Portrait rétro – Mágico González, celui pour qui le football n’était qu’un jeu

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Légende vivante du Salvador et de Cadiz, le Salvadorien a ébloui l’Espagne et le monde par son talent dans les années 80. Préférant le monde de la nuit à celui du football, les frasques de Mágico González hors du terrain sont devenues aussi légendaires que ses buts. 

« Je ne connais qu’un seul magicien, et il s’appelle Mágico González ». Ces mots sont ceux de Diego Maradona en personne. Celui dont il parle s’appelle en réalité Jorge Gonzalez. Légende du Cadiz, le Salvadorien avait dit-on un talent à la hauteur de celui del Pelusa ou de Pelé. Bon vivant, il a toujours préféré les femmes et l’alcool aux séances d’entraînements. Il n’a jamais souhaité troquer sa vision simple du football pour être un grand professionnel. Retour sur la carrière singulière de Mágico González, pour qui le football n’était qu’un jeu.

Le football dans le sang

Né le 13 mars 1958 au Salvador, Jorge Alberto González Barillas est le cadet d’une fratrie de huit enfants. Dès son plus jeune âge, il tape dans un ballon en compagnie de ses frères. Une passion pour le football héritée de son père Óscar Ernesto González. Lui et son frère, Miguel, ont été les stars du club d’Hércules, champion à six reprises dans les années 30. Ses huit enfants (sept garçons, une fille) deviendront tous footballeurs. Parmi eux, Miguel, Mauricio et Jorge. Mauricio Pachín González possède les qualités de dribbleur de son père et sera professionnel pendant 17 années, il jouera en sélection jusqu’à sa retraite en 1975.

De son côté, Miguel La Mica González est le buteur de son équipe. C’est lui qui invite un jour son petit frère Jorge à venir suivre un entraînement de son équipe, ANTEL (Administración Nacional de Telecomunicaciones). Convié à jouer avec les joueurs, Jorge tape surtout dans l’œil du staff qui se rend compte que le gamin a de l’or dans les pieds. Le week-end suivant, un membre de l’équipe est indisponible et Jorge est appelé. C’est le début de la folle histoire de Mágico González.

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Des débuts remarqués

ANTEL devient rapidement l’équipe à suivre au Salvador. En 1976, à 18 ans González intègre définitivement l’équipe première. C’est pendant cette saison que lui sera donné son surnom avec lequel il sera connu au Salvador : Mago. Son geste préféré c’est un genre d’elastico, repris depuis par de nombreux joueurs. Alors que tout le monde s’attend à voir l’ANTEL dominer le football local, la saison 1975/1976 est la dernière pour le club des télécoms. L’année suivante, le propriétaire se retire et l’équipe est démantelée. González se dirige alors vers l’Indepediente, club de seconde zone du pays. L’année qu’il y passe n’est pas toute rose. Malgré le talent de l’ailier, le club navigue dans les bas fonds du classement. Jorge profite alors de la sélection nationale pour se mettre en valeur.

Il a à peine 20 ans lorsqu’il dispute les éliminatoires pour la Coupe du Monde de 1978 au Mexique. Mais pas de miracle, dû à son faible niveau le Salvador ne peut lutter contre les grandes nations du continent. Malgré tout, El Mago sera nommé dans l’équipe type des éliminatoires, aux côtés de légendes du calibre d’Hugo Sanchez. Peu à peu, son nom commence à circuler dans les grands clubs du continent. Après un essai au Mexique, il signe finalement dans le plus grand club salvadorien, le Club Deportivo Futbolistas Associados Santanecos (plus connu sous le nom de CD FAS). Aujourd’hui encore, le CD FAS est le club le plus titré du pays. Lors du passage de González, le club va remporter 3 titres nationaux et une coupe continentale.

Le Salvador qualifié pour la Coupe du Monde

Avec son nouveau club González est tout simplement étincelant. L’ailier régale et épate les spectateurs. Il en profite pour écrire l’une des plus belles pages de l’histoire footballistique du Salvador. Sous l’impulsion de son génie, le pays se qualifie pour la Coupe du Monde 1982 en Espagne, en battant notamment le Mexique. Un exploit à la hauteur du talent du Mago, dont le nom traverse peu à peu l’Atlantique. Ce n’est pourtant que le premier d’une longue série d’exploits. En Europe, ce Salvadorien dont on ne connaît presque rien impressionne autant qu’il interroge. La légende voudrait qu’il ait éliminé le Mexique en traversant la moitié du terrain balle au pied avant de servir son attaquant. Si, à l’époque, peu de gens peuvent en témoigner, les images d’aujourd’hui confirment sa performance.

« Je n’avais jamais vu un joueur aussi fort des deux pieds. Je veux bien qu’on parle aujourd’hui de Ronaldinho, de Ronaldo Nazario, mais ‘le magicien’ faisait la même chose trente ans avant », Pepe Mejias, ancien compère d’attaque à Cadiz.

Lors de sa préparation pour le Mondial espagnol, le Salvador va notamment croiser la route du PSG. Impressionnés par Jorge, les dirigeants parisiens s’organisent pour le recruter. Tout est prêt, le contrat est rédigé et signé, il ne manque plus que la signature du joueur. Un rendez-vous est organisé afin de finaliser le transfert. Mais González ne se présentera jamais à l’hôtel où les Parisiens l’attendent. Indépendant et réfractaire à l’autorité, Jorge n’est que très peu intéressé par les considérations habituelles des footballeurs comme l’argent ou la gloire. Lui préfère la fête, l’alcool, les filles et surtout, ne pas avoir trop de responsabilités. Signer dans un club comme le PSG, partir vivre en France et devoir répondre aux exigences placées en lui c’est trop de prise de tête pour Jorge.

La naissance de Magico Gonzalez

González préfère donc retourner dans son club du CD FAS, au moins jusqu’à la Coupe du Monde en Espagne, qui sera le premier chef-d’œuvre de sa carrière. Pour se rendre compte des performances individuelles du joueur, il faut les mettre en relation avec celle de son équipe. La Coupe du Monde 1982 ne reste pas le meilleur souvenir de l’histoire de la Selecta. Balayée par la Hongrie en ouverture, battue par la Belgique et l’Argentine, la sélection salvadorienne n’inscrit qu’un tout petit but et quitte sans gloire la Coupe du Monde au premier tour.

Mais si la sélection ne brille pas, Jorge, lui, éblouit. Il réussit la prouesse d’être élu homme du match face à la Hongrie (malgré le 1-10 reçu, plus grosse défaite jamais enregistrée en Coupe du Monde) et sans même avoir inscrit le but de son équipe. Ses chevauchées, ses dribbles et sa vitesse, impressionnent alors l’Europe et le monde du football qui le classe parmi les 10 meilleurs joueurs de la Coupe du Monde alors qu’il n’a disputé que trois matchs.

Crédit: prensalibre

Pour lui l’heure a sonné. À 24 ans, Jorge ne peut plus se refuser aux clubs européens, d’autant plus que l’Atletico de Madrid fait le forcing et souhaite à tout prix le recruter. Il rejoint donc l’Espagne, mais pas sans un ultime contre-pied qui le caractérise puisque c’est avec le modeste Cadiz F.C. que González s’engage finalement. Le club stagne alors en deuxième division espagnole. Plus attiré par le charme de la petite ville, sa tranquillité, son anonymat et ses danseuses de flamenco plutôt que par les exigences d’un gros club, c’est là qu’El Mago va rapidement devenir Mágico González. Le coup de foudre entre les deux parties sera total et réciproque.

« Je n’avais jamais vu un joueur avec une telle qualité technique. Un jour, il s’est mis à jongler avec un paquet de cigarettes. Une orange, c’est rond, mais un paquet de cigarettes, c’est rectangulaire ! La sensualité que Dieu nous a donnée dans les mains, il l’a mise dans les pieds de Jorge. Il mettait le ballon où il voulait… », David Vidal, l’un de ces anciens entraîneurs.

Magico Gonzalez, brillant sur le terrain… et en dehors

Peu à peu, les Andalous découvrent le talent hors du commun de leur joueur. Cadiz termine 2ème du championnat et monte en première division à la fin de la saison. Cadiz obtient ainsi sa troisième ascension dans l’élite du football espagnol. Mágico González inscrit 14 buts et devient rapidement une légende. Une légende qui continue hors des limites du terrain. Car si Jorge est inarrêtable sur les terrains, il l’est tout autant quand il s’agit d’enchaîner les pas de danse, les verres d’alcool et les conquêtes féminines.

Menant une vie privée dissolue, pas insensible aux charmes et à la douceur de vivre andalouse, El Mago profite de la vie autant qu’il le peut. C’est d’ailleurs peut-être ce qu’il fait de mieux car bien qu’il brille sur les terrains, il préfère récupérer de ses longues nuits que d’être présent aux entraînements. Le club a beau mettre toutes les mesures restrictives possibles en place, rien ni fait. Certains de ses amis sont dépêchés afin de le convaincre de changer de mode de vie mais c’est un échec. Un employé lui est spécialement assigné pour aller le réveiller et l’amener aux entraînements, mais une fois encore c’est un fiasco. Au club, certaines voix commencent à s’élever devant son manque récurrent de discipline.

« Je n’aime pas considérer le football comme un boulot. Je joue juste pour m’amuser », Magico GOnzalez

La première saison dans l’élite espagnole se passe mal puisque Cádiz truste le bas du classement. Malgré son train de vie peu recommandable pour un sportif Jorge est flamboyant sur le terrain. Un soir de match au Camp Nou, face au Barca de Diego Maradona, Mágico González décide encore de briller. Lorsqu’il s’empare du ballon au milieu de terrain, personne ne s’attend à ce qu’il traverse tout le terrain pour aller inscrire un but incroyable. Aussi bien que Maradona et les dirigeants du Barça sont sous le charme. Ils veulent ce génial Salvadorien qui n’a rien à faire selon eux dans une équipe relégable. Et surtout, ils veulent l’associer à Maradona. Sous l’impulsion du génie argentin, les dirigeants barcelonais entament les démarches pour le recruter. Les supporters barcelonais salivent d’avance de voir l’un des plus beaux duos d’attaque de l’histoire du football.

Une blague et un transfert avorté

Alors que Mágico González a terminé la saison à 14 buts et que son club est relégué, la décision est prise de l’emmener pendant la tournée d’été aux USA des Blaugranas afin de voir s’il pouvait s’acclimater au club et quelle serait l’entente avec Diego. Mais Jorge fait des siennes. À cause d’un réveil tardif il loupe l’avion qui doit amener l’équipe aux Etats-Unis. Le Salvadorien rejoint donc l’équipe à ses frais. De plus, jamais les derniers pour faire la fête Maradona et Jorge s’entendent comme larons en foire et s’en donnent à cœur joie. Un matin, alors que le Pibe de Oro déclenche volontairement l’alarme incendie de l’hôtel, González reste introuvable. Alors que le staff se démène pour lui mettre la main dessus, il est retrouvé dans sa chambre en train de décuver dans les bras de jeunes filles rencontrées la veille. Les hurlements des sirènes ne l’ont pas réveillé, encore alcoolisé de la veille.

Suite à cet incident Menotti, entraîneur du Barca se ravise. Supporter les extravagances de Maradona étant déjà compliqué, alors avoir deux joueurs aussi imprévisibles ce sera mission impossible. Ainsi Mágico ne portera plus jamais le maillot du FC Barcelone et l’essai estival prend fin. De cette association entre les deux génies, ne subsistent que quelques images d’un match qui ne laisse que des regrets.

« Quand on voyait les crochets qu’il mettait aux Espagnols, on se disait vraiment qu’il était unique, On voulait l’imiter, on essayait, on se disait : ‘Putain, t’as vu le but de Magico ?’ Alors on tentait les mêmes dribbles et on se cassait tous la gueule… », Diego Maradona

Aller-retour Cadiz-Valladolid

Pour Mágico González c’est donc un retour à Cadiz pour son plus grand plaisir. Floqué de son numéro 11 il va continuer à exprimer son talent balle au pied. Une fois de plus, c’est face à Barcelone qu’il va se mettre le plus en valeur. Lors d’un match d’exhibition mené 1-0 le club andalou joue la première mi-temps sans le Salvadorien. Le joueur a préféré passer la nuit en charmante compagnie plutôt que de se préparer pour le match. En conséquence de quoi il ne se réveille pas à l’heure et rate la première mi-temps. Gonzalez rentre à la reprise du match et Cadiz s’impose 3-1. Toutefois, cette indiscipline irrite le coach présent au club depuis 6 mois, Benito Joanet.

À la fin de la saison, la décision est prise de s’en séparer. González est donc prêté à Valladolid. Dans son contrat il se voit affublé d’un psychologue à voir de manière récurrente ainsi que d’un acupuncteur. Mais González n’a plus rien de magique et ne sera que l’ombre de lui-même toute la saison. Suite à cet échec, et alors qu’il avait juré de ne jamais le rappeler Manuel Irigoyen, le président de Cádiz cède face à la pression populaire et le fait revenir sur les terres andalouses. Il essayera d’adjoindre au contrat de Jorge une clause selon laquelle il sera financièrement sanctionné pour chaque écart hors terrain, mais c’est peine perdue.

crédit: elmundo

Retour en grâce à Cadiz

Comme par enchantement, Mágico González retrouve le niveau qui était le sien et les coups d’éclat qui ont fait sa légende reviennent peu à peu comme ce but légendaire inscrit face au Racing Santander. Promis à la relégation en début de saison, Cadiz va finalement se sauver sortant vainqueur d’un système de play-offs mis en place entre les derniers pour définir lequel des trois descendrait. Mágico va donc continuer à faire rêver les Andalous une année de plus dans l’élite du football ibérique.

Alors qu’il rate (volontairement ?) un essai avec l’Atalanta, Mágico González va vivre une autre belle saison en Espagne alors que le club est passé sous la direction de Víctor Espárrago. C’est certainement la plus belle saison de Jorge avec Cadiz. Au sommet de son art, González permet à Cadiz de terminer 12ème du championnat. C’est encore aujourd’hui la meilleure performance du club. Avec 10 buts et une influence permanente sur le jeu de son équipe, Mágico González est le grand artisan de cette performance exceptionnelle pour le club andalou.

Une année de trop et retour au pays

Malheureusement, l’année suivante est celle de trop. Plus fêtard et moins footballeur que jamais, Mágico voit son niveau s’effondrer. Le nouvel entraîneur David Vidal n’hésite pas à aller le chercher en boîte de nuit pour le ramener à l’entraînement conscient que des pieds de son joueur dépend le maintien du club. Le joueur est même accusé de viol (plainte dont il sera finalement acquitté). Rattrapé par ses écarts hors terrain, Mágico González vit ses derniers moments avec le club. Il fait ses adieux à l’Espagne en 1991 après 203 matchs et 73 buts inscrits avec Cadiz. À ce jour il est toujours le deuxième meilleur buteur de l’histoire du club. Jorge aura laissé une empreinte unique en Espagne, entre admiration et regrets éternels.

De retour au Salvador, il retrouve le FAS de Santa Ana. C’est avec son club qu’il termine sa carrière, évoluant ainsi encore pendant 8 saisons et décrochant deux titres nationaux bien qu’évoluant à un niveau bien éloigné de ses performances espagnoles. Ça ne l’empêche pas d’être rappelé en sélection en 1998 alors qu’il a 40 ans et d’être élu meilleur joueur salvadorien de l’histoire l’année de sa retraite définitive, en 1999.

Une retraite liée au football

Une fois à la retraite, Jorge reste lié avec le monde du football. Assistant coach au Houston Dynamo en Major League Soccer, en 2011 il est également engagé comme assistant technique de la sélection salvadorienne. Durant son temps libre il a également été chauffeur de taxi. En janvier 2018, le président de Cadiz est aller lui rendre visite au Salvador afin de lui demander de travailler pour le club et notamment dans les écoles de foot. Mágico González rechausse les crampons en 2001 lorsqu’il faut lever des fonds pour aider à la reconstruction de son pays durement touché par les tremblements de terre. Mágico González, 44 ans, redevient alors footballeur professionnel, le temps d’un match. En 2003, Jorge est nommé Hijo Meritísimo de El Salvador et l’Estadio Nacional est rebaptisé en son nom.

L’heure de la reconnaissance internationale

Mais le milieu du football ne l’oublie pas. Dix ans plus tard, le Salvadorien rentre au Hall Of Fame du football en 2013, en même temps que Francesco Baresi, George Weah ou encore Paolo Maldini. Fidèle à sa réputation Mágico a bien du mal à se conformer à la marche à suivre d’une telle cérémonie. Sa première préoccupation à l’annonce de sa nomination est d’ordre vestimentaire. La tradition veut que les acteurs d’une telle cérémonie soient en costard. Pour Jorge c’est un problème de taille puisqu’il ne possède pas de costard. 6 mois plus tard, il se présente simplement vêtu d’une veste et d’un jean à la cérémonie, sans cravate et en retard d’un jour.

Du Mágico tout craché. Mais peu importe, sa présence est déjà une belle victoire. Á la fin de la cérémonie il « oublie » également de se plier à l’habituelle conférence de presse. Le lendemain, il est prévu que les nouveaux résidents de ce Hall of Fame aillent donner le coup d’envoi d’une rencontre internationale. Si ses trois comparses se plient aux formalités, Mágico les laissera monter sans lui dans la camionnette, avant de faire volte face et de s’en aller.

Une ultime pirouette pour celui qui a été nommé par L’IFFHS (International Federation of Football History & Statistics) meilleur joueur centre-américain du XXe siècle. Il aurait pu être un géant et avoir sa place dans l’Olympe du football mais il a décidé de n’être qu’un simple mortel. L’histoire de Jorge González est celle d’un génie au talent incroyable qui n’a jamais voulu compromettre son amour du football et de la vie aux exigences du monde professionnel.

Miguel Hernandez

@Mig19Hernandez

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