Liga – Comment juger le Betis de Quique Setién ? Avec du bon sens et l’aide de Stendhal

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Crédits : thesefootballtimes

Hier, le Betis a achevé sa campagne européenne de piteuse manière contre Rennes. À tel point qu’une campagne s’est créée, demandant le départ de Quique Setién. Déception, indulgence, comment juger ce Betis ? 

« Quique vete ya » chantait le Benito Villamarín à l’issue de la défaite d’hier contre le Stade Rennais. Sur Instagram et Twitter, divers sondages obtenaient une claire majorité à la question « souhaitez-vous le départ de Quique Setién? ». Lorsqu’une afición vit le football de manière aussi passionnelle que celle du Betis, le bon et le mauvais s’entrelacent continuellement. D’un côté, l’ambiance du Villamarín est l’une des meilleures d’Espagne, fait du soutien indéfectible de ses supporters. Ça, La Liga l’a compris, programmant souvent les Andalous les vendredis, les lundis, ou le dimanche soir en prime time. D’un autre côté, lorsque les choses ne se passent pas comme on le souhaite sur le terrain, l’ire manifestée par les Beticos semble irrationnelle.

Cristallisation

14, 16, 14, 18, 12, 7, 20, 10, 15, ce sont les places occupées par le club sévillan en Liga, depuis 2005, date de la dernière campagne réussie avant l’arrivée de Setién. À cela, ajoutons deux relégations lors des dix dernières années, ainsi que des problèmes institutionnels à foison. Alors, quand l’équipe espagnole a fini sixième la saison passée, les attentes ont explosé, les têtes ont tourné. Le projet venait soudainement de sauter plusieurs étapes. Le Betis venait de discréditer les discours de tous les entraîneurs demandant du temps pour mener à bien leurs idées. « Des excuses de perdant » disait-on. La preuve, Setién n’avait eu besoin que d’un an pour changer drastiquement la vie d’un club.

Résultats, style de jeu attractif, éclosions de Loren Morón, Fabián Ruiz, Junior, Francis, on se plaisait à voir un mini Barça du côté de l’Heliopolis. Trop bien trop vite, une manière certaine de basculer dans la démesure des passions. La cristallisation stendhalienne était à l’oeuvre. Amoureux, supporters et observateurs ne voyaient dans le Betis de Setién que des qualités. Et comme en amour les réalistes sont des rabats-joies, leur parole valait bien peu. « En un mot, il suffit de penser à une perfection pour la voir dans ce qu’on aime » écrivait Stendhal. Toutes les qualités du monde étaient projetés sur ce Betis. Mais en football comme en amour, le plus dur, c’est précisément de durer.

Crédits : Diario de Sevilla

Le doute

Au lieu de consolider ses ambitions, en continuant à perfectionner le jeu et en essayant de raccrocher l’Europe, il était demandé à cette équipe de faire rêver plus que de raison des supporters frustré par des années au purgatoire. Pour ne rien arranger à l’étourdissement ambiant, un mercato des plus excitants avait été réalisé à l’été. Désormais, les furieux demandeurs de résultats pourraient utiliser cet argument à charge, si d’aventure l’équipe ne remplissait pas les exigences. C’était sans compter que le temps n’avait pas fini d’être une denrée essentielle à tout projet sérieux, malgré la croyance d’avoir pu se passer de lui.

En premier lieu, le Betis a dû composer avec de nouveaux défis sur le terrain en début de saison. Les adversaires attendaient les Sévillans de pied ferme, bien au fait de leurs desseins. Ciblant William Carvalho à l’heure de presser, les opposants appuyaient là où ça fait mal. À force de travail, Setién parvenait à tirer le meilleur du Portugais, tandis qu’il transformait Canales en relayeur pour les besoins du collectif, parvenant petit-à-petit à faire oublier le spectre de l’excellent Fabián Ruíz. Après réglé ces incommodités, Setién devait faire face à deux nouveaux problèmes, d’une ténacité insoluble : l’absence d’un buteur et l’absence de joueurs capables d’offrir du débordement. Sans trop s’avancer, on ne peut dire plus jusqu’à la fin de la saison, quoi qu’il arrive. L’entraîneur serait-il un être imparfait? Là, la cristallisation prend fin. Les défauts de l’autre font leur apparition. On n’est plus amoureux de la même manière.

Pire, il est impossible de se sortir certains défauts du crâne. La défaite contre Rennes devient inacceptable. Qu’importe le fait que les caractéristiques de l’adversaire soient celles qui nuisent le plus au Betis. Qu’importe du manque d’expérience européenne des Andalous. Avec un tel projet de jeu, il est fondamental de respecter en tous temps certains principes, même lorsque le spectre de la défaite pousse à la précipitation ; continuer à fixer des joueurs sans ballon, à courir pour ouvrir des espaces, à ne pas trop s’approcher de son coéqupier pour demander le ballon, rester patient. Tout ce que les verdiblancos n’ont pas fait.

Autre défaillance impardonnable entend-on, l’incapacité à tirer le meilleur d’Inui, de Tello, de Sanabria. Ils ont été bons dans d’autres clubs, pourquoi pas au Betis ? Qu’importe la vérité universelle selon laquelle le niveau des joueurs n’est pas une constante, même lorsqu’ils sont sous les ordres des meilleurs entraîneurs du monde.

Enfin, faute par dessus toutes les fautes, la prétention de Setién à se faire apôtre du beau jeu. La supériorité morale qu’il convoie est insupportable, du moins pour certains. Cette défaite européenne est l’occasion de réaffirmer l’escroquerie des philosophes, des bien-pensants, des esthètes. Cela équivaut à dire à son ami « je t’ai toujours dit que ce n’était pas la bonne« . Ou alors, on peut aussi se laisser aller aux moqueries. « Tiens ta possession, tiens ta possession » chantaient les supporters de Leganés à Setién, lorsque leur équipe battait leur adversaire 3-0 il y a deux semaines.

Seconde cristallisation

Stendhal évoque la possibilité – la nécessité même, si l’on entend faire durer l’idylle – d’une seconde cristallisation. Malgré ses défauts, on aime l’être aimé, et c’est cela qui compte. L’amour paraît inévitable. C’est comme ça que l’on en vient à accepter sans aucun problème de ne pas sortir avec des top model, idéalisés. C’est comme ça que la réponse « mais parce qu’ils s’aiment » sert de justificatif ultime à l’existence d’un couple improbable.

Pour ce que cette seconde cristallisation ait lieu entre le Betis et ses suiveurs, il faut donc s’accommoder des défauts de l’équipe. Le projet est encore en développement, Setién n’est pas encore Guardiola, les joueurs ne sont pas tous au niveau escompté. Sans oublier qu’il n’est pas interdit de reconnaître certaines qualités. Le Betis croit en son style, est en demi-finales de Coupe du Roi, en plus d’être dans les temps de passages de ses objectifs en Liga. Même en amour, un peu de bon sens est nécessaire.

Elias Baillif (Elias_B09)

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