Tanzanie: Zeben Hernandez, d’une montée historique en Tercera à entraîner en Tanzanie

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Le coach canarien qui n’avait coaché que dans les division inférieures espagnoles s’est retrouvé propulsé au sommet d’un projet ambitieux mais bancal bien loin de son Espagne natale: en Tanzanie.

Zeben Hernández était un parfait inconnu au-delà des îles Canaries avant de se rendre en Afrique pour entraîner en Tanzanie. Il n’avait coaché jusqu’alors que son club de Santa Úrsula qu’il a amené en Tercera. Âgé de trente-deux ans, il a répondu à une offre de travail en Tanzanie qui ne s’est pas déroulée comme il le pensait.

Une montée historique en Tercera

Le parcours d‘entraîneur de Zeben Hernandez commence sur l’archipel des Canaries en 2010 alors qu’il n’a que 27 ans. Il coache le club de Santa Úrsula qui végète en division régionale. En plus d’être entraîneur, Zeben est également le coordinateur du centre de formation. A la fin de sa première saison, il obtient déjà une promotion avec le club et le fait remonter en division Preferente. Un bel exploit pour sa première année. Les deux saisons suivantes, il passe proche d’une nouvelle prouesse, le club lutte jusqu’au bout pour monter en Tercera mais finit 6e et 4e respectivement. Au cours de la saison 2013-14, le club termine deuxième du classement à quatre points du champion, le Club Deportivo Buzanada. Les trois premiers classés vont devoir s’affronter avec le Club Deportivo Atlético Paso, champion du groupe de l’île de La Palma pour la promotion dans des play-offs. Les hommes de Zeben Hernandez doivent donc passer deux tours d’éliminatoires à match aller-retour pour atteindre leur objectif de monter en Tercera.

Dans la demi-finale pour la promotion face aux champions de Palma, le premier match se conclut sur un 0-0 à domicile pour les hommes de Zeben. Lors du match retour, ils gagnent 3-0 à l’extérieur et se qualifient pour disputer la finale pour la promotion contre l’Atlético Tacoronte, troisième du championnat qui a éliminé Buzanada. Le match aller disputé à l’extérieur se termine par 0-1 en faveur de la troupe de Zeben. Un but qui vaut cher puisqu’il va permettre suite au 0-0 du match retour la promotion de l’équipe santaursuleros. L’objectif est donc atteint pour Zeben, Santa Úrsula est une équipe de troisième division. Un exploit retentissant pour le jeune entraîneur espagnol puisque quand il prend le club en main, celui-ci n’existe que depuis 20 ans. Hasard du calendrier, le 24 août 2014, Santa Ursula débute en Tercera lors d’un derby contre le Club Atlético Victoria. L’équipe de Zeben Hernandez remporte ce jour-là sa première victoire et marque le premier but de son histoire en troisième division grâce à une victoire 0-1. Pour sa première saison en Tercera l’équipe finit à la 13e place et se maintient largement. Les mérites et les louanges pour le jeune entraîneur espagnol ne passent pas inaperçus et il va être contacté par un club en Tanzanie.

Immersion dans le football professionnel et premier titre remporté

Le club de première division et vice-champion de Tanzanie Azam FC est à la recherche d’un staff pour faire progresser son équipe première et le club. L’entraîneur du nord de Tenerife est un gagnant, et sa façon de voir le football a été le motif du club pour le contacter. Les dirigeants de l’équipe africaine ont assisté aux entraînements du CD Santa Ursula et ont même vu l’équipe jouer certains de leurs matchs de championnat. Les dirigeants africains cherchent à donner un coup de boost à leur équipe pour concurrencer les deux gros du championnat tanzanien et le modèle du football espagnol les attire, en particulier la façon dont Zeben Hernandez fait groupe avec ses joueurs. Quelques jours avant la fin de la saison, le jeune entraîneur se rend en Tanzanie pour visiter l’Azam FC et les installations du club. Après moult discussions, le club est sous le charme de Zeben et de ses idées et lui offre un contrat d’entraîneur professionnel, ce qu’il n’a pas à Santa Úrsula, Désireux de progresser, de s’améliorer et de pouvoir évoluer dans un cadre professionnel, en août 2015 à 32 ans le jeune Espagnol accepte la proposition et s’envole pour l’Afrique en compagnie de son staff.

Le changement pour lui et son équipe est radical. Ils passent d’une municipalité d’environ quinze mille habitants à une ville de près de deux millions et demi d’habitants. D’un club de troisième division à l’un des meilleurs clubs d’Afrique. La différence se fait aussi sentir dans le stade qui peut accueillir 60 000 personnes contre une seule tribune de 2 000 personnes en Espagne. Mais la vraie différence se situe au niveau des installations qui sont d’un tout autre niveau que celle de Santa Úrsula. Pour Zeben, c’est le début d’un rêve Dès son arrivée il veut immédiatement mettre les joueurs au diapason et renforcer l’équipe. Dès lors, le travail physique et tactique est mis en avant puisque l’équipe a un mois et demi de préparation avant de débuter en compétition officielle. De plus, ce n’est pas n’importe quelle rencontre, le premier match de la saison sera le supercoupe avec déjà un trophée en jeu. Pour l’entraîneur espagnol il est primordial de commencer de la meilleure manière possible pour justifier son travail et pouvoir travailler sereinement. Après une petite étape sur l’île de Zanzibar et quelques matches amicaux, le moment de vérité arrive.

Crédit: El Dorsal

Le mercredi 17 août, jour de match, les hommes de Zeben affrontent le club le plus puissant du pays, le Young Africans SC, connu sous le nom de Yanga. L’Azam FC avait été vice-champion du dernier championnat et gagner cette coupe leur permettrait de se rapprocher des deux ogres tanzaniens et de bien se préparer pour remporter le championnat. Le match fait rage entre les deux équipes et on se dirige vers la séance de tirs au but. Le gardien de but de l’Azam va se distinguer et permettre à Zeben de remporter son premier titre. Seulement un mois et demi dans un nouveau pays, sur un nouveau continent, et Zeben Hernandez et son staff sont déjà promus au rang d’idoles.

Un football africain pas organisé

Pour l’entraîneur espagnol c’est le début rêvé. Mais pour lui pas question de se reposer sur ses lauriers. Après ce premier titre il veut confirmer que son équipe va lutter pour le championnat jusqu’au bout et met les bouchées doubles aux entraînements. Malheureusement Zeben va vite déchanter. Les résultats du club ne sont pas satisfaisants, l’équipe se situe à 14 points du leader et des tensions commencent à monter en interne, notamment avec le directeur sportif. S’il a été choisi par le club pour lui donner une identité et le faire progresser, paradoxalement Zeben n’a pas son mot à dire sur le recrutement comme il le révélera plus tard. « La raison principale de mon départ était les désaccords avec le directeur sportif. Nous n’avons jamais fait partie de ses décisions sportives alors qu’elles étaient préjudiciables à la performance de l’équipe. Ceci, ajouté à un certain nombre de problèmes quotidiens directement causés par lui, a compliqué notre travail et celui des joueurs. Le club conscient de cela, n’a jamais pris de décision à ce sujet. On a dit à la direction qu’on ne pouvait pas travailler ensemble, qu’on ne se sentait pas à l’aise. Finalement, nous sommes parvenus à un accord et nous avons réussi à nous en sortir ».

Ce qui ressort de cette expérience est une sensation de gâchis pour l’Espagnol qui avait enfin des vrais moyens à disposition. L’entraîneur canarien estime qu’Azam dispose d’excellentes installations sportives, mais « [qu]il a une très mauvaise organisation. Il n’y a pas de hiérarchie et ils nous ont même poussés à mettre les joueurs qu’ils disaient. Nous avons constaté qu’ils avaient un business parallèle qui consistait à faire venir au club des footballeurs d’une même agence sans que nous l’ayons demandé. Un désastre ». Zeben conclut que pour lui il est très difficile de travailler en Afrique Centrale pour des raisons d’organisation. « Ils ont besoin de beaucoup de structure. Le championnat est très mal organisé. Ils le font pour faire gagner Yanga et Simba, qui sont les grands clubs ici. Nous avons joué jusqu’à six matches consécutifs à l’extérieur et nous avons fait des voyages de deux jours en autobus. C’est un contexte très difficile pour apprendre et s’améliorer ». Avant de quitter la Tanzanie, Zeben n’a pas hésité à transmettre un dernier conseil à la direction du Azam FC : « Cherchez une structure, un ordre interne. A partir de ce moment-là, tout sera plus facile ».

Retour en Tercera

Après cette mauvaise expérience qui lui a néanmoins beaucoup appris, Zeben prend un congé bien mérité. Il est appelé au cours de la saison 2017-2018 par le CD Marino pour remplacer le coach Toni Dumpiérrez qui a quitté son poste pour des questions personnelles. Le coach canarien saute sur l’occasion et retourne entraîner en Tercera en janvier 2018. En mai 2018, il prolonge son contrat dans le club jusqu’à la fin de la saison 2018-2019 où il termine douzième avec 47 points. A ce moment-là, le club va lui communiquer sa décision de ne pas continuer à compter sur ses services en tant qu’entraîneur, tout en précisant qu’il peut faire partie de l’organigramme de l’entité s’il le souhaite. Après une période de réflexion, Zeben décide de continuer sa carrière sur les bancs et fait ses adieux au club. En mai 2019 il signe au CD Buzanada en Tercera avec un objectif clair : éviter aux bleus et blancs la relégation lors de la saison suivante. Un projet sur-mesure pour un homme qui connaît la Tercera comme sa poche.

Miguel Hernandez

@Mig19Hernandez

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