Mondial 2019 – Comment la Roja a dansé avec sa soeur contre l’Allemagne

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Nous avions quitté l’Espagne victorieuse contre l’Afrique du Sud mais chanceuse et sans idée. Contre l’Allemagne, la Roja a proposé… l’inverse. Dans un système autrement plus ambitieux, Jorge Vilda a failli avoir tout bon. Car malgré sa domination au milieu, la Selección a payé sa faiblesse sur les côtés et ses lacunes offensives.

En espagnol, ça se dit « pasar la factura ». Autrement dit : payer cash. Avant le match, Jorge Vilda l’avait annoncé : l’Allemagne ne fait pas de cadeau. À Valenciennes, l’Espagne a fait forte impression mais a perdu à cause d’une erreur grossière de défense. La Selección rate une bonne occasion de se qualifier ou, au moins, de conserver la tête du Groupe B si le match s’était achevé sur un match nul.

Cependant, la copie rendue est très encourageant pour la suite de la compétition. Cette fois-ci, oui, le sélectionneur a proposé un véritable plan B, rien à voir avec le 4-3-3 sans idée proposé pendant 90 minutes contre l’Afrique du Sud. Voici en 4 points, ce que l’on peut retenir de ce match sur le plan tactique.

Formation

Jenni Hermoso, la meneuse de jeu qu’il manquait

Avant le match, Marca avait détaillé plusieurs systèmes tactiques susceptibles d’être utilisés par Jorge Vilda. Que ce soit avec une ou deux pointes, Jenni Hermoso était toujours positionnée attaquante. Or, on s’en est très bien aperçu contre l’Afrique du Sud, la Colchonera aime décrocher et participer au jeu, parfois très loin de la surface. Sans 9 pure, la surface était désertée. On attendait donc de voir ce que proposerait le sélectionneur. Le repositionnement d’Hermoso dans le coeur du jeu a illuminé la Roja. Véritable 10, la buteuse s’est mué avec brio en organisatrice. Toujours en mouvement, toujours disponible, Hermoso a régalé les spectateurs par sa technique exquise et sa couverture de balle de très haut niveau. Vilda doit dessiner sa Roja autour d’elle.

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Un axe renforcé et insubmersible

Autre nouveauté majeure apportée pour ce deuxième match : un double pivot. Vicky Losada a fait les frais de sa mauvaise première période contre l’Afrique du Sud et c’est l’infatigable Silvia Meseguer qui s’est positionnée à côté de Virginia Torrecilla. Un avant-goût de la prochaine saison à l’Atlético en somme… Plus de stabilité et plus d’agressivité : la première mi-temps du binôme a frôlé l’exceptionnel. Torrecilla a ratissé, « Mesi » a relancé. Vilda a trouvé son milieu défensif et il s’associe parfaitement avec la charnière centrale Mapi León-Irene Paredes. Les Allemandes n’ont quasiment pas existé du match, ne se procurant pas d’occasions franches ou mettant Sandra Paños en difficulté, sachant que la gardienne sait très bien se mettre en danger toute seule…

Des côtés beaucoup trop faibles

Jorge Vilda a maintenu sa confiance en ses latérales, Marta Corredera à gauche et la capitaine Marta Torrejón à droite. A la lumière de ce deuxième match, il paraît improbable qu’il les titularise une 3e fois. Non seulement elles manquent d’agressivité mais en plus elles commettent bien trop d’erreurs à ce niveau, en atteste cette « cantada » de Torrejón sur le but allemand qui a ruiné tout l’effort collectif. Cette fébrilité rejaillit sur les ailières qui, elles aussi, sont proches d’un passage sur le banc. Alexia Putellas est indolore et Mariona Caldentey est bien trop brouillonne. Leur saison au Barça est vraiment convaincante mais pour le moment ça ne marche pas. Aitana Bonmatí et Lucía García ont été immédiatement performantes quand elles sont entrées en jeu. Elles mériteraient une place dans le XI.

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Manque de réalisme criant

L’Espagne a frappé à 16 reprises mais cadré que 2 fois. A ce niveau-là, ça ne pardonne pas. En fait, on a eu l’impression de voir un match de la Selección masculine pendant le Mondial avec une forte présence au milieu mais un manque d’impact offensif. Jorge Vilda a titularisé Nahikari García, sa seule numéro 9 pure. La joueuse de la Real Sociedad a eu deux opportunités énormes en début de match mais a manqué de sang froid. L’expérience de haut niveau coûte cher. En ne retenant ni Alba Redondo ni Mari Paz Vilas dans sa liste, le sélectionneur s’est privé de solutions de rechange. Lors de l’Euro 2017, l’Espagne n’avait marqué que 2 buts en 4 matches et était resté muette 3 matches consécutifs. Cette défaite contre l’Allemagne laisse un goût amer car on a l’impression que la Roja n’a pas progressé dans ce domaine et s’en rend compte une fois la compétition commencée.

François Miguel Boudet
@fmboudet

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