le come-back de Monchi au FC Séville a redonné espoir à tout un club. Mais les Andalous peuvent-ils se satisfaire du retour tel quel de la méthode Monchi ?

De son premier passage long de 17 années en tant que directeur sportif de Séville, Ramón Rodriguez, dit Monchi n’a qu’un regret : ne pas avoir su donner à Marcelino un effectif adapté à ses demandes. Depuis, pareille erreur ne s’est plus reproduite sous sa direction. Quand le DS le plus célèbre du monde a quitté le navire sévillan en 2017, il n’a pourtant pas fallu attendre longtemps pour que ses successeurs reproduisent la bévue de jadis.

Un mercato satisfaisant

Tant Oscar Arias que Joaquín Caparros ont construit des effectifs pas des plus adaptés à leurs subordonnés, les virant ensuite en cours de saison. Les joueurs arrivés sous Berizzo ont constitué une liste de flops à rallonge (Carole, Corchia, Geis, Pizarro, Nolito, …) tandis que Pablo Machín s’est retrouvé avec un effectif pas vraiment taillé pour ses prétentions. Passer de Sampaoli et Berizzo au football plus vertical de Machín ne saurait se faire sans des adaptations majeures dans le contingent. Monchi de retour dans le vaisseau hispalense, c’est l’assurance d’avoir une équipe qui siéra aux désirs de l’entraîneur Lopetegui. Séville semble d’ores et déjà partir du bon pied.

Les recrues phares se nomment Joan Jordan, Lucas Ocampos, Luuk de Jong, Oliver Torres ou encore Sergio Reguilón. Jordan est le parfait milieu pour contrôler le jeu et couvrir les arrières de Banega. Ocampos servira de point d’appui pour permettre à l’équipe d’avancer, tandis que l’imposant de Jong fixera les défenseurs pour permettre à Ben Yedder – s’il reste – de se faufiler là où lui arrivera le ballon. Pour sa part, Oliver Torres est le joueur fétiche de Lopetegui. Sergio Reguilón lui est une inconnue mais le potentiel du joueur est excitant. En défense, les arrivées de Jules Koundé et Diego Carlos sont sur le papier complémentaires. Pas de doute, Monchi et ses sbires ont fait du bon travail. Comme Descartes, ils ont appliqué la méthode sortie tout droit de leur intellect rompu aux us du scouting et du mercato. Reste que si la méthode est difficilement critiquable, le contexte dans lequel elle s’exerce l’est davantage.

Joue-là pas comme Valence

Il ne fait pas l’ombre d’un doute que dans cette Liga version 2019/2020, le Barça, le Real et l’Atlético se disputeront les trois premières places. Dès lors, Valence, Getafe, Séville, le Betis ou la Real Sociedad se battront à couteaux tirés pour la dernière place qualificative pour la Ligue des Champions. Et si Valence part avec une longueur d’avance, c’est parce que le club ché fait tout le contraire de ce que fait Séville : il s’inscrit dans la continuité.

Crédits : Marca

Depuis l’arrivée de Marcelino, l’effectif de Valence a peu bougé (celui de Getafe ou du Betis non plus d’ailleurs). Or, on le sait, ce sont les années passées ensemble qui contribuer à forger une équipe. Cet été encore, aucun membre du onze titulaire ne partira, excepté Neto. À Séville, on fait plus dans les courts passages. Contrairement à Valence, on dépense moins sur de gros joueurs, préférant dénicher de futurs pourvoyeurs de plus-values. Pour cela, la Ligue 1 est un marché de choix. Preuve de cela, entre 2014 et 2016 il était le club espagnol ayant enregistré le plus de bénéfices grâce aux ventes de joueurs. Depuis, la donne n’a pas tant changé. Mais pendant que l’argent arrive sur les comptes, le projet sportif s’en ressent sur les dernières années: sixième, septième, quatrième, septième, cinquième.

Le FC Séville est devenu un club tremplin, nageant dans l’instabilité. Son projet semble stagner. Au vu du passif en coupes européennes, de l’attractivité de la ville, du magnifique public, il y aurait matière à mieux faire. Il est par exemple assez étrange que le Betis ait osé faire venir Nabil Fekir et que Séville n’ait pas voulu s’aligner sur son salaire. D’ailleurs, l’autre club de la ville fait de plus en plus parler de lui. Il est sorti de l’ombre et accapare une attention que l’on portait jusque-là surtout à son voisin : style de jeu se voulant attractif, joueurs excitants, jeunes du centre de formation qui percent.

Cette saison sera clé pour le club de Nervión. Il ne peut pas se permettre un troisième exercice de suite raté. Faute d’avoir changé de politique, il partira encore une fois de loin. Si les doutes autour de Lopetegui persisteront jusqu’à ce que de bons résultats arrivent, une certaine dose d’optimisme est toutefois légitime (bien que le projet sévilliste n’ait pas changé de cap) : Jordan, de Jong et Ocampos sont des joueurs confirmés. Ce n’est pas le signe d’une ambition démesurée, mais cela vaut déjà son pesant de certitudes dans le jeu. Reste qu’il est grand temps de s’imposer comme un club qui compte en Liga. L’Europa League devenant peu à peu le bastion des grands clubs anglais, il n’y a guère plus que le championnat espagnol pour continuer à s’illustrer. Monchi a rempli sa part du mandat, mais sera-ce suffisant ?

Elias Baillif (Elias_B09)

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