Real Madrid : Callejón, de « frère de » à dieu vivant en Bolivie

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Dans la famille Callejón, je demande le frère jumeau : Juanmi. Il n’est pas connu du grand public au contraire de José qui évolue dans le club italien du Napoli. Pourtant, celui qui s’est décidé à emprunter des chemins de traverses pour vivre du football, est devenu depuis plusieurs années, une idole en Amérique du sud. Furia Liga vous trace le portrait d’un buteur inconnu sur notre continent qui tente d’obtenir la nationalité bolivienne, pays dans lequel il est considéré comme un dieu vivant. 

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Crédit : mondedufoot.fr

Nés le 11 février 1987, à Motril, petite ville de la province de Grenade, les jumeaux Callejón apprennent leurs gammes dans le club de futsal local. Ayant d’excellentes aptitudes à la pratique du football, ils sont tous les deux repérés par le Real Madrid où à l’âge de 15 ans, ils sont recrutés par la Maison Blanche pour intégrer la pré-formation. Ils continuent de progresser et main dans la main, ils arrivent dans l’équipe du Real Madrid Castilla. En 2008, les jumeaux se voient séparer. En effet, José, ailier rapide, tonique et technique passe la cap et se voit proposer un contrat professionnel à l’Espanyol. De son côté, Juanmi est convoité par Mallorca et signe un contrat de 4 ans dans le club des Baléares. Alors que José fait parler de lui à Barcelone, Juanmi ne joue pas à Mallorca.

Il est prêté à Albacete où il effectue plusieurs matchs sans briller. En 2010, il est recruté gratuitement par Cordoba mais ne convainc toujours pas. Un an plus tard, un fossé sépare les deux frères jumeaux. En effet, tandis que José revient dans son club formateur du Real Madrid pour intégrer l’équipe A, Juanmi débarque au Hercules Alicante alors en Segunda. Le premier joue la Ligue des Champions aux côtés des plus grands et l’autre parcourt les petits stades d’Espagne en ne trouvant que très rarement le chemin des filets. Deux ans plus tard, en 2013, José est transféré à Naples et Juanmi au Levadiakos en Grèce. Ce dernier n’y joue que 10 matchs et se voit à nouveau transférer dans un autre club, un autre pays, un autre continent : au Club Bolívar de La Paz en Bolivie.

 

De paria à idole de tout un pays

Juanmi pose donc ses valises en Bolivie avec sa petite famille. Il arrive dans un pays hispanophone et rejoint d’autres joueurs espagnols dans le club de la capitale bolivienne. Le Club Bolivar est la meilleure équipe du pays, l’une des plus ancienne créée en 1925. L’équipe est composée au 3/4 de joueurs nationaux mais aussi de quelques sud-américains et de 3 espagnoles : Edu Moya (ex Tenerife, Celta Vigo), José Luis Sanchez Capdevila  (ex Hercules, Real Valladolid) et donc Juanmi Callejón. L’entraîneur de l’époque est aussi natif de la péninsule, il s’agit de Miguel Angel Portugal. Il sera remplacé en 2012 par Xabier Azkargorta, lui aussi espagnol.

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Crédit : Marca

Très vite, Juanmi s’adapte à ce nouveau football, et semble être dans la forme de sa vie. Sa famille et lui, vivent en bordure de la capitale bolivienne dans une villa tout confort. Plusieurs domestiques s’occupent d’eux. Pour la première fois de sa carrière, Juanmi se sent important, il mène un train de vie qui l’a toujours fait rêver et qu’il côtoyait par l’intermédiaire de son frère José. C’est donc dans ce climat propice à ne penser qu’au football que Juanmi s’éclate. Alors qu’en Segunda, il peinait à trouver le cadre, dans le championnat bolivien, il empile les buts : 14 lors de sa première saison. Il devient le pichichi du championnat. Il enchaîne les performances de haut niveau et devient le commandant d’une machine qui écrase tout sur son passage en Bolivie mais aussi sur le continent. Le Club Bolivar accède même en 2014 à la demi-finale de la Copa Libertadores pour la seconde fois de son histoire. Malheureusement, le club de San Lorenzo va les éliminer après avoir perdu nettement 5-0 en Argentine mais gagné 1-0 au retour à La Paz. Ce parcours scelle pour de bon le statut de Juanmi Callejón vis à vis des supporters.

Il n’est plus l’attaquant anonyme des débuts mais bien LA STAR du championnat, le buteur providentiel. Callejón est le pichichi, 3 saisons de suite avec 23, 20 et 15 buts par an. Il reçoit des propositions d’Espagne mais ne veut plus se morfondre dans des clubs de seconde zone. L’offensif joue libéré, il est l’idole d’un pays et ne voit pas d’un bon œil de revenir sur la péninsule. De même, sa famille s’est adaptée au style de vie et ne conçoit pas un retour en Europe. Pourtant, en 2016, il veut tenter un nouveau challenge. Un pont d’or lui est proposé pour rejoindre les rangs du club saoudien d’Al-Ettifaq. Cette nouvelle étape est purement économique, le club bolivien et le joueur ne s’en cachent pas. Il signe un contrat à plusieurs zéros et au final, ne marque que 2 buts en 2 saisons pour 26 matchs joués. Sa famille n’arrive pas à surmonter la différence entre le style de vie bolivien et saoudien qui confère beaucoup moins de liberté. Sous l’impulsion de sa femme, il décide de rentrer dans leur pays d’adoption : la Bolivie.

Le retour du Messie

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Crédit : El Diario

En 2018, Juanmi revient donc chez lui, dans son club de cœur : le Bolivar. Bien lui a pris, il est accueilli en héros en Bolivie où des milliers de personnes l’attendent à l’aéroport. Acclamé, applaudi, Juanmi Callejón remet le bleu de chauffe et redevient le buteur prolifique. Il claque 25 buts en 48 matchs. Il est sacré de son vivant comme le meilleur joueur de tous les temps du club. En 2019, il se trouve toujours sur les terrains boliviens et continue de faire rêver tout un peuple qui ne désespère pas de le voir porter un jour, les couleurs du pays. En effet, des démarches ont été entreprises dans ce sens afin que Juanmi Callejón devienne sélectionnable avec la Verde mais la FIFA ne semble pas aller dans ce sens et a déjà rejeté plusieurs demandes. Avec plus de 100 buts en 200 matchs, Juanmi qui était critiqué, parfois moqué en Espagne, a su rebondir dans un pays exotique et il est aussi connu que le président Morales. Formés dans le même club avec un début de parcours commun, les deux frères Callejón vont marquer de leurs empreintes le Monde du football. Le Monde avec un grand M, tant ils se trouvent à des latitudes opposées. Mais au final, ils auront tous les deux, à leur manière, réussi leurs carrières professionnelles. Toutefois, celui qui restera dans le cœur des millions de personnes, n’est certainement pas celui que l’on connait le plus.

 

Par Jé Pintio

(@JePintio)

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