Comment la Liga s’ouvre sur le monde : l’exemple CD Leganés avec le Maroc et Youssef En-Nesyri

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Crédit: El Pais

Dans le cadre de la politique d’internationalisation qui touche la Liga, le CD Leganés a signé un accord de coopération avec l’Itthiad Tanger. Alors que les deux pays sont très proches, les liens footballistiques entre l’Afrique et plus spécifiquement le Maroc et la Liga sont en plein essor.

Le Maroc et l’Espagne sont deux nations très proches footballistiquement et les relations entre les deux pays viennent de franchir un nouveau cap avec l’accord de collaboration signé entre Leganés et l’Itthiad Tanger. Une association qui tombe à pic puisque le processus d’internationalisation de la Liga voulu par Javier Tebas bat son plein. En effet, La Liga essaye par tous les moyens de rattraper financièrement la Premier League et redouble d’efforts pour valoriser son image, trouver de nouveaux partenaires commerciaux ou encore organiser des événements promotionnels dans le monde. Avec le Maroc la Liga a trouvé un terrain propice pour son développement. En effet, le championnat espagnol y est très suivi et l’intérêt des Marocains pour le football ibérique remonte à plusieurs décennies et a traversé les générations.

Le Maroc dans l’histoire de la Liga

Le point de départ de cette entente et de cet attrait des Marocains pour la Liga date de la fin des années 40. En effet, le championnat espagnol a attiré dès la fin des années 1940, Haj Larbi Ben Mbarek, la «Perle noire», qui a remporté plusieurs titres avec l’Atletico Madrid. Une arrivée qui a poussé les Casablancais, ville d’origine du joueur, à s’intéresser à la Liga. Encore aujourd’hui, les Casablancais figurent en tête des supporters de la Liga au Maroc. Le second événement qui va faire se concentrer les regards sur l’Espagne est la présence du Moghreb Atletic de Tétouan (MAT), club marocain qui a évolué en Liga lors de la saison 1951-1952. Suite à cela, la Coupe Mohammed V a fait son apparition. Entre 1962 et 1989, cette coupe a invité certains des clubs les plus prestigieux du monde. Les locaux ont donc pu voir in situ les grands joueurs évoluant en Liga. Comment ne pas être séduit quand Di Stéfano et consorts font des merveilles sous vos yeux ? Les spectateurs présents ont transmis ce qu’ils ont vu et cet amour de la Liga à leurs descendants qui l’ont eux-mêmes transmis à leurs enfants. Plusieurs facteurs ont ensuite contribué à entretenir le contact entre les deux pays. À partir des années 1970, la télévision locale retransmet la Liga gratuitement et les années 90 amplifient cette tendance. En effet, l’avènement d’une génération dorée de footballeurs marocains qui brille particulièrement en Espagne, avec Hadji et Naybet pour têtes d’affiche place la Liga sous le feu des projecteurs.

Crédit: Le Parisien

Deux éléments vont consolider de manière durable le lien entre les deux pays au milieu des années 2000. D’abord, le déclin du football marocain. Aussi bien le niveau du championnat que de la sélection à sensiblement baissé. De plus, les échecs aussi bien au niveau des résultats qu’au niveau de l’image, ont éloigné le public du football local. Aujourd’hui les jeunes cherchent des stars à admirer, imiter et des valeurs auxquelles ils peuvent s’identifier. Le football espagnol a réussi à leur fournir cela. Enfin, l’apparition des bouquets de TV par satellite ont contribué à démocratiser l’accès au football mondial sur tout le territoire. Même dans les endroits les plus isolés et les zones rurales qui ne disposent pas encore d’accès à l’eau potable, les chaînes de TV font en sorte que le public puisse étancher sa soif de foot. De plus, certains clubs sont extrêmement suivis au Maroc. C’est notamment le cas du Real Madrid. Lorsqu’ils ont joué au Maroc la Coupe du Monde des clubs en 2014, les membres d’une peña locale ont décidé de faire les choses en grand à Marrakech : un premier tifo de 2400 mètres carrés pour la demi-finale, et un second de 3000 mètres carrés en cas de finale. Jamais dans son histoire, le Real Madrid n’avait bénéficié d’une animation d’une envergure similaire lors d’un match officiel hors Espagne. La folie prend de telles proportions que dû aux chiffres records enregistrés au Maroc lors des matchs opposant le Real Madrid et le FC Barcelone le football local a même été contraint de se plier aux horaires matchs de Liga. En effet, les responsables du Wydad Casablanca ont dû demander à la Fédération royale de décaler une de leur rencontre de championnat face au CR Al Hoceima car le coup d’envoi du match était prévu une heure seulement avant le Clásico. Dire que le Maroc vibre avec la Liga est un euphémisme.

Leganés s’internationalise

C’est dans ce contexte que Leganés a signé le 1er mai 2019 un accord de collaboration avec l’Ittihad Riad de Tanger . Grâce à celui-ci le club espagnol va apporter son soutien au club marocain qui en échange va servir de plateforme en Afrique du Nord pour la recherche de futures promesses. Fruit de ce pacte, Leganés va disputer contre eux un match amical lors de la pré-saison. Le match aura lieu le 27 juillet au Stade Ibn Battouta, qui a déjà accueilli en 2018 la Supercoupe d’Espagne entre le FC Barcelone et Séville. L’accord a été signé hier par Felipe Moreno, actionnaire majoritaire de Leganés et vice-président du club à Tanger, où une conférence de presse pour les médias locaux a été proposée. Accompagné des autorités du club marocain, Moreno a présenté ce pacte qui permettra a Leganés d’avoir un accès préférentiel aux jeunes promesses de Tanger en échange d’une aide au club maghrébin, avec conseils et soutien professionnel dans les catégories inférieures.

Crédit: AS

Leganes franchit ainsi une nouvelle étape dans son expansion internationale avec la volonté de pouvoir nourrir ses catégories de jeunes et, à terme, la première équipe de joueurs issus des centres de formations marocains ou encore d’Afrique du Nord et Centrale. Un territoire d’où, par exemple, Youssef En Nesyri a émergé il n’y a pas si longtemps. Le Pepinero a été signé par Malaga après être passé par l’Académie Mohammed VI. Leganés espère trouver à Tanger des cas similaires à celui d’En Nesyri. « Pour nous, ce peut être un tremplin pour découvrir des talents d’Afrique du Nord et du reste du continent. Nous voulons confirmer notre volonté d’expansion internationale à l’avenir et profiter du fait que nous sommes la troisième équipe espagnole la plus suivie au Maroc après le Barça et le Real Madrid », a déclaré le vice-président. La présence d’El Zhar ou d’En Nesyri dans son effectif actuel ou le passage d’Amrabat par Butarque ont aidé Leganés a se consolider une très bonne image au Maroc.

Leganés suit l’exemple de Malaga

Leganés marche ainsi sur les pas de Malaga, l’un des premiers clubs espagnols à avoir tissé des liens avec le Maroc. En effet, depuis maintenant quelques années, les Andalous ont un accord de collaboration avec la puissante Académie Mohammed VI de l’autre côté de la méditerranée. Crée en 2008 et inaugurée en 2009 suite au constat que le football professionnel marocain manquait de rayonnement, le roi Mohammed VI propose la création d’un centre de formation qui serve de modèle national en s’alignant sur les modes de gouvernance en vigueur dans les clubs de football internationaux. L’académie est une association reconnue d’utilité publique à but non lucratif : tous les bénéfices générés par des ventes de joueurs sont réinjectés dans l’académie, ses infrastructures et ses nouvelles recrues. A caractère social, l’académie a pour ambition de détecter les meilleurs joueurs toutes catégories sociales confondues, ce qu’elle fait à travers un réseau de détecteurs permanents présents dans chaque région du pays. Celle-ci propose également une école de football pour les 6-12 ans, école qui compte 800 élèves et dont l’intérêt est d’offrir un enseignement footballistique de qualité, et de repérer les jeunes talents.

L’accord de collaboration avec cette institution a permis à Malaga de renforcer leur centre de formation et de sortir de bons joueurs qui ont ensuite par leur vente assaini les finances du club. Le premier exemple est celui de Youssef En-Nesyri pour lequel Malaga a reçu 5 M€ alors qu’il avait coûté 125’000 € lors de son transfert dans le sud de l’Espagne. Bien évidemment, tous les joueurs arrivés de l’Académie marocaine n’ont pas triomphé dans le centre de formation andalou. En 2015 et 2017 respectivement, Hicham et Abqar ont été les dernières pépites à avoir intégré le filial bleu et blanc. Aujourd’hui ils font tous deux partie de l’équipe première. Il y a quelques jours Malaga a rendu officiel la venue de trois nouveaux joueurs issus de l’Académie Mohammed VI, Mehdi Mouatassim, Achraf Gharib et Omar El Amrani, pour renforcer leur centre de formation. Achraf Gharib est notamment international avec les catégories de jeunes de l’équipe nationale marocaine.

Youssef En-Nesyri en exemple

Le meilleur exemple du bon fonctionnement des relations entre les clubs de football espagnols et marocains est Youssef En-Nesyri. Né à Fès, il commence le football dans l’équipe des jeunes du Maghreb AS avant d’intégrer l’Académie Mohammed VI, où il passe l’essentiel de sa formation. L’académie Mohamed VI est le centre de formation principal du Maroc pour montrer aux clubs comment former leur joueurs locaux. Très vite, Youssef En-Nesyri est intégré dans les catégories de jeunes. À 18 ans, il est prêté à Malaga en 2015, puis acheté pour 125 000 euros en 2016, alors qu’il joue à l’Académie Mohammed VI, au Maroc. Assigné à l’équipe réserve, il marque un but pour son premier match. Il est de nouveau buteur lors des trois matchs suivants et devient un membre important de l’équipe qui échoue dans la quête de la promotion en troisième division.

Crédit: Yabiladi

Youssef est intégré à l’équipe première lors de la pré-saison 2016-2017. Il prolonge son contrat à la fin du mois d’août 2016 jusqu’en 2020, quelques jours avant de faire ses débuts professionnels contre l’Espanyol Barcelone. Il inscrit son premier but avec Málaga en septembre lors d’une victoire 2-1 contre Eibar. Lors du début de saison 2017-2018, En-Nesyri repart à zéro. Il recommence à jouer des bouts de matchs et se met surtout en évidence pour sa débauche d’énergie mais rarement par un but ou une action de classe. Les résultats redeviennent mauvais et Míchel alors entraîneur de l’équipe est écarté du club espagnol. Malaga continue de s’enfoncer dans la crise mais En-Nesyri se montre sous ses meilleurs jours. Pas encore à l’aise techniquement, il se mets à faire trembler les filets régulièrement en fin de saison. Bien plus souvent titulaire, il termine la saison avec 4 buts au compteur et une place parmi les 23 sélectionnés avec le Maroc pour la Coupe du monde en Russie. Malaga est relégué en Segunda et les écuries du championnat espagnol commencent à courtiser le jeune international marocain. Deportivo Alavés, Eibar ou Leganés sont les plus intéressés. Le buteur attendra la fin du Mondial pour se décider pour le club de la banlieue de Madrid.

Un départ à Leganés

Après un parcours en Coupe du monde 2018 efficace, marquant un but face à la Roja (match nul, 2-2), il signe officiellement le 17 août 2018 un contrat de 5 ans avec Leganés pour un montant de 10 millions d’euros. Il bat ainsi le record du plus gros achat du club. Il devient aussi le joueur formé au Maroc le plus cher de l’histoire. Mauricio Pellegrino le lance en Liga à 21 ans. Dans l’attaque des pepineros En-Nesyri est en concurrence avec Guido Carrillo pour occuper le poste de buteur dans le 5-4-1 de l’ancien coach d’Alaves. Le Marocain n’est pas très convainquant et enchaîne les petites blessures. Le plus gros investissement de Leganés sur le marché des transferts joue peu et déçoit sur le terrain. Pas très à l’aise techniquement, il ne semble pas vraiment faire la paire avec Carillo. Hormis un doublé en Copa del Rey face au Rayo Vallecano et un but face au Deportivo Alavés en Liga, les chiffres d’En-Nesyri sont faibles pour un attaquant.

En sélection sa situation est bien différente puisqu’il est un membre important de son équipe. Néanmoins sa situation va évoluer en club. Il va profiter d’un changement de système pour exploser et de la blessure de Carrillo. En effet, Pellegrino abandonne son 541 et évolue désormais avec deux pointes dans un 532. Autre événement en sa faveur, le recrutement du Danois Martin Braithwaite. Si la cohabitation avec Carillo était difficile, avec le nouvel arrivé tout semble plus simple. En-Nesyri joue beaucoup plus et ses performances s’améliorent. Lors de la deuxième partie de saison, il va réaliser les meilleures performances de sa carrière. Il trouve régulièrement le chemin des filets et devient décisif pour son équipe. Le 10 février 2019, il inscrit un triplé dans un match de championnat face au Betis. Youssef est aussi nommé pour le titre de meilleur joueur du mois de février de la Liga aux côtés de Jaime Mata et Lionel Messi. Le Marocain finit la saison avec 13 buts et 2 passes décisives au compteur.

Cette saison semble être celle de la confirmation pour En-Nesyri. Il a prouvé à tous ses détracteurs qu’il pouvait être décisif. Devenu un pilier à Leganés, il incarne le futur du club et celui de la sélection du Maroc. Grâce à son parcours, de sa formation à l’Académie Mohammed VI au Maroc à sa confirmation en Liga, il est devenu un modèle à suivre pour tous les jeunes marocains. Dernièrement le joueur à fait part de ses envies de départ. Si les pepineros ne sont pas vendeurs et souhaiteraient le conserver, le joueur aurait déjà lui été contacté par des clubs de Premier League. L’été s’annonce agité pour l’attaquant qui va faire parler de lui aussi bien sur que en dehors du terrain. Idole et référence au pays, il représente un symbole d’espoir pour des centaines de jeunes marocains. Il est celui qui, parti du Maroc, à réussi à conquérir l’Espagne.

Miguel Hernandez

@Mig19Hernandez

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