Rétro – Quand Chelsea battait le Real Madrid en 1971 et s’offrait sa première Coupe d’Europe

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C’était une autre époque peut-on dire. Dans les années 70, Chelsea n’était pas encore le riche club que l’on connaît actuellement. Pourtant, il était déjà sur le devant de la scène. Entre deux relégations, les Blues ont disputé deux finales de Cup et une Coupe des Coupes face au Real Madrid. Entre stars du cinéma, légendes et trophées, retour sur une période glorieuse où les finales pouvaient se jouer en deux matchs sans que cela ne soit vraiment prévu.

Le Chelsea de Drogba a sûrement écrit sa plus belle page en 2012 quand les Blues ont soulevé cette fameuse Coupe aux grandes oreilles qui manquait tant au club de Roman Abramovitch. Dans les années 60 puis 70, Chelsea était pourtant déjà dans toutes les têtes en Angleterre puis en Europe. Les Londoniens jouaient un football chantant et de nombreuses stars se pressaient autour du stade. En 1971, après avoir échoué une première fois en finale de Cup puis après avoir enfin arraché un trophée national d’envergure, Chelsea soulève son premier trophée européen en disposant du Real de Gento ou encore Munoz en finale. Ce match et cette période reste une des plus belle pages de l’histoire des Blues avant leur rachat. Entre Osgood, Docherty et Sexton, retour sur la période où Chelsea se battait farouchement avec le Leeds de Don Revi en jouant un formidable football avec en point d’orgue, ce titre européen.

Le faux départ en 1955 et la renaissance sous Tomas Docherty

Entre sa naissance et ce milieu des années 50, Chelsea était un club important en Angleterre surtout pour sa capacité à avoir amené des stars dans son équipe. Pas de titre ni de résultats vraiment probants mais un stade qui sonne rarement creux. En 1955, au terme d’un long travail de restructuration, Chelsea est sacré champion d’Angleterre. La même année, la Coupe des clubs champions est créée et logiquement, les Anglais peuvent y prendre part. Sauf que la fédération anglaise par le biais de son secrétaire très autoritaire Alan Hardaker refuse que les Anglais y participent. Chelsea reste au pays et retombe dans un certain anonymat. L’explosion de Jimmy Greaves donne du baume au cœur des supporters mais les résultats sont inexistants.

En 1961, Chelsea vend sa vedette au Milan AC et sombre sportivement. Les résultats ne sont pas là, et début 62, c’est un tout jeune adjoint qui est nommé pour sauver le club d’une descente : Tommy Docherty. Il ne réussit pas sa mission mais reste en poste. C’est le début d’une révolution qui mènera en moins de 10 ans Chelsea tout en haut de l’affiche en Angleterre et en Europe.

Thomas Docherty
Crédits : TheseFootballtimes

Docherty n’a même pas 34 ans quand il enfile pour la première fois le costume d’entraîneur de Chelsea. Son projet est simple : s’appuyer sur une génération dorée de jeunes joueurs et mettre en place un style inconnu ou presque en Angleterre à cette période là. Très vite il recrute le tout aussi jeune Dave Sexton pour être son adjoint. Il donne aussi du poids à Péter Bonetti, Ron Harris ou encore Bobby Trambling qui deviendront des icônes du club sous sa coupe. Sous les ordres de Tommy, Chelsea ne reste qu’un an en D2 et remonte directement en divisant par deux son nombre de buts encaissés par rapport à la dernière saison en D1 et en enchaînant les pions.

Chelsea, l’équipe en vogue en Angleterre lors des années 60

En 1965, deux ans après son retour en D1, Chelsea et son jeune manager sont en route pour un triplé qui semble totalement dingue. Les jeunes qui ont été déterminants dans la remontée du club en D1 sont encore là et ont été rejoints pas d’autres comme Osgood qui deviendra une véritable légende du club. Ron Harris est connu comme le loup blanc en Angleterre et l’évocation de son nom fait trembler n’importe quel attaquant au royaume. Lors de cette saison, le football commence à être diffusé et traité à la télévision par la BBC. Le jeu offensif de Chelsea est souvent mis à l’honneur et plaît à de plus en plus de monde. Les Blues sont en vogue que ça soit sportivement ou médiatiquement.

De plus en plus de femmes et de jeunes garnissent les tribunes de Stamford Bridge et Tommy joue à fond les trois compétitions. Même la Coupe de la Ligue anglaise qui ne passionne pourtant pas grand monde, et où des clubs comme Liverpool ou Manchester United l’ont même totalement snobée en y prenant même pas part retrouve de l’intérêt. En finale, le Chelsea de Tommy affronte Leicester dans un match aller retour. Les Blues font le travail et remportent l’aller 3-2 pour ensuite tenir le 0-0 au retour. 10 ans après son titre de champion, Chelsea soulève un nouveau trophée. Le seul trophée acquis par le club cette saison là.

L’équipe continue de performer mais ne goûte plus à la joie des sacres par la suite. Pourtant, entre 65 et 67 Chelsea joue de nombreuses demi-finales notamment en Europe face au Barça dans la Coupe des villes de foires ou encore de FA Cup mais l’armoire à trophées ne se remplie plus. Pour sa dernière saison, le Chelsea de Docherty joue une finale de Cup et la perd encore. Tommy quitte le club en 1967. Sous son règne alors que le club était en D2 à son arrivée ou presque, l’affluence moyenne a bondi de 10 000 places et Chelsea va bien financièrement en plus de disposer d’une superbe équipe. Cependant, il manque encore ce trophée majeur pour asseoir la position du club en Angleterre.

Athènes, dernière lueur avant le crépuscule

Pour remplacer ce coach qui aura bouleversé le club, Chelsea nomme entraîneur son ancien adjoint David Sexton. Dans les idées de jeu, les deux hommes se ressemblent beaucoup mais Sexton est plus posé et rassurant devant les médias. Il n’a pas le côté grande gueule et excessif de Tommy Docherty qui auront eu raison de sa place sur le banc des Blues.

En 1970, 3 ans après un retour du calme dans le club, Sexton joue déjà un match capital dans l’histoire de Chelsea. En finale de FA Cup, ses joueurs affrontent le Leeds de Don Revie, le rival opposé en tout point aux Londoniens. Leeds est une grande équipe réputée pour son jeu rugueux, Chelsea joue un football chatoyant et plaît à tout le monde. L’attaquant des Blues Ian Hutchison a déjà décrit la répulsion mutuelle qui régnait entre les clubs. «Haine», dit-il simplement. « Nous les avons détestés et ils nous ont détestés« . À Leeds, on considère Chelsea comme des gens du sud, plus préoccupés par la mode que par le foot. Les fans de Chelsea qualifient Leeds d’équipe ennuyante et méchante dans le jeu. Les déclarations sont acerbes dans la presse.

Au bout d’un premier match joué sur un terrain qui n’a rien de praticable, les deux formations se quittent sur le score de parité, 2-2. Un match d’appui est joué et Chelsea gagne 2-1 en prolongation et s’offre un titre majeur sur le plan national. Enfin couronné, ce succès offre la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupes à Chelsea.

L’épopée jusqu’à Athènes pour disputer cette finale de C2 en 1971 sera belle pour Chelsea. Dans cette compétition où il n’y avait que des matchs à élimination directe, Chelsea dispose en seizièmes de l’Aris Salonique 6-1 sur les deux matchs. Ensuite, c’est Sofia et le Cercle de Bruges qui subissent la dure loi des Anglais qui semblent irrésistibles. Pourtant en championnat, Chelsea est moins souverain et est sorti prématurément des deux coupes nationales. Qualifiés pour les demi de C2, les Blues vont affronter le vainqueur en titre Manchester City. Souvent dépasser, les hommes de Sexton s’appuient sur les performances exceptionnelles de Charlie Cooke ou encore Peter Bonetti. Sans son formidable attaquant Osgood, Chelsea élimine pourtant les Cityzens et se qualifie donc pour la finale. L’histoire est en marche.

La Real Madrid de Munoz, un géant plus vraiment impressionnant

En finale dans un stade Karaïskaki qui deviendra tragiquement célèbre par la suite, Chelsea retrouve un monument, le Real Madrid. Bien sûr, les stars qui ont dominé l’Europe lors des années 50 ne sont plus aussi fringantes et notamment Di Stefano qui a pris sa retraite. Mais sur le pré, la Maison blanche impressionne toujours. Sur le banc la légende Munoz en impose aussi beaucoup. Le Real emmené par Gento, Zoco ou encore Velazquez va pourtant chavirer de nombreuses fois.

L’avant match est assez chaotique, Chelsea aurait noué un partenariat avec les supporters locaux pour s’assurer leur soutien durant la finale. Un scandale qui aurait même poussé le Real à demander l’aide de l’ambassadeur espagnol au pays. Durant le match, Chelsea se montre plus entreprenant et prend logiquement les devants par l’intermédiaire de l’inévitable Osgood. Les minutes filent, la coupe est même ornée de ruban bleu et blanc, sauf que tout va basculer. Sur une erreur de Dempsey, Zoco contre et fait trembler les filets. On joue la dernière minute et la coupe vient d’échapper au main de Chelsea. Les prolongations sont haletantes mais aucun but n’est marqué. Alors que les tirs au buts venaient d’être mis en place la même année, on décide pourtant de jouer un match d’appui 48h plus tard dans le même stade sans que rien ne soit prévu.

Les supporters anglais dorment dans des pubs ou sur la plage et la majorité reste. Deux jours plus tard, on prend les mêmes et on recommence mais cette fois, le dénouement sera différent. Dempsey se fait pardonner sa bévue en ouvrant la marque. Puis c’est Osgood qui l’alourdie le score juste après. Le Real est sonné peu avant la 40 minute de jeu et ne montre plus rien. Malgré la réduction du score en fin de deuxième période, la Maison blanche est battue et Chelsea couronné. La fête bat son plein et le retour au pays est grandiose pour les Blues qui sont accueillis par une foule en délire.

Le début d’un long crépuscule

Alors que tout est en place pour que Chelsea devienne enfin une place forte du football anglais, tout va très vite s’effondrer autour du club. Les dirigeants enchaînent les mauvaises décisions. Le réaménagement de Stanford Bridge va jusqu’à mettre en péril gravement les finances du clubs. En 1974, l’équipe est reléguée et Hudson ou encore Osgood sont vendus. Sexton quitte le club et deviendra un grand nom en Angleterre par la suite.

Chelsea traversera une longue période noire avant de ressortir quelque peu la tête de l’eau avant le début du 21e siècle avec de nouveaux trophées et notamment une nouvelle C2 en 1998. Transporté dans une nouvelle dimension depuis le rachat d’Abramovitch, Chelsea peut espérer une 3e Coupe d’Europe en moins de 10 ans avant d’affronter Arsenal à Baku ce 29 mai. Et on peut le dire, les Blues reviennent de loin.

Benjamin Bruchet

@BenjaminB_13

 

 

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