Mercato : Fekir au Betis, pourquoi ce transfert n’est pas si surprenant ?

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Dès l’annonce des premiers contacts entre le Real Betis et l’OL au sujet de Nabil Fekir, beaucoup se sont étonnés de cette rumeur de transfert. L’inconscient collectif pensait pouvoir espérer mieux comme destination pour le capitaine lyonnais. Pourtant en ce 22 juillet 2019, l’international français est arrivé en Andalousie pour parapher son contrat avec sa nouvelle équipe. Passé l’effet de surprise, ce transfert pourrait s’avérer, en y regardant de plus près, moins surprenant qu’il n’y parait. Tentative d’explication.

Révélé lors de la saison 2014-2015, Nabil Fekir se démarque très vite par un sens du dribble déroutant et une qualité de frappe redoutable. Recentré rapidement au cœur du jeu, au poste de numéro 10, Fekir anime l’attaque lyonnaise en soutien notamment de Lacazette, ou Depay plus récemment. Sa mobilité sur le front de l’attaque déstabilise la défense adverse qui a du mal à contrecarrer ses mouvements. Doté d’une technique aussi soyeuse que dévastatrice, il casse les lignes adverses par ses passes tranchantes et ses dribbles chaloupés. Ajoutée à cela, une capacité régulière à se montrer dangereux sur coups de pied arrêtés et vous aurez le profil d’un joueur bourré de talent.

De nombreuses références à son actif

Ainsi, grâce à ses qualités, « Nabilon » peut se targuer d’avoir plusieurs saisons pleines à son actif sous le maillot lyonnais. Des saisons où il côtoie conjointement les premières places des classements des meilleurs buteurs et des meilleurs passeurs, preuve de son efficacité. Au fil des années, le lyonnais de naissance ne peut plus se cacher et ses responsabilités grandissent aussi vite que ses admirateurs. Là où certains joueurs ont tendance à déjouer lorsque la lumière se braque sur eux, Fekir assume son nouveau statut d’homme fort des Gones, notamment après le départ de son ami Lacazette.

Ainsi durant les grands matchs, il tire son équipe vers le haut comme en témoigne ses buts décisifs contre les cadors du championnat à savoir le PSG, l’OM ou encore Monaco. Il aura également marqué les derbys du Rhône de son empreinte comme en atteste là encore sa célébration légendaire un soir de novembre 2017.

Crédits : France3

Sur la scène européenne, on retient forcément sa prestation XXL contre le City de Guardiola. Ses performances et son attachement au club de sa ville lui valent ainsi d’être promu capitaine suite aux départs conjugués en 2017 de Gonalons et Lacazette. Didier Deschamps lui accorde également sa confiance ce qui lui permet d’être sacré Champion du Monde avec l’Equipe de France, même si son impact sur la compétition se limite à quelques apparitions en fin de match. Alors pourquoi à 26 ans, et après avoir attiré les regards des plus grands clubs d’Europe, le désormais ex-lyonnais se retrouve dans un club comme le Betis ?

Même si son talent et ses accomplissements sous le maillot de l’OL demeurent incontestables, on ne peut s’empêcher de repenser à ce qu’aurait pu être la carrière du joueur sans ce terrible 4 septembre 2015. Alors que ce jour devait célébrer sa première sélection en bleu, il est victime d’une rupture du ligament croisé du genou droit qui l’éloigne des terrains pendant près de 7 mois. On ne le sait pas encore mais il y aura un avant et après ce 4 septembre 2015.

La présence de plusieurs zones d’ombres 

Durant sa longue période d’indisponibilité, le mental du joueur est mis à rude épreuve, n’ayant connu aucune blessure d’une telle importance auparavant. En progression constante jusque-là, cette blessure arrive au pire des moments. Il faudra alors attendre avril 2016 pour le revoir sur les terrains.

Crédits : RMC

Depuis, il a enchaîné trois saisons sans rechutes importantes avec des statistiques toujours aussi intéressantes. Mais, sa blessure l’a contraint à modifier son jeu. Davantage à l’organisation et moins dans la percussion, Fekir est ressorti affaibli physiquement. Plus lent, moins tonique sur ses appuis, il est toujours coupable de coups d’éclats mais désormais par parcimonie. Sa dernière saison peut en attester, l’international français n’est plus aussi régulier que par le passé.

Cela reviendra peut-être un jour à force de détermination et de travail, mais si c’était la seule zone d’ombre du joueur, il ne se serait sans doute pas retrouvé aussi vite à Séville. Car le gros problème de Nabil Fekir est son manque de flexibilité sur le plan tactique. Il ne peut (veut?) jouer uniquement derrière l’attaquant. Or, aujourd’hui très peu d’équipes jouent avec un numéro 10 à l’ancienne. Il existe des relayeurs et des ailiers mais plus de meneurs. Ce problème se retrouve chez certains autres grands joueurs comme Ozil, James, Pastore qui ont eu du mal à s’adapter aux exigences du football moderne.

A Lyon, Bruno Génésio a organisé son équipe autour de son capitaine, mais les grands clubs auxquels pourraient aspirer Fekir ne peuvent prendre ce risque. L’été dernier, Liverpool, était prêt à mettre 70M sur lui mais une visite médicale non-concluante a fait capoter le transfert. Une hygiène de vie douteuse et une fragilité au niveau de son genou droit auront fait reculer les Reds. Pour le prix, là-encore, aucun club n’aurait pris un tel risque. Alors quand au mois de juillet, « los Beticos » ont proposé 25M, l’OL et le joueur n’ont eu d’autres choix que d’accepter, connaissant la situation.

Au regard du peu d’offres le concernant, on aurait pu penser que le désormais ex-capitaine lyonnais attendrait la fin de son contrat, en juin 2020, pour découvrir un nouveau challenge. Après tout, Lyon disputera la Ligue des Champions cette saison, à l’inverse du Betis. Le projet mis en place par le duo Sylvinho-Juninho aurait pu également le convaincre de rester.  Et puis, sans indemnité de transfert dans un an, l’international français aurait pu recevoir de meilleures offres.

Un avenir en Andalousie pas si figé 

Car il est vrai que le Betis n’est pas un top club européen à l’heure actuelle. Irrégulier sur les dernières saisons, oscillant entre le ventre mou et les places européennes, relégué en D2 en 2014, le club verdiblanco a su néanmoins retrouver une certaine stabilité sous Quique Setien avec un jeu prometteur. Disposant dans son effectif de joueurs de qualité comme Canales, Lainez ou Carvalho et avec un nouvel entraîneur (Rubi), ancien adjoint de Vilanova au Barça, Fekir pourra faire état de son talent et de sa technique dans un championnat davantage adapté à ses qualités.

Tactiquement, Fekir va aussi devoir trouver sa place dans un championnat qui colle avec le joueur qu’il est devenu. Rubi est un entraîneur encore jeune à ce niveau, qui prépare bien ses matchs et qui a comme schéma fétiche un 433 modulable en 442 diamant notamment. Cependant en match, le coach a des carences. A l’instant T, plusieurs options semblent s’offrir à l’ancien lyonnais. Tout d’abord un rôle d’électron libre sur un côté ou en soutien de l’attaquant comme Oscar Melendo.

Une grosse liberté, une possibilité de rentrer dans le trafic pour aérer le jeu mais aussi de se situer plus haut pour faire la dernière passe, ce rôle peut convenir à un garçon qui n’a plus l’explosibilité comme force principale et qui pourrait lui permettre de faire ce qu’il aime : avoir des stats. L’idée de le voir faux neuf ou relayeur germe aussi dans la tête de nombreux spécialistes. La première hypothèse est farfelue, Rubi a performé à l’Espanyol avec une pointe dotée d’un gros physique. L’idée de le voir 8 demande aussi une évolution nette des envies de l’ancien lyonnais, ce qui n’est pas encore gagné. Fixé encore nulle-part, Fekir offre beaucoup de solutions à son entraîneur mais vient se rajouter dans un secteur déjà très concurrentiel pour les Verdiblancos.

Après avoir digéré son premier transfert et l’éloignement avec sa région rhodanienne, le Champion du Monde aura toutes les cartes en main pour prouver que ce transfert en terre andalouse était une bonne idée. Et pourquoi pas s’en servir comme tremplin pour rejoindre le club huppé qu’on lui prédit…

Melvil Chirouze

@iamxmelvil

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