Roja – Jaime Mata, choix par défaut ou vraie solution pour l’Euro 2020 ?

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Alors que ses premières listes étaient quelques peu classiques, Luis Enrique a fait énormément de changements pour les matchs face à la Norvège et à Malte. Derrière des retours et des appels attendus, se cachent la sélection d’un garçon au parcours atypique. Jaime Mata n’a rien fait comme tout le monde, et alors qu’il devait rejoindre la Chine il y a un an, le voilà qui pose fièrement avec le maillot de la Roja. Cependant l’appel d’un garçon de 30 ans qui vit sa première saison en Liga interroge. Alors, Mata simple coup d’un soir ou vraie relation à long terme avec Luis Enrique et la Roja ?

Il y a des joueurs qui ont des carrières toutes tracées. Certains côtoient le haut du panier, les centres d’entraînements derniers cri et leurs armées de préparateurs au petit soin. Et puis il y a les autres, qui eux sont en galère, jouent pour le plaisir et alternent entre le terrain et les bancs de l’école ou le quotidien d’un travail. Jaime Mata rentre clairement dans la deuxième catégorie. Sa carrière a décollé très tard et depuis tout jeune rien ne le préparait à finir en sélection. Pourtant à 30 ans, l’attaquant de Getafe se retrouve dans cette case très particulière des joueurs qui ont été sélectionnés pour représenter la Roja. Retour sur la vie d’un attaquant qui a marqué dans de nombreuses divisions et veut maintenant marquer le football européen de son empreinte.

Galère financière, fausse arrivée au Rayo et l’Erasmus à Lleida : les débuts particuliers de Mata en pro

Pour comprendre Jaime Mata et son style, il est important de s’attarder sur son parcours. À un âge où tous ses futurs coéquipiers en sélections étaient déjà bichonnés dans des centres de formations, l’attaquant n’était même pas le meilleur joueur de son minuscule club : le Pegaso Tres Cantos. Ce club qui n’a jamais rien fait de grand et qui est basé dans la ville natale de Mata en bordure de la ville de Madrid est le premier et le seul terrain de jeu de Jaime. En 2008 alors qu’il a 20 ans, son club est dans une grande tourmente financière, beaucoup de joueurs partent et cela ouvre finalement la porte de l’équipe A à Mata.

Crédits : Marca

Le club est dans les basses divisions régionales et le buteur passe en parallèle des diplômes et rêve de devenir douanier. Vivre du football ? Mata n’y pense pas, même dans ses rêves les plus fous. Surtout que rapidement, les petits salaires ne sont pas payés dans son club devenu le Galáctico Pegaso après une fusion. Mata finit même par prendre la tête de la lutte de tout un effectif qui attend son argent. Les joueurs du Galactico posent sans short avant un match en championnat et sans le bas dans les vestiaires pour donner de l’écho au combat. Les performances de Mata sont bonnes sans être excellentes, pourtant il est fortement apprécié dans son club. Camacho un de ses coéquipiers à Pegaso était notamment dithyrambique sur son ancien attaquant après la sélection de celui-ci :

« C’est un homme exceptionnel, un footballeur qui a grandit avec plus de mille batailles. J’ai été plus nerveux que lui. Tout lui a semblé bon pour ne pas arrêter de s’entraîner, je suis très heureux pour lui, car c’est un type humble »

Début 2010, tout bascule pour Mata qui rejoint la filiale du Rayo alors que son club a mis la clé sous la porte. Sauf que son arrivée ne peut être homologuée par le club de Madrid. Galan, un de ses anciens formateurs devenu entraîneur à la UD Socuéllamos appel son ancien protégé et le fait signer dans son nouveau club. Toujours à Madrid en Tercera, Mata joue un peu mais n’impressionne toujours pas. Il marque mais ne fait pas des étincelles. De retour au Rayo, il est prêté pour la saison 2010-2011 à Mostoles. Là, il explose avec plus de 20 buts en moins de 40 matchs. De retour au Rayo, il devient un membre important de la filiale mais ne confirme pas ses bonnes dispositions. Les Rayistas le poussent dehors et Mata se retrouve devant un choix cornélien.

Sortir de sa zone de confort pour exploser 

À l’été 2012, Mata ne vit toujours pas vraiment du football et vient de boucler ses études. Les concours pour rentrer dans l’administration sont proches, mais tout bascule avec l’appel de Lleida qui propose un contrat au buteur. Le club alors en Segunda B se montre insistant, Mata hésite. Il n’a jamais quitté Madrid, pourtant après quelques tergiversations il saute le pas et débarque en Catalogne. Il le dit lui même, ce transfert sera son Erasmus à lui. À terme ? Savoir s’il doit raccrocher son envie de devenir footballeur pour se consacrer à une vie plus classique.

Crédits : Matagigantes

Dans cette ville conséquente de Catalogne, Mata va confirmer ses bonnes dispositions. Alors qu’il était arrivé sur la pointe des pieds, il devient un membre indéboulonnable du onze titulaire et empile les buts. En deux saisons à Lleida, le buteur va marquer pas moins de 34 buts en un peu plus de 80 rencontres. Sportivement, le club tourne bien et joue le haut de tableau mais ne monte pas. En 2014 pourtant, le football professionnel tape à la porte de Mata. Le Madrilène a déjà 26 ans mais son expérience du football espagnol séduit Machin qui lui offre un beau contrat à Girona.

Toujours en Catalogne mais à l’étage au dessus, Mata va très vite se mettre au niveau et faire parler son très bon football. Le buteur n’est pas le footballeur le plus élégant mais il sait se servir de ses pieds, peut jouer partout devant même sur un côté et est doté d’un très bon jeu de tête. Et pour couronner le tout, il ne se plaint pas et n’est jamais mauvais. Souvent utilisé sur un côté par son coach, Mata marque moins mais est un membre important dans les très bonnes performances de Girona en Segunda. Les Catalans jouent deux fois les barrages mais n’arrivent pas à accéder à la Liga.

À Girona, il découvre l’autre côté du football, celui des perdants et ça le marque. Il est revenu sur ces défaites en barrages dans les médias : « Ce qui me fait le plus souffrir, c’est que Girona était si proche de la Primera sans monter. Vous réalisez l’autre partie du football. En fin de compte, l’un gagne et l’autre perd. Vous regardez qui gagne mais jamais qui perd. Malheureusement, il m’a fallu deux ans pour vivre cette partie négative « . Le buteur est pourtant courtisé par de nombreux clubs de Segunda et à l’été 2016, il rejoint Valladolid.

Mata et le vrai faux départ pour la Chine  

Girona était nouveau à ce niveau, à Valladolid Mata montre d’un cran. Le club de Pucela a déjà joué de nombreuses fois en Liga, il est structuré et a un passif très important. Le buteur qui n’a jamais rien coûté en indemnités de transferts semble s’approcher de son meilleur niveau. Mata a alors 28 ans quand il signe à Valladolid et on a du mal à le voir plus progresser que ça. Surtout que les attentes du joueur sont déjà surpassées. Il y de ça même pas six ans, la perspective de vivre du football semblait impossible pour Mata, le voilà maintenant un membre important d’une formation historique en Espagne.

Crédits : Diario As

Cependant tout ne se passe pas exactement comme prévu pour l’Espagnol. Alors qu’il était habitué à marquer sa dizaine de buts par saison, il ne joue que très peu sous les ordres de Paco Herrera. Sans minutes de jeu et avec peu de continuité, il ne marque que rarement. En 2017, la nomination de Sampedro relance la carrière de Mata. Le Madrilène fait maintenant trembler les filets bien plus souvent. Les chiffres s’affolent même rapidement et ses stats deviennent incroyables. Son rédempteur est remplacé par Sergio Gonzalez en 2018 mais la forme de Mata ne faiblit pas, au contraire.

Quand le coup de sifflet final de la saison 2017-2018 de Segunda est donné, le bilan de Mata donne le tournis. En 43 matchs de D3, l’attaquant a trouvé le chemin des filets 35 fois. Un record pour l’ère moderne de la division. Une forme qui a suscité l’intérêt d’un club chinois lors de l’hiver 2018. Mais Mata fut ferme, malgré une proposition financière plus qu’importante, l’offensif ne veut pas quitter l’Espagne et veut jouer en Liga. Il explique même qu’il n’a pas besoin d’autant d’argent, que son salaire lui suffit vu qu’il a été habitué à toucher bien moins.

Mais où s’arrêtera Jaime Mata ?

À la surprise générale, Valladolid s’adjuge la montée en Liga au terme d’une fin de saison totalement folle et de play-off d’accession bien gérés. Jaime fait encore partie de la fête mais son départ est acté depuis plusieurs semaines. Le départ en Chine est enterré, Mata retrouve Madrid et signe à Getafe. Dans un club travailleur à son image, le buteur va découvrir la Liga et encore une fois épater son monde. Dans le jeu rude mis en place par Bordalas, l’ancien du Rayo est comme un coq en pâte et impressionne.

Crédits : Diario AS

Surtout que chez les Azulones, il retrouve de nombreux joueurs au parcours atypique comme lui dont Jorge Molina, son fidèle associé à la pointe de l’attaque de Getafe qui a aussi découvert la Liga sur le tard. Les deux facturent plus de 66 ans en cumulé, mais aussi plus de 20 buts en Liga en cette saison. Mata n’était pas dans les titulaires au début de saison même si son coach a toujours apprécié son style. Alors pour ses débuts, le buteur s’assoit sur le banc et voit Angel donner le tournis aux défenses adverses.

Le madrilène joue quelques fins de matchs, et est même aligné sur une aile. À chaque fois, il fait le travail, son association avec Molina semble boiteuse, les deux disposant de styles relativement proches. Pourtant à force de jouer ensemble, les deux vont devenir plus forts et être décisifs dans la saison exceptionnelle que vit Getafe. En plus d’incarner parfaitement ce que veut mettre en place Bordalas, Mata est dans une forme étincelante.

En même pas 11 ans, Mata est passé de la division régionale à meilleur buteur espagnol de Liga. Ce titre n’est même pas volé et ne profite pas seulement de la longue absence d’Aspas. Mata est un buteur capable de jouer dans plusieurs styles, à deux ou seul devant et même sur un côté. Rapide, bon avec ses pieds et toujours aussi décisif de la tête, Mata sait tout faire. Il ne surnage pas vraiment dans un registre mais ne déçoit jamais. Des performances qui le feront devenir LE meilleur joueur du mois de février de la Liga. Ce côté bon soldat qui ne fait pas de vagues peut rendre de nombreux services à Luis Enrique dans une équipe sans buteur de référence.

Mata, un simple faire valoir, vraiment ?

Au milieu de joueurs comme Morata et Rodrigo la pérennité d’un joueur de 30 ans sans référence comme Mata dans une sélection de haut niveau comme la Roja interroge. Pour beaucoup, cette sélection méritée n’est là que pour légitimer la très bonne forme du buteur sans qu’il dispose d’un réel avenir dans la sélection espagnole. Pourtant quand on regarde les problèmes rencontrés ces dernières années par la Selección pour trouver un 9 performant et avec une nouvelle génération qui tarde à exploser, Mata pourrait avoir un rôle prépondérant à l’avenir.

Bien sûr, il semble compliqué de se projeter à long terme avec un sélectionneur qui n’a pas peur de faire des essais, mais Mata a plusieurs cordes à son arc. Outre sa polyvalence et son état d’esprit irréprochable, le joueur de Getafe est un buteur qui ne tremble que très rarement devant les bois. Bien sûr ce n’est pas un goaleador, mais il marque toujours une dizaine de pions par saison voire plus en ce moment. De plus, il possède un physique intéressant sans pour autant être un manchot dans les petits espaces. Pour faire simple, Mata est un joueur complet qui ne semble pas encore avoir atteint sa limite (ou qui la repousse à chaque fois).

Crédits : FIFA

Quand on lui parle de son âge, il rétorque avec son ressenti : « Le football évolue, nous sommes chaque jour plus des athlètes, vous prenez plus soin de vous et je pense que la vie de l’athlète et du joueur de football s’allonge« . Quand on évoque le style de Getafe qui n’est pas le même que celui de la Roja, là encore Mata a la parade : « L’avantage des attaquants, c’est que nous sommes des caméléons, nous nous adaptons bien. J’ai été avec de nombreux entraîneurs, chacun avec son style, et je me suis toujours adapté ». Quand on lui dit de profiter de ce moment exceptionnel, là encore Mata n’est pas de cet avis : « Mais je ne suis pas venu pour profiter, je veux profiter de l’occasion ».

Surtout qu’être titulaire dans une équipe aussi particulière que Getafe te fait fortement progresser tactiquement. Il est impossible de prévoir l’avenir et encore moins dans le football, mais Mata a une occasion en or à saisir. Comme Morata ou encore Rodrigo. Le buteur qui a encore tout à prouver voit cette sélection comme une nouvelle marche à gravir. Et depuis le début de sa carrière, Mata en a gravi des marches en regardant toujours la prochaine (l’Euro 2020 après la Champion’s avec Getafe ?).

Benjamin Bruchet

@BenjaminB_13

 

 

 

 

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