Qui est Robert Moreno le nouveau sélectionneur de la Roja ?

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Jusqu’alors méconnu en Espagne comme ailleurs, Robert Moreno est entré dans la lumière ce 19 juin, lors d’une conférence de presse organisée à la hâte pour annoncer la démission de Luis Enrique, contraint de quitter son poste pour un problème familial grave. Après le licenciement de Julen Lopetegui avant le Mondial 2018, Luis Rubiales a dû prendre une nouvelle décision cruciale pour l’avenir proche de la Roja. Le président de la Fédération a choisi de promouvoir l’adjoint de « Lucho ». A 41 ans, le fidèle second devient numéro 1 pour la première fois de sa carrière. Portrait du nouvel homme (très) fort du football espagnol.

Robert Moreno n’a jamais joué au plus haut niveau. Son destin, il l’a très tôt imaginé sur le banc. Depuis plus de 15 ans, il a appris en tant qu’adjoint et a même théorisé sa vision du 4-4-2 dans un livre publié en 2013. Avant d’être catapulté numéro 1 de la Roja par des circonstances imprévisibles, le natif de Barcelone a entraîné plusieurs petits clubs en Catalogne. L’arrivée de Luis Enrique au Barça B en 2008 marque un point d’inflexion dans sa carrière. Il signe un contrat chez les Blaugrana et l’Asturien devient son mentor. La seule saison où le binôme est séparé, c’est lorsque Lucho prend une année sabbatique. Moreno suit Juan Carlos Unzué qui faisait aussi partie de la garde rapprochée du champion olympique 1992. Robert Moreno a connu de grands clubs mais toujours dans l’ombre. Forcément, une question nous brûle les lèvres : est-il en mesure de porter le costume de sélectionneur dès à présent ?

Analyste vidéo et écrivain

Dans le staff de Luis Enrique, Robert Moreno est devenu un incontournable. Lors des dernières conférences de presse de l’Asturien, il est assis à côté du sélectionneur, comme pour montrer qu’il était plus un numéro 1 bis qu’un modeste adjoint. Lors des 3 derniers matches de la Roja, lorsque la situation familiale de Lucho rendait absolument impossible sa venue (rien n’a fuité sur les raisons du retrait du sélectionneur, comme quoi la presse espagnole peut parfois se tenir…, ndlr), c’est le Catalan qui est sur le banc et est en 1re ligne face aux media. Lors de cette courte période d’essai contrainte et improvisée, Moreno a eu un bilan impeccable : 3 victoires, 10 buts inscrits et un seul encaissé.

Avant cette mise sur le devant de la scène, Robert Moreno a d’abord été engagé pour faire du scoutisme. Rapidement, il devient le « Monsieur analyse » des adversaires de Luis Enrique. Pour beaucoup de monde en Espagne, il est un des pionniers dans ce domaine. Le temps passe et l’aura du fidèle bras droit grandit. Lors des matchs au Barça, c’est même lui qui est débout pour hurler les consignes lors des coups de pieds arrêtés. Jusqu’alors, c’était le domaine réservé d’Unzué.

Crédits : Sport

Moreno est une éponge. Depuis ses débuts, il apprend de chacune des personnes qu’il côtoie. On le définit comme un garçon taiseux doté d’une approche académique du coaching et de la tactique. Alors numéro 2, il écrit un essai sur sa vision du 4-4-2. Diplômé en commerce international, le Catalan lance même une maison d’édition. Garçon complet, il n’est pas un dogmatique malgré une certaine vision du football. Lors de sa conférence de presse d’intronisation, il a assuré qu’un entraîneur devait s’adapter à l’effectif qu’il a à sa disposition. En l’occurrence, il aura un luxe incroyable : celui de créer une équipe à son image.

Continuer le travail de Luis Enrique tout en s’émancipant 

Sa nomination n’était pas vraiment acquise. Même si beaucoup de media le mettaient dans les potentiels choix pour succéder à Luis Enrique, le nom du Pitu Abelardo revenait avec insistance. Tout semblait réuni pour que ce soit lui, pour plusieurs raisons. En 1er lieu, l’ancien joueur du Barça a réalisé 18 mois de très haut niveau avec le Deportivo Alavés, d’abord en sauvant les Babazorros d’une descente a priori inéluctable, ensuite en faisant terminer le club de Vitoria à la 4e de Liga à la trêve et en frôlant une qualification européenne. Usé mentalement, il venait de démissionner et le rythme de vie de sélectionneur paraissait parfaitement adapté. En 2nd lieu, Luis Enrique et Abelardo nourrissent une amitié de plus de 30 ans, puisqu’ils sont tous les deux Asturiens, coéquipiers à Mareo, le centre de formation du Sporting de Gijón, ils ont ensuite été coéquipiers au Barça et avec la Selección. Sportivement et humainement, le choix se tenait et aurait été unanimement salué. Mais voilà, il fallait miser sur la grosse cote. Car c’est le jeunot qui a été nommé sélectionneur jusqu’à l’Euro 2020 minimum. Une compétition que Robert Moreno a déjà annoncé vouloir remporter. Un optimisme qui n’a rien de vraiment surprenant.

Depuis l’arrivée de Luis Enrique à la tête de la Absoluta et donc de Robert Moreno, les deux hommes ont testé de nombreux joueurs, que ce soit des jeunes comme Rodri, Mario Hermoso ou encore Mikel Oyarzábal mais aussi des plus anciens comme Jaime Mata, Sergio Canales et Dani Parejo. Le retour de Santi Cazorla lors de la dernière convocation a bien montré que rien n’était fixé et que les plus méritants auraient l’opportunité de se montrer. L’objectif est de mettre en place un groupe mais aussi et surtout de matérialiser une nouvelle Roja capable de sortir des paradigmes de la période 2008-2012 déjà lointaine.

Crédits : Telemadrid

Depuis 2012 et le dernier coup de pinceau du triptyque inédit, de l’eau a coulé sous les ponts. Le football, le Barça, la Liga : tout a changé. La génération dorée appartient déjà à l’histoire et le jeu prôné par le Barça et la Roja n’est pas un modèle que l’on peut photocopier à l’envi. Luis Enrique et Roberto Moreno étaient d’ailleurs aux premières loges pour s’en rendre compte et l’évolution du jeu culé, bien plus vertical qu’avec Pep Guardiola et Tito Vilanova, a permis de remporter une Ligue des Champions qui s’est avéré être le chant du cygne d’une époque bénie. Alors le duo a travaillé avec des groupes où de nombreux clubs sont représentés. Certes, les automatismes sont plus difficiles à créer, mais ce mélange permet aussi de proposer un style de jeu différent et, surtout, des plans B ou C, notion qui fait défaut à la Selección depuis le Mondial 2014. Fut un temps, le football s’est adapté à l’Espagne. Aujourd’hui, c’est l’Espagne qui doit s’adapter au football.

C’est là où le choix d’un théoricien comme Robert Moreno est un risque calculé. Fort d’une saison de travail avec Luis Enrique, le Catalan ne part pas dans l’inconnu. La Roja a besoin de stabilité sur son banc et cette nomination contente tout le monde car le lien initié après le Mondial raté n’est pas coupé abruptement. Moreno est capable de mettre sur pied une tactique cohérentes, en rapport avec ce dont dispose l’Espagne à l’heure actuelle. En bref, un nouvel homme prend le leadership mais le projet reste identique. L’Espagne doit enfin se remettre à peser sur les grandes compétitions. Robert Moreno aurait pu connaître des débuts d’entraîneur principal plus simple. Il doit composer avec des circonstances exceptionnelles. A lui de faire ce contexte spécial une force pour la Roja.

Benjamin Bruchet et François Miguel Boudet
@BenjaminB_13 & @FMBoudet

 

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