Liverpool – Fernando Torres, Rafa Benitez ou Xabi Alonso : ces espagnols qui ont fait la légende d’Anfield

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Crédits : Eurosport

De Marcos Alonso à David Silva en passant par Pedro ou Nacho Monreal, les joueurs espagnols implantés outre-Manche ne manquent pas. Une vague spanglish qui a déferlé sur la Premier League à partir du début du millénaire, symbole d’un football anglais plus ouvert que jamais. S’il n’en reste plus qu’un dans l’effectif actuel (Alberto Moreno), l’histoire récente de Liverpool s’est nourrie du pays de Cervantès. Avant la grande confrontation ce soir face à Tottenham, tour d’horizon des Espagnols qui ont marqué de leur empreinte la ville des Beatles.

Fernando Torres : El Niño devenu le Kid

« Fernando Torres, Liverpool’s number nine ». À chaque match de la fondation LFC où El Niño foule la pelouse d’Anfield Road, les fans entonnent cet air légendaire, tiré de la chanson traditionnelle irlandaise Johnny, I hardly knew ya. Après son passage, Liverpool a bien connu Luis Suarez puis Bobby Firmino, son nouveau chouchou. Pourtant ici, personne n’a oublié le blondinet aux cheveux longs qui empilait les buts une décennie plus tôt. Un attachement affectif à la limite de l’adulation pour celui qui fut à l’époque le meilleur attaquant du monde. Auréolé de l’étiquette de plus gros transfert de l’histoire du club à son arrivée de l’Atlético de Madrid en 2007, la pression ne pèse pas sur les épaules de l’ancien matelassier. Constamment recherché (et trouvé) par son partenaire Steven Gerrard, il score 33 fois en 46 rencontres pour sa première saison en Angleterre. Ultra-complet sans jamais se départir d’une certaine élégance, Nando vit une idylle parfaite sur les bords de la Mersey, avec un Euro et Coupe du Monde en guise de consécration personnelle.

Chaque belle histoire touche un jour à sa fin, y compris à Liverpool. Moins performant lors de sa dernière saison, le Kid veut aller chercher une Ligue des Champions qui manque tant à son palmarès. Il rejoint donc Chelsea à l’hiver 2011, moyennant 58,5 millions d’euros. Une trahison dont les fans des Reds ont longtemps peiné à se remettre, jusqu’à brûler son maillot devant Melwood, le centre d’entraînement du club. Avant que le temps ne fasse son œuvre pour conserver la mémoire d’un attaquant au sommet de son art. Même des pires trahisons, ce kop là est capable de pardonner…

Xabi Alonso : Maître du temps et de l’espace

25 mai 2005, l’heure de jeu au stade Olympique Atatürk. Seul face à Dida, Xabi Alonso s’élance du point de pénalty. Lui, l’enfant de la Real Sociedad, arrivé un an plus tôt sur ordre de Rafa Benitez, qui avait connu quelques difficultés d’adaptation avant d’éclabousser la Premier League de sa classe. Son association avec Gerrard, d’abord hésitante, est devenue le reflet de ce Liverpool à deux facettes : un volet combatif et puissant tel que le football anglais l’exige, un soyeux et léché made in Spain. Organisateur souvent bas sur le pré, sa qualité de passe longue, son sens du placement et sa vista en font l’autre élément moteur du milieu de terrain, dans l’ombre de l’icône Stevie G.

Crédits : Thesefootballtime

Ce soir là donc, la tentative de Xabi Alonso est repoussée par le portier milanais. Mais dans ce match irréel, l’espagnol a bien suivi et devance Maldini du bout du crampon pour égaliser à 3-3. Par un scénario épique auquel seule l’édition de cette année peut trouver à répondre, il entre en un soir dans la légende de Liverpool. S’en suivent quatre saisons pleines, gâchées par un physique incertain et le sentiment d’un manque de considération de la part de son entraîneur. À son départ chez les Merengues, il laisse toutefois un souvenir impérissable aux supporters.

Luis García : Du Barça à Liverpool

Les férus de notre sport se souviennent peut-être de son fameux but fantôme contre Chelsea en demi-finale de Ligue des Champions, où lumière n’a jamais été totalement faite. William Gallas a-t-il empêché le ballon de rentrer dans son intégralité ? Une question qui fait encore enrager José Mourinho et qui brûle les lèvres de ceux qui souhaitent revenir sur son parcours en Angleterre. « C’est une grande question, n’est-ce pas ? Je devrais demander un penny chaque fois qu’une personne me la pose » déclarait-il non sans amusement. Ce coup du destin enverra en tout cas les Scousers à Istanbul ce soir de mai 2005, mais ne saurait résumer le brillant passage du buteur du soir dans le Merseyside.

Sur initiative de Rafael Benitez, qui l’avait connu lors de la montée de Tenerife trois ans plus tôt, Luis Javier García Sanz débarque de Barcelone en 2004. Tantôt sur une aile, tantôt dans l’axe, l’Espagnol est un grand artisan du parcours européen victorieux. Il marque contre le Bayer Leverkusen en huitième, contre la Juve d’une volée fantastique en quart, puis face à Chelsea au tour suivant. Diablement efficace, sa patte gauche caviar en fait un joueur en or pour l’animation offensive red. Deux années suivantes freinées par les blessures (dont une terrible aux ligaments croisés face à Arsenal en 2007) l’inciteront à écourter son aventure en Angleterre. Signe évident de réussite, la chanson Sangria en son honneur continue de retentir dans les pubs de la ville.

José Reina : dernier rempart

Il fallait un certain cran pour succéder à l’immense Jerzy Dudek, l’auteur de la fabuleuse double parade face à Andryi Shevchenko. Sept années durant, le gardien chauve qui l’a délogé a pourtant largement fait honneur à son statut, conservant la cage de Liverpool comme un trésor. Arrivé en provenance de Villareal, Pepe Reina s’impose comme un leader du vestiaire et un dernier rempart hors-pair, dont les quelques bourdes sont compensées par une hargne, un sens du réflexe et une grande mobilité sur sa ligne. Pour ses 50 premiers matchs, il réalise pas moins 28 clean-sheets, trois de plus que l’ancien recordman Ray Clemence. Son coach l’assure, il a « l’un des meilleurs gardiens du monde » à sa disposition.

La consécration de Reina sous le maillot rouge interviendra en finale de FA Cup 2006. Aux tirs au but, il stoppe trois tentatives de West Ham et offre le sacre à son équipe. L’histoire est tout près d’être encore plus belle l’année suivante, quand il atteint la finale de Ligue des Champions. Comme son père Miguel 33 ans plus tôt, et comme son prédécesseur au poste Jerzy Dudek. Dynastie familiale oblige, le portier est aussi impuissant que son paternel à l’époque et laisse les Milanais prendre leur revanche. Vice-capitaine derrière Gerrard et Carragher, l’éternel numéro 2 de San Iker Casillas avec la Roja arrive en fin de cycle en 2013, et est écarté au profit du belge Simon Mignolet. Sûrement pas la meilleure décision du board du Liver bird…

Rafael Benitez : Guide et pionnier

Comment ne pas évoquer celui qui fut l’instigateur de cette hispanisation et qui a porté les Reds au sommet de l’Europe ? Nommé en 2004 en lieu et place de Gérard Houiller, Rafa amène sa touche espagnole dans ses bagages avec Xabi Alonso, Luis Garcia et plusieurs adjoints. S’il ne brisera jamais la malédiction qui empêche Liverpool de glaner la Premier League depuis 1990, ses quelques mots à la mi-temps de la finale de 2005 sont entrés au Panthéon des plus grands discours de notre sport. Un mythe renforcé par la cacophonie qui règne alors dans le vestiaire anglais. Un scénario catastophe (0-3), Kewell sorti sur blessure, Finnan touché, et un Djimi Traoré déjà prêt à prendre sa douche alors qu’il doit effectuer la seconde mi-temps ! Jamais abattu, Benitez insuffle son énergie positive à son groupe et redonne une confiance qui manquait cruellement aux 11 protagonistes. Sa seule consigne ? « Marquez un but. Un seul. Et on sera de retour dans cette finale. »

Derrière des mots simples, l’ancien entraîneur de Valence opère des changements salutaires. Le milieu Dieter Hamann entre en lieu et place du défenseur Steve Finnan, et Steven Gerrard grimpe d’un cran derrière Milan Baros. Avec ce changement tactique, l’ensemble du bloc rossoneri recule et s’expose aux vagues rouges. Le capitaine de Liverpool, effectivement plus haut, déboule dans la surface et reprend le centre de Riise d’une tête décroisée qui se loge dans la lucarne de Dida. Acculé, Milan craque ensuite une autre fois avec Smicer, avant que Gerrard ne vienne de nouveau s’immiscer dans la surface pour obtenir un pénalty, transformé en deux temps par Alonso. Une soirée de folie qui consacrera Rafael Benitez en haut de l’Europe. À la veille de la finale de Liverpool contre le Real Madrid l’an dernier, celui-ci confiait au Telegraph que ce trophée avait changé sa vie en Angleterre. « Cela changera peut-être tout pour Klopp à Liverpool » ajoutait-il. Après un scénario tout aussi fou qu’Istanbul en demi-finales contre Barcelone, le coach allemand a toutes les cartes en main pour rejoindre son homologue espagnol…

Corentin Rolland

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