Quand le Nigeria régalait à Madrid ou au Betis mais aussi à la CAN et au Mondial

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La sélection du Nigéria en 98 face à la France
Crédits : Goal.com

C’est l’histoire d’une équipe qui a permis de faire découvrir le Nigeria au monde entier. Une période où le football européen commençait à devenir grand et où le football africain n’était qu’à ses balbutiements. C’est également l’histoire d’une équipe emmenée par un Néerlandais qui a marché sur l’Afrique pour ensuite conquérir l’Europe et le monde. Au milieu de tout ça, la Liga. Retour sur la carrière de ces Super Eagles passés par la Liga : Ugbabe, Yekini, Finidi, Mitiu ou encore Agbonavbare.

Été 1994, le Mondial se déroule aux Etats Unis. Après les bons résultats du Cameroun lors des éditions précédentes, 3 équipes africaines sont maintenant qualifiées pour cette grande fête du ballon rond. Aux côtés de l’Egypte et du Cameroun, c’est donc le Nigera de Clemens Westerhof qui arrive de l’autre côté de l’Atlantique. Cette compétition sera l’aboutissement pour une génération dorée qui enchantera le monde avec un jeu chatoyant et bons nombres de talents. Cependant, tous n’auront pas une carrière facile et beaucoup finiront dans un triste sort. Flash back.

Le miracle de Damman, prémices des succès futurs

En 89 se déroule le Mondial U21 en Arabie Saoudite. Cette compétition sera le premier fait d’arme du Nigeria avant d’exploser aux yeux du monde avec les seniors. Après de bons résultats avec les U17 notamment les années précédentes, les Super Eagles sont qualifiés dans le groupe A où se trouvent aussi le pays hôte, le Portugal et la Tchécoslovaquie. Dans cette sélection, quelques noms qui feront la gloire du pays : Nduka Ugbabe ou encore Mutiu Adepoju.

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La phase de poule se passe tranquillement pour les Nigérians qui se qualifient en tant que 2e avec 3 points (la victoire ne valait que 2 points à l’époque). En quart c’est l’URSS de la légende Salenko qui se présent devant les baby Eagles. Un duel entre deux sélections qui feront par la suite la joie de la Liga. À l’heure de jeu, le constat est sans appel, ce match est à sens unique. Les Européens roulent sur les Africains et l’avantage est de 4-0. Le sélectionneur des rouges décident de faire quelques changements pour ménager ses troupes au vu des demis, première erreur. Dans la foulée du 4e but, Ohen va réduire la marque.

Au milieu, Mitiu s’active et est de plus en plus protagoniste. Les vagues blanches se transforment en ras de marée vert. Les Nigériens sont pressants et le court du match s’inverse. Ohen s’offre un doublé à la 75e. Puis Elijah ramène son pays à un but de son adversaire du jour. Une minute après, sur un superbe service de Adepoju, Nduka offre l’égalisation aux Supers Eagles. Ce match fou se jouera aux tirs au buts et se sont les Africains qui se qualifient. Revenu d’outre tombe, le Nigéria dispose des US en demi sur un doublé de Mitiu mais s’incline en finale. Pas de titre mondial pour les Supers Eagles mais une réputation déjà grandissantes sur le continent et de part le monde.

Nduka Ugbade, Mutiu Adepoju et Wilfred Agbonavbare : Les pionniers

Cette démonstration de force ouvre la voix à un départ de joueurs vers l’Espagne. Plusieurs vont au Real pour renforcer le Castilla comme Mitiu Adepoju et Ohen les plus fervents protagonistes dans l’épopée des supers Eagles en Arabie Saoudite. La même année, Nduka Ugbabe rejoint lui aussi l’Espagne dans un club d’une plus modeste importance : Castellon. L’intégration n’est pas facile pour ses africains en Espagne. À Madrid, le Castilla n’a pas encore pris l’habitude d’accueillir des jeunes étrangers. Les madrilènes ont des mots durs avec les nouveaux arrivants et les remarques racistes fusent.

Dans une club d’une plus petite envergure qui ne joue pas les premiers rôles en Liga, Nduka est apprécié à Castellon. Sa vitesse et son physique font de lui un garçon important pour le maintien du club en Liga. Rapidement cependant, son manque de culture tactique est un obstacle à sa progression et à son installation en tant que titulaire indiscutable dans son nouveau club. En 1990 cette petite colonie va être rejoint par un homme qui deviendra une légende par la suite, le gardien : Wilfried Agbonavbare qui signe au Rayo.

Cette arrivée de joueur nigérien en Espagne se fait avant l’arrêt de Bosman ce qui fait que les places pour les étrangers sont chers dans les clubs espagnols et européens. Cependant ces transferts illustrent bien la montée en puissance de tout un pays sur la scène sportive continentale mais aussi mondiale. Entre 88 et 92, le Nigérian va jouer 2 finales et une demi de CAN. Mieux encore, après leur titre en 80, les super Eagles ont toujours été dans dernier carré hormis en 82. Pour ceux qui ont quitté le pays pour évoluer en Espagne, leur fortune sera différente avant l’année 94, celle qui changera tout pour le Nigeria.

wilfred agbonavbare au Rayo Vallecano
Crédits : From Boothferry To Germany

Nduka Ugbabe a quitté Castellon pour Aviles. Mais très vite le défenseur étale une nouvelle fois ses lacunes. En 92 il quitte l’Espagne et l’Europe pour revenir en Afrique. Ohen quitte le Real en 91 pour rejoindre Compostelle alors en D2. Là bas il deviendra une légende du club et est encore aujourd’hui, l’un des meilleurs buteurs de l’histoire du club. Mutiu quitte lui aussi le Real Madrid pour Santander en 92. Cet échec à la maison blanche reste encore en travers de la gorge du milieu de terrain. Avec Agbonavbare, il fait partie de l’équipe qui fini 3e de la CAN 92.

L’année 94, pour passer d’icône à légende

Avant de débuter la CAN 94 en Tunisie, Agbonavbare et Mutiu sont devenu des réguliers en Liga. Mieux encore, le gardien est même une icône à Vallecas, ce quartier si particulier de Madrid. Sa manière de vivre, son grand sourire pour répondre aux remarques racistes des tribunes et surtout, ses arrêts incroyables comme lors de la victoire des rayistas sur le Real en 92 en font un homme apprécié, sur et en hors des terrains. Adepoju a confirmé son surnom de « Headmaster » à Santander. En Segunda, pour sa première saison à ce niveau il frôle les 10 buts et est un titulaire quasi indiscutable. Son jeu de tête et son implication défensive et offensive en font un milieu moderne avant l’heure. Son équipe monte en Liga en 93, et il confirme aussi à ce niveau.

Dans une compétition qui débute par une phase de poule à 3 par groupe, la sélection emmené par Yekini qui martyrise les défenses au Portugal mais aussi Mitiu ou encore JayJay Okocha va rouler sur le continent africain. Pour son premier match, le Nigéria explose 3-0 le Gabon. Qualifié pour les quarts, les hommes de Westerhof batte la Zaïre 2-0 puis la Côte d’Ivoire. En finale, les super Eagles s’offrent la Zambie et une deuxième CAN. Yekini termine une nouvelle fois meilleur buteur de la compétition avec 5 buts. La même année, se déroule le mondial aux Etats Unis, l’occasion est trop belle, cette génération qui doit frapper fort au niveau mondial.

Installé dans groupe B dans ce mondial où de nombreux joueurs frissons sont présents, le Nigeria va devoir finir devant L’Argentine de Maradona ou la Bulgarie se Stoichkov pour espérer voir le tour suivant. Yenidi porte encore l’attaque des Super Eagles et le groupe qui a mené la sélection à remporter la CAN est présent. Pour son premier match, le Nigeria explose la Bulgarie 3-0 avec un but et une célébration devenue mythique de Yenidi mais qui allait inaugurer la triste fin de ce groupe mais surtout de ce formidable joueur. Battu par L’Argentine mais prenant le meilleur de la Grèce, les coéquipiers de Mitiu finissent en tête de groupe et verront les huitièmes.

Finidi au Betis
Crédits : Colgados por el Futbol

Seule équipe africaine présente à ce niveau lors de cette édition, les hommes de Westerhof hérite de l’Italie de Baggio. Un gros morceau mais le Nigeria répond présent et récite un très beau football. Les occasions s’enchaînent et Amunike ouvre logiquement la marque. Cependant la sélection n’arrive pas à faire le break et à la 88e Baggio égalise. En prolongation l’italien s’offre un doublé et élimine les super Eagles. Ce parcours étatsuniens est un succès, mais le groupe aura du mal à capitaliser dessus.

Finidi pour masquer les échecs 

Ce formidable parcours dans un mondial et l’arrêt Bosman ouvrent encore plus les portes de la Liga à cette formidable génération nigériane. Cependant, beaucoup sont plus proche de la fin que du début. Yekini rejoint notamment le Sporting Gijon en 95. Cependant le joueur est affaibli physiquement et surtout son rêve de devenir le meilleur buteur de l’histoire de la CAN est brisée par des choix politiques de son pays qui prive sa sélection des éditions 96 et 98 de la compétition. Reparti par la petite porte quelques mois après son arrivée, Yekini complète une longue liste de membres importants de cette superbe génération à être passe brièvement par la Liga avec Rufai, Iroha, Amunike ou encore Ikpeba.

Privés de compétition continentale, les joueurs nigérians ont encore la côte sur le vieux continent et en Espagne. En 96, le Betis chipe au nez et à la barbe du Real George Finidi, un milieu de terrain élégant et magnifique qui a régalé la Hollande avec l’Ajax. Auréolé d’une Ligue des Champions, le Super Eagles va matérialiser le retour au premier plan décidé par le président des verdiblancos : Manuel Ruiz de Lapora. L’histoire dure 4 ans avec le club de Séville, le temps pour Finidi de devenir une icône pour sa célébration avec son chapeau, de devenir le dernier buteur à Bernabeu avant Sanabria, de jouer une finale de Copa et un quart de C3. Il devient une légende, comme Mitiu qui est maintenant à la Real Sociedad. Agbonavbare a lui quitté le Rayo pour Ecija avant de raccrocher en 97.

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En 1998, ce qui reste de l’équipe qui a marché sur l’Afrique en 94 se retrouve pour le mondial en France. Absent des deux derniers CAN, ce mondial ressemble à la dernière grande compétition pour beaucoup de joueurs. Ce groupe est encore une fois un mélange où les jeunes comme Taribo West ou Nwankwo Kanu côtoient les Yekini, Mitiu ou autre Finidi. Présent dans le groupe D encore face à la Bulgarie mais cette fois avec l’Espagne et le Paraguay. Le Nigéria finit une nouvelle fois en tête de sa poule et verra donc les huitièmes. Cette phase de poule est surtout restée dans les mémoires pour la boulette de Zubi. Dans ce match, Mitiu est devenu le 6e buteur du pays dans un mondial face à son pays d’adoption : l’Espagne. Contrairement à 98, le match suivant n’est pas accroché et les Super Eagles sont battus 4-1 par le Danemark. Tout le monde rentre chez le mine déconfite, contrairement à il y a 4 ans, cette élimination est décevante.

Yekini, symbole d’une génération qui n’a jamais réussi à gérer le après.

Certains tireront jusqu’à la CAN 2000 qui verra le Nigeria perdre en finale mais pour beaucoup, ce mondial en France le début de la fin de cette magnifique génération. Yekini est même trop court et doit s’arrêter avant d’avoir pu réaliser son rêve d’être le meilleur buteur de la CAN. Il finira par mourir, seul et ruiné dans une situation sociale extrêmement compliquée en 2012. 3 ans plus tard, c’est au tour d’Agbonavbare de quitter le monde des vivants, dans un relative anonymat. Après avoir dépenser ses économies pour tenter de soigner sa femme d’un cancer qui l’emportera quand même, le gardien de but a cumulé les petits boulots en restant en Espagne. Sans soutien, il est même coupé de ses enfants partis étudier au pays. En 2015, après une vague de soutien des supporters du Rayo, il s’éteint avant d’avoir pu les retrouver. L’hommage est maigre en Espagne mais ce géant moustachu reste dans le cœur des Bukaneros qui lui rendent hommage régulièrement.

Yekini au Sporting Gijon
Crédits : Youtube

Mutiu Adepoju et Finidi auront des fins bien plus glorieuses. Après un petit tour d’Europe et du Monde, le Headmaster est revenu au pays pour lancer une académie à sa gloire pour former le jeunesse locale au football. Puis l’ancien milieu est aussi devenu un ambassadeur pour la Liga et donne régulièrement son avis sur le football. De son côté, Finidi après un passage par l’Angleterre a fini sa carrière à Majorque. Après quelques années d’absences, le monsieur connu pour ses chapeaux est passé par la cellule de recrutement des Beticos par la suite, notamment en 2012.

Benjamin Bruchet 

@BenjaminB_13

 

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