Algérie : Quand Rabah devenu Madjer jouait en Liga chez un promu

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Madjer face au Bayern avec Porto
Crédits : Football

Rabah Madjer a mis un terme à sa carrière il y a presque 30 ans mais son nom est toujours aussi présent dans le football actuel. Que ce soit pour la postérité d’un geste mythique auquel il a donné son nom ou simplement pour ses sorties souvent borderlines, il joue très souvent avec la ligne rouge comme avec celle du hors jeu crampon au pied. Légende du football algérien, très grand nom à Porto, Rabah a aussi évolué en Liga quelques mois après son sacre européen. Retour sur cette période particulière pour l’Algérien qui en dit beaucoup sur sa carrière de joueur.

Le 27 mai 1987 à Vienne, le génial Rabah Madjer est devenu une légende, une vraie. Surpassant bon nombre d’illustres algériens mais aussi d’africains. L’offensif passé par la France et à Porto depuis deux années vient tout simplement d’écrire sa légende. Dans cette finale de C1, le Bayern prend pourtant l’avantage très rapidement sur les Lusitaniens par l’intermédiaire de Kogl. Oui mais voilà, le seul africain inscrit sur la feuille de match a de la ressource et du talent à revendre. Ce Porto est fort, des joueurs comme Futre sont présents sur la pelouse mais c’est bien le natif d’Alger qui va tout changer, en deux minutes. Tout d’abord, ce but, mythique, légendaire. Peu de joueurs ont donné leur nom à un geste, il y a eu Panenka, il y aura Madjer en reprenant astucieusement un centre trop en retrait pour tromper Pfaff. Deux minutes plus tard, c’est Juary qui fait exploser Porto sur une passe de l’algérien. Les Dragoes sont pour la première fois couronnés rois d’Europe, Madjer devient prince de la ville.

Une arrivée surprenant en Liga d’un Madjer star mondiale

7 mois après ce formidable match de Vienne, Madjer quitte pourtant Porto. L’Algérien est une star, il est connu partout ou presque mais encore une fois, l’offensif prend le contre pied. Il part tout de même en grand seigneur du Portugal en remportant la Coupe Intercontinentale face à Penarol. On l’annonce partout, surtout au Bayern et même à l’Ajax. Cependant, les négociations n’aboutissent pas et le natif d’Alger rejoint un promu espagnol en prêt : le Valencia CF. Cette arrivé en Liga lui permet de retrouver un ancien coéquipier : Paulo Futre joueur de l’Atletico.

Il y a quelques mois, l’ancien sélectionneur algérien était revenu sur son choix de rejoindre Valence, en se mettant quelque peu en avant. « Après quatre ans à Porto, je voulais vivre une autre expérience. Aussi, pour moi, un club de football n’est pas grand pour son niveau, mais pour son histoire, ses records, pour le potentiel de ses fans, sa popularité. À la même époque, un ou deux ans plus tôt, j’avais également des contacts avec l’Ajax de Cruyff, qui venait lui-même à Porto pour me parler parce qu’il voulait former un duo avec Van Basten … cela ne s’est pas produit. Je ne regrette pas d’être allé à Valence, un grand club se mesure par ses titres et son histoire. Le Valence était une grande équipe, malgré qu’il soit un promu. Et la preuve, c’est qu’il n’est jamais tombé en Segunda depuis. »

Futre et Madjer à Valencia en Liga
Crédits : Soccer Nostalgia

Même si ce récit est quelque peu romancé, son arrivé suscite une excitation folle sur les bords de la Turia. Valencia dispose d’un très bon public mais vient à peine de retrouver la Liga. Voir débarquer un vainqueur de C1 qui semble au sommet de sa gloire est une aubaine pour le club et un cadeau du président pour entériner cette montée. Madjer arrive en janvier 89 en Espagne. Cependant, la légende Di Stefano n’est plus entraîneur du club et l’algérien a déjà plus de 30 ans et une longue carrière.

Un rendement entaché par les blessures 

Pour son premier match, le 3 janvier 1988 sous la tunique blanquinegra, Rabah Madjer affronte l’Athletic à Mestalla. Le stade est plein, essentiellement pour voir si l’Algérien est bien présent. A chaque touche de balle ou presque, le natif d’Alger régale et fait exploser le stade. Mestalla jubile et va même célébrer le premier but de l’ancien du RC Paris. Cependant, l’offensif sort tôt et Valence concède une défaite. Un match qui va parfaitement résumer la suite de l’histoire entre Rabah et Valence. Très souvent blessé, la légende de Porto ne joue que 14 matchs mais marque tout de même 4 buts.

Madjer est revenu plusieurs fois sur ce bon souvenir d’avoir joué en Espagne. « Les souvenirs sont très bons, tous excellents. C’est une belle ville. Parmi les joueurs dont je me souviens d’une manière particulière, Quique Sánchez Flores, Voro et le numéro 10 ; nous étions des amis très proches car il me parlait en Français, il s’agit de Javier Subirats, il m’a aidé à être dans le groupe, à m’adapter. La personne qui m’a marqué à Valence était, sans aucun doute, Alfredo Di Stéfano, un grand entraîneur et un homme magnifique. Quand je parle d’Alfredo, j’ai la chair de poule, un grand gentleman« . Il poursuit : « Le fait d’avoir défendu le maillot de Valence me rend très fier. Le public de cette équipe est un vrai trésor surtout à Mestalla, mais je n’ai pas eu beaucoup de chance car je me suis sérieusement blessé à la jambe gauche et je n’ai pas pu rendre aux fans leur confiance et l’affection qu’ils m’ont manifestée. Honnêtement, j’aurais aimé mieux soigner ma blessure et rester un peu plus longtemps. Je suis arrivé en forme et la blessure a tout détruit. ». 

Cependant, ses souvenirs sur son départ du club sont plus flous. Certainement de mauvaise foi il assure qu’il voulait continuer à Valence mais que c’est Porto qui ne l’a pas permis. Puis d’autre fois, il assure qu’il était proche de l’Inter et du Bayern mais que son état physique avait fait capoté les deals et qu’il avait donc choisi de rentrer au Portugal. Madjer est un joueur particulier, disposant d’une personnalité haute en couleur qui aime bien romancer sa vie, quitte à la réécrire pour plaire à son public.

Et le personnage phagocyta le formidable joueur qu’était Rabah Madjer

Un an plus tard, de retour sous le maillot de Porto, Rabah Madjer retrouve Mestalla le temps d’un match de Coupe UEFA. Après un but, une élimination honteuse de Valence et l’explosion d’un Emilio Fenoll, Rabah est toujours de plus en plus proche de la retraite. Après une pige au Qatar, le natif d’Alger raccroche les crampons. Par la suite, le souvenir du joueur incroyable s’estompe. Les sorties souvent à côté de la plaque font de lui un personnage encombrant et particulier.

Madjer sélectionneur de l'Algerie
Crédits : Competition

Entre deux piges au Qatar, Rabah a été sélectionneur quatre fois de l’Algérie. Lors de son dernier passage, derrière la bouillie de football proposée par la légende, on se souvient surtout de sa sortie envers un journaliste de la Chaine 3 en pleine conférence de presse. Souvent l’invité des plateaux TV et consultant régulier pour Al Jazeera, Rabah fait ce qu’il sait faire de mieux en ce moment : tout ramener à lui pour se mettre en avant, comme pour se rappeler de ce fameux 27 mai 1987 …

Benjamin Bruchet 

@BenjaminB_13

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