Mondial féminin 2019 : Jorge Vilda, l’heure de vérité

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Couronné de succès dans les catégories inférieures de la Roja, Jorge Vilda a logiquement succédé à Ignacio Quereda, écarté après une fronde des joueuses sitôt le chapitre du Mondial 2015 refermé. Depuis sa prise de poste, le sélectionneur a connu les premiers succès espagnols et pris des décisions marquantes, au risque d’être critiqué en cas d’échec lors de la Coupe du Monde en France.

Elles n’en pouvaient plus. Le Mondial 2015 devait constituer la plus belle page de l’histoire du football féminin espagnol; il a été chaotique et achevé dès le 1er tour. Alors, les joueuses de la Roja, les légendes Vero Boquete et Natalia Pablos ont mené la fronde. En cause, le management d’Ignacio Quereda, 27 ans à la tête de la Selección Absoluta et une réputation peu flatteuse dans le milieu du football féminin depuis de nombreuses années. Mauvaise organisation, manque de matches préparatoires, peu voire pas de travail vidéo pour analyser les adversaires : Quereda est d’une autre époque et il est temps de changer, d’entrer pleinement dans la modernité pour que cette 1re Coupe du Monde disputée par l’Espagne ne soit pas une parenthèse enchantée mais bien un point de départ.

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Nouvelle ère

Le basculement est incarné par Jorge Vilda, technicien d’à peine 34 ans. Ce patronyme n’est pas inconnu dans le monde du football espagnol. Ángel Vilda, le père, a été préparateur physique notamment avec l’Atlético de Luis Aragonés, le Barça de Johann Cruijff et le Real Madrid de Jupp Heynckes. Entre 2006 et 2009, il a dirigé les U17 féminines puis les U19 avec qui il a atteint la finale de l’Euro en 2012. Viré en 2013, c’est son successeur en U17 qui est nommé. Du classique en somme. Sauf qu’il s’agit de son fils, Jorge, double vainqueur de l’Euro en 2010 et 2011. L’échelon supérieur, le fiston en hisse à son tour la « sub 19 » en finale de l’Euro 2015 et… perdant aussi contre la Suède.

Au moment où Quereda est prié de partir (quasiment de force car lui ne voulait absolument pas démissionner), son remplaçant est donc tout trouvé. Jorge Vilda est jeune, a fait ses preuves et, bien qu’il soit Madrilène de naissance, a côtoyé Xavi Hernández à la Masia avant qu’une blessure au genou ne lui indique de suivre l’exemple paternel. Bref, c’est l’antithèse de l’ancien sélectionneur, même s’il n’est pas un tacticien dans l’âme.

« je ne suis pas un entraîneur de tableau noir même si, oui, j’écris des choses que j’explique dans le vestiaire avant d’aller sur le terrain pour gagner du temps ». Jorge Vilda dans Marca

Choix surprenants

Jorge Vilda ne met pas longtemps pour prendre des décisions marquantes. A la surprise générale, il ne compte pas sur les meneuses de la fronde. Vero Boquete, à peine 28 ans, n’est plus convoquée, sans explication. Quant à Natalia Pablos, elle est convoqué une dernière fois en octobre 2015 contre la Finlande mais reste tout le match sur le banc. Drôle d’adieux… Leurs performances et leur expérience n’y ont rien fait. Vilda Jr veut s’appuyer sur la génération qu’il a vu grandir depuis de nombreuses années.

L’Euro 2017 disputé aux Pays-Bas ne marque pas une évolution dans les résultats. La Roja frôle la qualification en 1/2 finale mais tombe aux tirs au but contre l’Autriche (0-0, 5 t.a.b. à 3). Cela aurait tenu du miracle. Après une victoire initiale contre le Portugal (2-0), la Absoluta perd coup sur coup contre l’Angleterre (2-0) et l’Ecosse (1-0). Deux buts en 390 minutes : l’attaque espagnole n’est pas au niveau et devient le chantier prioritaire. Un vrai problème quand on sait que le sélectionneur prône le 4-3-3, le toque et la verticalité.

C’est donc sur le plan offensif que Vilda est attendu, d’autant que la Roja a inscrit 25 buts en 8 matches de qualification. Dans sa liste de 23, le sélectionneur a fait des choix forts. Il s’est par exemple offert le luxe d’écarter Ángela Sosa alors que la Colchonera est la meilleure joueuse de Liga Iberdrola. Dans le même temps, il a pris Patri Guijarro qui revient tout juste d’une blessure de 5 mois qui a sollicité une intervention chirurgicale. La Blaugrana était dans le groupe du Barça lors de la finale de la Ligue des Champions contre l’Olympique Lyonnais mais n’est pas entrée en jeu. Sera-t-elle à 100% ? Enfin, pour dynamiser son 4-3-3 en fin de match, Vilda a privilégié la vitesse d’Andrea Sánchez Fálcon (José Luis Sánchez Vera l’a reconverti latérale à l’Atlético) à Olga García (12 buts et 5 passes décisives en 28 matches) et Esther González (13 buts et 6 passes décisives en 21 matches), les deux super sub des Rojiblancas cette saison.

Marquer les esprits

L’Espagne a-t-elle franchi un cap avec Jorge Vilda ? Ce Mondial 2019 en donnera un aperçu. « Nous avons une façon de jouer que nous n’allons pas perdre et celle est au-dessus des systèmes de jeu et des joueuses », a-t-il expliqué dans les colonnes de Marca trois jours avant l’entrée en matière contre l’Afrique du Sud.

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Cependant, en cas de mauvaise performance, tout ne sera pas à jeter car la Roja n’est pas seulement la Absoluta mais aussi les catégories inférieures plus fortes que jamais, en attentent la victoire au Mondial U17 et la finale au Mondial U20 après avoir battu la France qui dispose d’une base de pratiquantes beaucoup plus élevée. L’Espagne est devenue une nation qui compte. La qualification a été obtenue en remportant tous les matches, sans trembler. La Absoluta vit son meilleur moment, d’autant que la professionnalisation de la Liga Iberdrola encourage les clubs à investir et les joueuses expatriés à revenir.

Un de nos objectifs depuis que nous avons pris la sélection, c’est que nos adversaires se sentent mal à l’aise quand elles nous affrontent. Nous l’avons atteint et en plus nos joueuses savent que nous sommes une équipe qui peut très bien jouer au football »
Jorge Vilda lors de la conférence de presse avant Espagne-Afrique du sud

 

L’Espagne est beaucoup mieux préparée qu’il y a 4 ans et les joueuses comme le sélectionneur sont attendus. Outsider crédible, la Roja est encore en phase de consolidation et de progression. Le grand rendez-vous sera en 2023, quand cette génération arrivera à maturité. Cela concerne aussi Jorge Vilda qui  dirige aussi la sub 19 et couve les nouvelles promesses comme Claudia Pina, Candela Andújar et Cata Coll, des millenials au talent immense. A l’image de la Selección, Jorge Vilda construit son histoire pas à pas. Ce Mondial doit être la clef de voûte de cette histoire commune.

François Miguel Boudet
@fmboudet

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