Jasper Cillessen : après l’apprentissage à l’Ajax et au Barça, l’explosion à Valence ?

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Crédits photo : Juan Manuel Serrano Arce/Getty Images

Il a 30 ans, et troque peut-être enfin son habit de remplaçant contre celui de titulaire. Nouvelle recrue du Valencia Cf, après trois saisons passées au FC Barcelone entre l’ombre et la lumière, personne ne sait ou presque, qui est Jasper Cillessen. Gardien silencieux et même parfois invisible, le Néerlandais est en réalité ambitieux et tenace. De titulaire indiscutable et triple champion avec l’Ajax, à joueur oublié prêt à saisir la chance de sa carrière, itinéraire d’un talent au parcours particulier.

Sa carrure peu imposante dans le milieu des gardiens (1m87) et son charisme limité ne définissent pas Jasper Cillessen. Après des débuts tonitruants en tant que professionnel, le portier néerlandais s’est fait oublier au Barça au profit de Marc André Ter Stegen. Une situation que connaît bien le nouveau gardien des Che, souvent cantonné au rôle de doublure. Toujours dans l’attente de faire ses preuves en tant que titulaire, même si à l’Ajax et avec la sélection des Pays-Bas Cillessen a démontré tout son potentiel, c’est bien les compteurs à zéro que le trentenaire entame sa renaissance à Valence.

Un avant-centre à ses débuts devenu vite indispensable en tant que gardien

L’histoire comme le parcours de Jasper Cillessen sont décidément très singuliers. « Ylessen » (pour la prononciation), a grandi très rapidement pour devenir gardien de but aguerri de l’Eredivisie au NEC Nigème, champion néerlandais avec Ajax et international au sein de l’équipe nationale néerlandaise. C’est très jeune à l’âge de 6 ans, que l’histoire d’amour entre Jasper et le ballon rond a débuté. « J’ai commencé à jouer à six ans au De Treffers, mon équipe locale. Après mes onze ans, je suis allé au NEC Nimègue. J’ai joué comme avant-centre pendant trois ans, mais le poste de gardien de but m’a attiré. Ma mère n’a pas aimé l’idée, mais à la fin, je ne pouvais que la convaincre. » a confié le natif de Groesbeek au micro de Barça TV en 2016.

Crédits photo : CC Commons

Portier au talent croissant, Cillessen a dû pourtant dès ses premiers balbutiements apprendre à être patient.  Promu seulement deux ans après la signature de son premier contrat professionnel avec le NEC, Jasper devient la doublure du vétéran hongrois Gábor Bados, grillant la priorité au belge Jérémy De Vriendt, recruté pourtant à cet effet. Travailleur acharné, c’est le 8 octobre 2010 que tout commence à basculer pour l’Hollandais. Titularisé lors d’un match contre le SC Heerenveen à la suite d’une blessure de Babos, il réalise une prestation magistrale, préservant sa cage inviolée (0-0), tout en étant désigné homme du match. Devenu titulaire indiscutable aux yeux de l’entraîneur de l’époque Wiljan Vloet, Cillessen dispute tous les matchs du reste de la saison jusqu’à ce que la sonnette d’un plus grand défi retentisse.

Représentant de l’élite hollandaise avec l’Ajax

Quand on analyse véritablement le parcours de Cillessen, difficile de penser qu’il peut être encore parfois si peu connu aujourd’hui. Une équipe de football est ainsi construite : il y a les défenseurs, les buteurs, les relayeurs, ceux qui créent, dirigent. Et les gardiens, soldat solitaire au combien important d’un monde impitoyable. Le gardien est l’homme différent : celui qui détruit le plaisir là où le joueur tente de le créer. Jasper est l’un de ceux là. Timide, isolé, mais au combien imposant quand il sort des bois efficace. Et c’est en 2011 que le Néerlandais met toute cette théorie en pratique, débarqué pour trois millions d’euros à l’Ajax Amsterdam. Sous les ordres de Frank de Boer, là aussi titulaire indiscutable, il devient champion des Pays-Bas à trois reprises.

Crédits photo : CC Commons

Mais voilà, à 25 ans pourtant, l’Hollandais représente certes la nouvelle glorieuse génération de l’Ajax, talentueuse, compétitive, mais aussi celle caractérielle et parfois fade. Pas une boulette pourtant au compteur, Cillessen ne fait pas l’unanimité. Après une sévère défaite 4-0 contre le PSV, dès la 7e journée d’Eredivisie, Frank de Boer décide de laisser sa chance à sa doublure et signe la fin de l’aventure de Cillessen avec l’Ajax. Dès ce moment le gardien devenu malheureux ne ressortira plus des bois.

Une carrière compliquée en sélection

Plus constant, à l’aise avec deux pieds, plus rassurant sur ses sorties aériennes, moins changeant, Jasper Cillessen parvient à retrouver une certaine stabilité. Mais au pays, le portier de l’Ajax ne fait rêver personne et divise. « Je me demande pourquoi il est numéro un. Je le trouve trop petit et très fragile. Tim Krul a, lui, plus le gabarit en cas de corner dangereux. Lui a appris des attaquants costauds et sait ce que c’est la bagarre pour le ballon. Je n’ai rien contre Cillessen, mais dans notre nouveau système de jeu, je donnerais la priorité à Krul », expliquait Willem van Hanegem, ancien international hollandais dans les colonnes du Algemeen Dagblad.

Vu simplement comme l’autre gardien des Pays-Bas, un an après ses débuts en sélection, Cillessen, avec l’appui de Louis Van Gaal, dispute la Coupe du Monde 2014 au Brésil. Les critiques, Van Gaal n’en a que faire, et continue d’accorder sa confiance à son jeune gardien. Mais si Keylor Navas ou encore Claudio Bravo ont rendu la vie difficile à plus d’un attaquant et ont fait chavirer le cœur de plusieurs clubs, Jasper délivre des prestations plus discrètes. Pas à l’abri des critiques sur la frappe de Giovani dos Santos contre le Mexique en huitièmes, Cillessen est l’auteur d’une parade décisive dans les dernières minutes contre le Costa Rica. Un arrêt tombé dans l’oubli, la faute à l’Argentine de Messi, vainqueur dans les tirs au but en demi-finale.

Une bombe discrète prête à exploser au Barça

La confiance d’un garçon presque devenu invisible même aux yeux de ses partenaires est fragile et la descente dans les limbes se poursuit plus tard au FC Barcelone. Tout commence cette fois, en 2000. Lors de vacances à Barcelone avec ses parents et son frère aîné, il déclare qu’il jouera un jour pour le grand club catalan. Jasper Cillessen n’a alors que onze ans et est rapidement émerveillé par une visite du Camp Nou. Seize ans plus tard, Cillessen est de nouveau au Camp Nou, cette fois sur le terrain lors de sa présentation, en tant que nouveau numéro 22 du FC Barcelone. Arrivé au club en provenance de l’Ajax Amsterdam pour 13 millions d’euros, Jasper Cillessen est venu remplacer Claudio Bravo parti rejoindre Pep Guardiola à Manchester City.

Ce ne sont pas ses cinq matchs de Liga en trois saisons qui auront permis à l’Hollandais de s’inscrire dans le livre des meilleurs gardiens. Mais doté d’un calme olympien et d’une grande force de caractère, Cillessen très ambitieux n’a jamais renoncé à ses rêves. « C’est la force mentale de Jasper qui m’a le plus impressionnée, il sait rebondir » a confié  Frans Hoek, entraineur des gardiens des Pays-Bas pendant le Mondial 2014, à Mundo Deportivo.

Doté d’un bon jeu balle au pied et très agile, l’ancien portier du Barça, doit désormais faire ses preuves à Valence. Le défi est plus que jamais important pour Jasper Cillessen qui doit faire parler de lui enfin à long terme.

Soledad Arque-Vazquez

@solearquev

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