Mondial 2019 – Espagne/USA : Comment la Roja regrettera d’avoir perdu un match qu’elle ne pouvait pas gagner

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Le parcours de l’Espagne s’est arrêté en 1/8 de finale, avec les honneurs, contre les Etats-Unis. Les grandes favorites à leur propre succession s’en sont sorties grâce à un penalty qui frise le scandaleux. Malgré cette décision polémique, la Selección avait-elle vraiment les moyens de vaincre la Team USA ? Analyse de cette rencontre qui a été le symbole de tous les manques de la Absoluta mais qui peut se révéler fondatrice.

Après avoir débuté la compétition avec un 4-3-3 puis évolué en 4-2-3-1 lors des deux derniers matches de groupe, Jorge Vilda a décidé de repasser en 4-3-3.

Sur le plan défensif, le sélectionneur a renouvelé sa confiance à la ligne de 4 alignée contre la Chine. La capitaine Marta Torrejón reste donc sur le banc. Marta Correderra, malgré ses difficultés, est maintenue à droite, tout comme Leila Ouahabi, latérale gauche à vocation offensive. Au milieu, Vicky Losada fait son grand retour dans le XI après sa 1re période loupée contre l’Afrique du Sud. Lucía García et Alexia Putellas accompagnent Jenni Hermoso, ce qui pousse Mariona Caldentey, très brouillonne et décevante, hors de la composition de départ.

Une charnière impériale

Certes, Mapi León provoque le 1er penalty. Pour autant, la charnière qu’elle constitue avec Irene Paredes a été impressionnante tout au long de la compétition. Puissance, agressivité, qualité dans la relance : le duo a transmis de la sérénité à l’équipe, appuyé par une grande Virginia Torrecilla en numéro 6. Mapi León n’a pas peur de prendre des risques pour réaliser la bonne relance. Souvent placée latérale gauche, la Blaugrana a été repositionnée dans l’axe. La Team USA n’a eu aucune possibilité dans l’axe et la star Alex Morgan a été littéralement broyée, ce qui n’est pas un mince exploit.

Si on voulait être polémique, on pourrait avancer que Vilda aurait peut-être mieux fait d’avoir une ligne défensive plus homogène avec Mapi León côté gauche, une charnière Irene Paredes-Andrea Pereira et Marta Torrejón ou Marta Corredera côté droit. Néanmoins, la Roja a sa défense centrale et c’est une excellente nouvelle pour la suite.

Des latérales aux abois

Il n’a pas fallu longtemps pour comprendre que le choix d’aligner Leila Ouahabi s’avère être une erreur. Prise dans le dos dès la première incursion américaine sur son côté, elle est débordée par Tobin Heath qui cherche et obtient le penalty pour un léger contact avec Mapi León, laissée au dépourvu. Malgré l’égalisation de Jenni Hermoso, l’Espagne souffre sur les côtés et Marta Correderra est martyrisée par Morgan Rapinoe. La latérale de Levante s’est reprise en 2e période, principalement parce que Rapinoe a été particulièrement arrogante et oublié de jouer simple alors que sa supériorité footballistique ne faisait aucun doute.

Le problème des latérales n’est pas nouveau, c’est même un souci récurrent depuis le début du Mondial. Fallait-il emmener Torrejón, la capitaine, la titulariser deux matches pour ensuite la reléguer sur le banc ? Pourquoi ne pas avoir essayé Celia Jiménez en phase de groupe en prévision de ce 1/8 de finale, sachant qu’elle évolue aux Etats-Unis ? Au final, Vilda a renversé la position de Correderra alors qu’elle devait jouer ce Mondial latérale gauche et privilégié une Blaugrana, déjà très en difficulté contre l’Olympique Lyonnais en finale de la Ligue des Champions.

La sortie de Losada et le retour au 4-2-3-1

Comme annoncé par Marca, Jorge Vilda a débuté la partie avec un triple pivot composé de Virginia Torrecilla, Vicky Losada et Patri Guijarro. L’objectif était de peupler le milieu de terrain, d’être agressif et de récupérer les seconds ballons. Cela a fonctionné, même si la créativité de Guijarro a disparu et que l’équipe a souvent paru coupée en deux.

Après la sortie de Vicky Losada à la demi-heure de jeu, le sélectionneur a fait un choix aussi osé que surprenant : il s’est dédit et est revenu au 4-2-3-1 en faisant entrer Nahikari García.

Cette modification tactique n’a pas fondamentalement modifié le cours du match, la Roja souffrant toujours autant sur les côtés dans son camp et étant toujours scindée en deux au moment de contrer.

Offensivement, le désert

L’Espagne pourra toujours se plaindre d’avoir été volée, la réalité est que la Selección n’a aucun plan offensif. Un problème qui dure depuis l’Euro 2017. Apparemment, l’objectif de Vilda est de faire des passes sans autre idée que de dire que son équipe a eu la balle. A un seul moment la Roja a eu une opportunité de marquer une action un minimum construite, en 2e période, mais Guijarro l’a jouée solo alors que Putellas était seule en retrait à l’entrée de la surface de réparation américaine. Le résumé offensif de ce Mondial se résume à 2 penalties et un but inscrit à la 89e minute contre l’équipe la plus faible du groupe réduite à 10 et un but inscrit sur une faute de relance adverse. Rien de construit. A quel moment la gardienne US, pourtant particulièrement fébrile, a été mise à contribution ? Jamais ! Allemagne, Chine, Etats-Unis : la Absoluta a été incapable de se créer la moindre occasion cadrée dangereuse au terme d’un mouvement réfléchi.

Les remplacements de Vilda ont une nouvelle fois montré que sa liste était bancale : Andrea Sánchez Falcón et Mariona Caldentey ne sont pas des joueuses de surface, il n’y avait aucune possibilité de passer à deux vraies pointes, Alba Redondo étant restée à la maison. Enfin, il ne faut pas oublier que sans les crampes de Virginia Torrecilla, c’est Jenni Hermoso qui serait sortie en fin de match. A quel moment le sélectionneur peut se priver de sa buteuse ? En cas d’égalisation, la Roja aurait joué sans sa meneuse de jeu ? Et en cas de tirs au but, il se serait privé de la meilleure buteuse du championnat qui a marqué 2 penalties contre l’Afrique du Sud ?

Absence de créativité

Le retour au 4-2-3-1, autrement dit avec Jenni Hermoso en position de 10, a rappelé que Vilda s’est privé volontairement de créatrices expérimentées. Ángela Sosa et Verónica Boquete n’auraient pas été de trop pour donner une couleur chatoyante au jeu espagnol. Là encore, pour des raisons inexplicables, le sélectionneur n’a pas convoqué la meilleure joueuse de la Liga Iberdrola depuis 2 ans et la meilleure joueuse espagnole tout court. Fatalement, la Roja a eu un jeu stéréotypé dans le dernier tiers. C’était déjà le cas lors de l’Euro 2017. Cette fois-ci, c’est d’autant plus grave que la situation n’a pas évolué alors que le niveau global a augmenté.

Vilda a (malheureusement) réussi son coup

Le bilan du Mondial de la Roja est d’une victoire contre une équipe faible et contre qui il a fallu sacrément batailler pour en venir à bout, deux défaites « encourageante » et un match nul soporifique. Sur le plan du jeu, l’Espagne a enchaîné 3 matches sans inquiéter la gardienne adverse. A priori, c’est très insuffisant, surtout qu’avec un peu plus de créativité devant, l’Espagne aurait pu faire sauter la banque contre l’Allemagne et les Etats-Unis. Sauf que les matches de la Absoluta sont analysés avec le coeur et pas avec la raison. Avoir accroché la Nationalmannschaft et les favorites américaines suffit pour que Luis Rubiales annonce, sans aucun recul, en direct à la radio que le sélectionneur est maintenu.

L’Espagne est une grande nation en devenir, la relève est déjà prête. Ce Mondial 2019 est perçu comme une étape. C’est une erreur. La Roja pouvait aller beaucoup plus loin et renverser la table. Mais pour cela, il aurait fallu être réellement ambitieux plutôt que de s’extasier sur le nombre de passes réussies. Même avec un tableau difficile, il y avait de la place pour faire beaucoup mieux. Mais il est plus simple de se bercer d’illusions plutôt que se rendre compte que la Selección a gâché une immense occasion d’entrer avec fracas dans le grand monde.

François Miguel Boudet
@fmboudet

 

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