Mondial 2019 – Comment la Roja a été incapable de faire sauter le verrou chinois

0

L’Espagne n’avait besoin que d’un point pour se qualifier pour les 1/8 de finale de la Coupe du Monde. La Chine n’avait besoin que d’un point pour faire partie des meilleurs troisièmes. Au petit jeu des calculs, la Roja a perdu car elle tombera sur les Etats-Unis ou la Suède. Mais quitte à jouer ce match de dupe à fond, autant y trouver des points positifs. Le problème, c’est qu’il y en a très peu. Retour sur un match très moyen et sur les interrogations qu’il suscite. 

La confirmation du 4-2-3-1

Chantre du 4-3-3 avant la compétition, Jorge Vilda a changé son fusil d’épaule en proposant contre l’Allemagne un 4-2-3-1, renouvelé contre la Chine. Meilleure assise au milieu et possession de balle : la Roja fait le jeu. Cette fois-ci, le sélectionneur a changé sa ligne défensive. Sans surprise, la charnière Irene Paredes-Mapi León est restée en place. Leila Ouahabi est entrée dans le XI sur le côté gauche, ce qui a fait basculer Marta Corredera, très moyenne depuis le début de la compétition, à droite. Vilda a donc sacrifié sa capitaine Marta Torrejón. Un choix qui laisse dubitatif. Corredera a une nouvelle fois rendu une copie très pâle, entre imprécisions et manques d’automatismes avec ses coéquipières, surtout que Lucía García a été titularisée pour la 1re fois contre la Chine.

Face à une équipe chinoise venue prendre le point qu’il lui fallait pour se qualifier en tant que meilleure 3e, jouer avec un double pivot était-il nécessaire ? Vilda a pris le risque d’aligner Virginia Torrecilla, très incertaine, au lieu de faire tourner. La Roja n’avait pas l’obligation de gagner et aurait même pu être mieux servie en 1/8 en cas de défaite. Pourquoi risquer de perdre sa milieu défensive indéboulonnable ?

Si Lucía García a été logiquement promue comme titulaire, Mariona Caldentey a eu une nouvelle chance côté gauche, au détriment d’Alexia Putellas, auteure d’une belle entrée en jeu en 2e période. Mariona est restée brouillonne, souvent contrainte de revenir sur son pied droit pour centrer rentrant. Si cela a failli marcher en début de match quand elle a distillé un centre impeccable pour Lucía qui était à deux orteils de conclure, la Blaugrana est ensuite revenue dans un registre neutre. A la pause, elle a été remplacée par Andrea Sánchez Falcón qui est gauchère. Certes, l’ailière est rapide mais cela n’a pas suffi pour déstabiliser la défense resserrée chinoise.

Indécision à la création

Pour la 3e fois consécutive, Jorge Vilda a changé le secteur créatif de son équipe.

Contre l’Afrique du Sud

Contre l’Allemagne

Au départ, Amanda Sampedro devait apporter sa touche créative en naviguant côté droit et côté gauche, en inversant de position avec Mariona Caldentey. Dans le même temps, Vicky Losada devait apporter sa qualité de passe dans l’entrejeu. La tentative n’a duré qu’une mi-temps et ni l’une ni l’autre n’ont rejoué.

Avec le passage du 4-3-3 au 4-2-3-1, Vilda a placé Jenni Hermoso en meneuse de jeu axiale et Silvia Meseguer en relayeuse dans le double pivot composé avec Virginia Torrecilla. Le problème de la Roja a concerné le dernier tiers du terrain mais pas la relation Meseguer-Hermoso qui évoluent ensemble à l’Atlético de Madrid. A ce niveau-là, la modification du sélectionneur était pertinente. Or, il a voulu essayer une nouvelle combinaison en remplaçant Meseguer par Patri Guijarro, la future star de la Roja. Au vrai, la Blaugrana a réalisé un match de bonne facture, sachant qu’elle a été blessée pendant plus de 5 mois et est revenue in extremis pour le Mondial. Sera-t-elle maintenue à ce poste ou est-elle en balance avec Meseguer, bien plus expérimentée ? L’axe formé avec Hermoso sera décisif, que cela soit contre les Etats-Unis ou la Suède en 1/8 de finale et on ne sait pas si Vilda est plus avancé après ce match médiocre contre la Chine.

Toujours ce manque de réalisme

Jorge Vilda a-t-il la solution pour que la Roja fasse trembler les filets ? C’est la 2e compétition internationale consécutive que l’Espagne a des problèmes en attaque. Certes, il y a la possession mais les tirs sont très souvent imprécis ou sans danger manifeste. En ultra-dominant la Chine, combien d’occasions franches et cadrées ont été crées ? Jenni Hermoso en a eu une à chaque mi-temps et Patri Guijarro sur une frappe lointaine. Nahikari García n’a quasiment rien eu à se mettre sous les crampons, hormis un ballon en début de match. La Selección manque d’option devant et surtout, elle n’a pas progressé dans ce secteur de jeu. Une compétition internationale n’est pas une phase de qualification.

Si cela ne passe pas contre des équipes comme l’Afrique du Sud (avant le 1er penalty d’Hermoso, la Roja n’y arrivait pas) et la Chine, comment cela pourrait changer contre des cadors comme les Etats-Unis ou la Suède ? Jorge Vilda et son staff ont jusqu’au 24 juin pour trouver la solution. Il va falloir un sacré exploit pour inverser la tendance, vu les prestations de la Absoluta lors de cette phase de groupe.

François Miguel Boudet
@fmboudet

Commentaires