Mido au Celta Vigo : L’idylle courte mais joyeuse du Pharaon en Liga

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Crédits : La Voz de Galicia

C’est l’histoire d’un joueur prédestiné à devenir un géant. Avant ses 20 ans il avait déjà tout, la gueule, le talent et la personnalité. Oui mais voilà, Mido n’aura jamais réussi à devenir le Pharaon qu’il devait être. Retour sur le passage de l’Égyptien en Liga et au Celta qui n’aura duré que quelques mois. Le temps de qualifier le club en Ligue des Champions mais surtout de partir en bon terme avec tout le monde. Quand Mido était encore le roi du Caire.

Sa signature au Celta en mars 2003 alors qu’il n’avait que 20 ans laissait déjà présager la suite de la carrière de Mido. Offensif fantasque mais surtout bourré de talent, l’Égyptien a rejoint l’Europe avant d’avoir 18 ans. Le temps de mettre la Belgique a ses pieds et d’être sacré soulier d’ébène. Le natif du Caire est un buteur élégant, physique mais aussi très technique et surtout, il a de la personnalité à revendre. Son transfert à l’Ajax va le faire basculer dans une autre dimension.

Mido est grand, il porte la tête haute et surtout, il a une chevelure magnifique. Ce transfert et des prestations de hauts vols font de lui une idole au pays. Les médias font le parallèle avec Beckham pour le look, les Égyptiens l’aiment comment les Argentins aiment Maradona. À l’Ajax, ses coachs confirment l’aura d’un garçon qui est déjà une star avant d’avoir réellement confirmé sur la durée. «En Égypte, il est traité comme un Dieu»,raconte à l’époque Ronald Koeman, directeur de l’Ajax en à l’époque. «Tout le monde est impressionné par ce qu’il fait. Les éclaireurs, le personnel technique, tous les gens qui ont vu jouer ce qui est un grand talent », explique le directeur technique du club de l’époque, Leo Beenhakker. Son mariage avec une miss Belgique retransmis en direct en Égypte finit de sceller son statut d’idole populaire. Mido est déjà un Pharaon alors qu’il n’est même pas un footballeur accompli.

Une arrivée rocambolesque en Espagne 

L’Ajax aura permis d’assurer son statut de légende arabe du football mais aussi d’esquisser les problèmes qui causeront sa perte. Pour sa première saison aux Pays-Bas, il joue de nombreux matchs et surtout fait la rencontre de Zlatan Ibrahimovic et Andy Van der Meyde. Ces trois loustics ont de l’or dans le pied. La journée ils régalent crampons aux pieds et le soir ils font des courses de voitures dans les rues d’Amsterdam. Mido est le premier à devenir un indiscutable aux yeux de Koeman. En fin de saison, il va même trouver le chemin des filets 10 fois en 9 matchs. Mido est un grand artisan du championnat remporté par les Ajacides en 2002. Le Pharaon rajoute une passe décisive en finale de Coupe, l’Ajax réalise un doublé historique et le natif du Caire renforce sa légende au pays.

Mido à l'Ajax Amsterdam
Crédits : NH Nieuws

Alors au sommet, Mido va faire éclater au grand jour sa partie sombre. Avant cela, Koeman avait toujours accepté le côté extravagant et un peu limite de l’Égyptien qui s’était acheté une Ferrari 5 minutes après avoir signé pour l’Ajax. Après une nouvelle sortie de route, le coach Ronald relègue Mido en réserve pour le punir. L’égyptien multiplie les sorties de route, notamment cette histoire de ciseaux jetés sur Ibra après un match immonde de sa part. Il trouve encore régulièrement le chemin des filets mais le roi du Caire devient trop difficile à gérer. Koeman n’en veut plus et le pousse vers la sortie.

Début mars 2003, après un premier deal refusé par la FIFA, le Celta accueil enfin Mido. La destination surprend, les Galiciens sont un petit club au fonctionnement familial. Cependant, les hommes de Lotina performent en championnat et sont à la lutte pour la Ligue des Champions. Le deal, hors des clous, a été homologué pour palier numériquement à la longue absence de Sebastian Mendez.

Une arrivée en grande pompe et un transfert décisif pour le Celta

Mido arrive fin mars en Liga, il ne reste que 12 journées à disputer. Cette signature est un cadeau du président à son entraîneur pour lui permettre de mener le Celta en C1. Les Galiciens sont dans la course mais il manque un vrai buteur pour terminer les actions. Dans le jeu, les hommes de Lotina ne sont pas excellents mais sans vraiment savoir pourquoi, les points s’enchaînent. Son futur entraîneur ne tarit pas d’éloges sur le Pharaon lors de sa présentation en le comparant notamment à Penev. Au pays, Mido est encore une star même si ce transfert a tout d’une régression dans sa carrière. Un de ses premiers coachs confie pour Vice :

« Avant, l’éducation passait devant le football. Désormais, les parents disent :Je veux que mon fils soit comme Mido.”

Sous les couleurs du Celta, Mido joue 8 matchs et confirme toutes les attentes placées en lui. Buteur après 20 minutes pour son premier match face à l’Athletic, il s’offre un doublé magnifique face à Osasuna quelques semaines plus tard. Incisif, concerné et surtout inspiré, l’égyptien redevient le joueur formidable aperçu l’année précédente au Pays bas. Dans ce club familial, il se sent bien et répond présent en match. Il marque son dernier but face à la Real Sociedad. Le Celta l’emporte et assure sa place en Ligue des champions en finissant devant le Barça notamment.

Cette première et seule qualification de l’histoire de club en Ligue des Champions reste une très bonne expérience pour Mido et surtout l’un des derniers moment joyeux dans sa carrière. Au point de le mettre au même niveau que la CAN remportée par l’Egypte en 2006 ou le doublé avec l’Ajax. Mido doit pourtant plier bagage, le Celta ne veut pas payer le prix demandé et il ne peut pas rentrer aux Pays-Bas. Le voilà sur le marché, courtisé mais pas vraiment fortement désiré. Le pharaon revenu dans les bonnes grâces du football découvre son 5e pays et signe pour l’OM pour la saison 2003-2004.

Le mirage Tottenham et la chute à la CAN 2006

Ce transfert marque le premier vrai coup d’arrêt dans la carrière du Pharaon. Mido l’explique lui même, jamais il n’a réussi à trouver sa place. « Au Celta Vigo, je me débrouillais bien (en prêt) et je n’avais aucun problème avec qui que ce soit, mais ils n’ont pas les moyens de me payer. Avec Marseille, je voulais partir pour Rome, qui était un grand club pour moi. Et à Rome Je n’ai pas joué alors je suis venu à Tottenham. » Ce nouveau pays, le 7e après l’Italie va permettre de retrouver le bon Mido, celui qui marque des buts et fait lever les foules.

A son arrivé à Londres en 2005, celui qui est encore le roi du Caire est plein d’ambitions. Il se confie lors de sa signature : « Le plus important pour moi est de rester dans un club pendant quatre ou cinq ans et je pense que Tottenham est le club parfait pour moi ». Il poursuit. « J’aime tout ici – le stade, la foule, le terrain d’entraînement, les gens, la façon dont nous nous entraînons et jouons. J’aime le football anglais et la vie ici alors je suis heureux ». Martin Jol réussi à trouver la bonne formule et lors de la deuxième saison de Mido en Angleterre, il trouve le chemin des filets régulièrement. Mido n’a que 23 ans, a déjà vécu 1000 vies et semble sur le voie de la rédemption. Dans le même temps, Zlatan, son ancien partenaire de jeu explose aux yeux du monde.

Lors de cette saison 2005-2006, le mauvais Mido est pourtant réapparu, furtivement, au pays. Lors de la CAN organisée au pays, l’Égyptien est la star de la sélection et on attend qu’une chose : le voir régaler son peuple. Jusqu’en demi-finale, le contrat est rempli par l’attaquant. Premier buteur de son équipe dans la compétition, il est performant même si pas vraiment protagoniste devant les bois. En demi tout bascule, les pharaons sont tenus en échec 1-1 par le Sénégal. Son sélectionneur décide alors de sortir sa star aux alentours de la 80e minutes. Le natif du Caire explose, et lâche une de ses punchlines favorites : » la prochaine fois que tu me sors, j’achète ta femme !  » Hossam Hassan s’en mêle et tente de calmer l’ancien du Celta mais rien n’y fait, le torchon brûle entre le peuple égyptien et Mido. Le roi du Caire est destitué, il ne joue pas la finale qui sera remportée par les siens. Après ce match, plus rien ne sera pareil pour lui. Le principal quotidien du pays titre : « Mido a perdu le respect et l’amour des Égyptiens » après la demi-finale.

Une retraite à 30 ans puis une reprise en main remarquée

L’ancien de l’OM réussi même à se brouiller avec Martin Jol et l’Égyptien est une nouvelle fois poussé vers la sortie. Mido ne retrouve plus son mojo, enchaîne les clubs, les frasques, les petites phrases sur ses coéquipiers mais surtout, prend du poids, beaucoup de poids. En 2011 après une pige encore une fois désastreuse à Barnsley, ce qui reste du Pharaon prend sa retraite alors qu’il a à peine 30 ans.

Mido en tant qu'entraîneur
Crédits : Orange Football Club

En 2014, Mido revient sur le devant de la scène sportive. Redevenu une star au pays mais surtout connu maintenant pour ses looks extravagants et son surpoids, l’ancien buteur entame sa nouvelle vie : sur le bancs de touche. Nommé en grande pompe entraîneur de son Zamalek, l’ancien de l’OM est présenté avec les formes. Pour une fois, son caractère et sa personnalité qui lui ont fait tant défaut en tant que joueur semblent être une qualité dans ce nouveau rôle. Cette pige ne dure pas, comme les prochaines. On retrouve la trace du natif du Caire brièvement à Imaily puis Zamalek et enfin Wadi Degla avant d’entamer une nouvelle carrière en tant que consultant.

Pourtant, une autre gros projet va venir bouleverser la vie du encore jeune Mido. En 2018, pour The Guardian, revient sur un moment charnière de sa nouvelle vie. « Je pesais 150 kg et j’ai atteint un point où je ne pouvais pas marcher 30 mètres », explique Mido. « Si je le faisais, je commençais à avoir mal au dos, aux articulations et aux genoux. Je me souviens que je descendais de mon bateau en Égypte il y a cinq mois – ce jour est le tournant de ma vie – et je marchais sur une île. J’avais trois amis avec moi et il restait 300 mètres au bout de l’île. Le sable était un peu lourd et il faisait un peu ensoleillé et je leur ai dit: « Je ne peux pas marcher. » Je devais m’asseoir pendant 30 minutes. Je n’avais que 34 ans. C’est à ce moment-là que l’interrupteur a basculé ». L’égyptien consulte et on lui explique que s’il ne se reprend pas en main, il sera mort avant ses 40 ans.

L’ancien de l’OM fait se qu’il faut et perd 32 kilos. Sa métamorphose fait la une de toutes les gazettes avec son nouveau physique. Sans fonction réelle depuis maintenant longtemps, Mido continue pourtant de faire la une des médias. Sa prémonition sur l’explosion de Salah à Liverpool contribue à en faire un observateur reconnu du football. Le temps aussi de faire son mea culpa sur sa carrière de joueur décevante : « C’est vrai que quand j’étais plus jeune, j’avais des problèmes avec certains entraîneurs et je n’étais pas un garçon facile à gérer. Je ne pensais qu’à moi-même. J’étais égoïste. Et si cela ne fonctionnait pas pour moi à un endroit, la première décision pour moi était d’aller ailleurs ». Assagi, Mido rêve pourtant encore de football. « Le coaching, une fois que vous y goûtez, vous ne pouvez pas en sortir. Une fois que vous avez la possibilité de créer votre propre équipe, de prendre vos propres décisions et de voir vos joueurs faire quelque chose sur le terrain sur lequel vous travaillez depuis des semaines, c’est le plus grand plaisir de ma vie. »

Benjamin Bruchet 

@BenjaminB_13

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