Dani Güiza, un champion d’Europe en Segunda B

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epa01387766 Spanish player Daniel Guiza celebrates after scoring the 2-1 lead during the UEFA EURO 2008 Group D preliminary round match between Greece and Spain at the Wals-Siezenheim stadium in Salzburg, Austria, 18 June 2008. EPA/ROLAND SCHLAGER +please note UEFA restrictions particulary in regard to slide shows and 'No Mobile Phones'+

Vainqueur de l’Euro 2008 avec l’Espagne, l’attaquant Dani Güiza est un joueur singulier qui n’a jamais joué dans un top club et pourtant son efficacité face au but parle d’elle-même: il est le dernier Pichichi espagnol de la Liga. Du sommet de l’Europe aux terrains de Segunda B, retour sur la carrière du buteur andalou.

Un buteur est né à Jerez

Tout commence à Jerez de la Frontera, ville du sud de l’Espagne connue pour sa forte communauté gitane, d’où est issu Daniel Gonzalez Güiza. Né en 1980, il grandit dans un quartier populaire de cette ville à l’identité très marquée et fait ses débuts professionnels dans le club local, le Xerez C.D. Après quelques années dans les catégories inférieures du football espagnol, le joueur andalou fait le grand saut en Primera División en rejoignant le Getafe d’un certain Bernd Schuster en 2005. Les dirigeants du club madrilène savent qu’ils récupèrent un attaquant déjà efficace et avec une personnalité forte héritée du football callejero, de la rue.

Dani Güiza c’est le sens du but, une large palette d’atouts pour envoyer la balle au fond des filets. Bonne maîtrise des deux pieds, toujours prêt à surgir dans le dos des défenseurs, un jeu de tête sur lequel ses coéquipiers peuvent compter, Güiza est un buteur complet et simple. En une ou deux touches le ballon entre dans la cage adverse, pas de fioritures, pas de dribbles géniaux, un contrôle orienté, un crochet et une frappe bien placée font l’affaire. Mais Dani Güiza c’est aussi la fête, son goût prononcé pour les boîtes de nuit de la capitale lui vaudra une réputation de fêtard qui le suivra très longtemps.

Crédits :Who Ate all the Pies

La président du Getafe, Ángel Torres, était conscient du caractère rebelle du joueur et n’a pas hésité à déclarer: “Nous avons acheté le garnement du football espagnol.” Il faut dire aussi que son étape à Madrid tourne un peu au spectacle au moment où il se met en couple avec Nuria Bermúdez, une habituée des émissions et des journaux peoples, connue pour ses relations sporadiques avec des joueurs de football. L’attaquant azulón mène une vie de célébrité à Madrid, avec les médias sensationnalistes derrière lui, et sa carrière sportive passe presque au second plan. Cela ne l’empêche pas de marquer 27 buts lors des deux saisons qu’il passe au Getafe et de bien s’installer en Primera División. Son chemin se poursuit ensuite vers les Baléares, chez le RCD Mallorca, club pour lequel il avait joué en début de carrière sans grand succès. Son départ sur les îles est sûrement la meilleure décision que l’attaquant ait faite dans sa carrière.

La consécration, Pichichi et vainqueur de l’Euro 2008

Le contexte de son arrivée en 2007 à Majorque est particulier, le club est sur le déclin depuis plusieurs saisons, luttant chaque année pour rester dans la meilleure catégorie du football espagnol. Après des années brillantes entre 1997 et 2003, avec notamment une classification en Champions League et un titre de Copa del Rey, l’équipe majorquine peine à se remettre des départs d’Hector Cúper, Luis Aragonés et Gregorio Manzano, les trois entraîneurs de ces années dorées. Mais l’arrivée de Dani Güiza à Majorque coïncide avec le retour de Gregorio Manzano aux Baléares et avec la classification de l’Espagne pour l’Euro 2008, dirigée par Luis Aragonés.

Du haut de ses 27 ans, on peut dire que l’attaquant jerezano s’est révélé sur le tard en Primera División, mais il arrive à Majorque avec une expérience digne d’un joueur ayant évolué depuis 10 ans en Liga. La preuve est que Dani Güiza marque 27 buts en 37 matchs et devient le Pichichi de la Liga, devant Luis Fabiano et Agüero. 10 ans après, il reste le dernier espagnol à avoir obtenu le titre de meilleur buteur du championnat. A cela il faut ajouter que l’attaquant des Bermellones n’a tiré aucun penalty ni coup franc, un véritable exploit. Son habilité à attaquer des espaces derrière la défense et à se projeter rapidement vers le but, ajoutée à son talent de finisseur ont fait rêver les supporters du RCD Mallorca durant toute une saison qui s’est soldée par une 7e place, à un point de la classification en Europa League. La récompense pour Dani Güiza est immédiate: il est sélectionné avec la Roja pour l’Euro 2008.

Cependant, Dani n’a pas le droit de se reposer sur son trophée de Pichichi, l’attaque espagnole est bien garnie: un Fernando Torres très en forme à Liverpool et David Villa qui sort d’une saison réussie avec ses 18 buts pour Valence. Autant dire que Güiza n’est pas la star en attaque. Mais l’Euro commence bien pour lui avec un but de la tête sur centre du quatrième attaquant, Sergio García, contre la Grèce en phase de poule. Il disputera quelques minutes en quarts, en demis et même en finale, toujours en remplaçant le chouchou du public, Fernando Torres. Güiza s’offre un joli but contre la Russie en demi-finale qu’il célèbre en faisant l’archer comme son idole de toujours, le mythique attaquant de l’Atlético de Madrid, Kiko, jerezano comme lui. La victoire de l’Espagne de l’Euro 2008 conclu la meilleure saison de Dani Güiza comme footballeur.

Vers de nouveaux défis à l’international

Malgré une étape plus que réussie en Primera División, le buteur des Bermellones fait le choix de quitter Majorque en été 2008 et s’envole vers Istanbul et le Fenerbahce. Le transfert s’élève à 15 millions, ce qui représente une grosse somme pour l’époque dans le football turc. Le départ est évidemment motivé par un salaire généreux mais aussi par la présence d’une personne que Güiza connait bien aux commandes de l’équipe jaune et bleue, Luis Aragonés. En effet, le sabio de Hortaleza s’est exilé au détroit du Bosphore après l’Euro et entame ce qui sera sa dernière expérience en tant qu’entraîneur, après avoir marqué à jamais le football espagnol.

Crédits : Mira Jerez

Quant au “garnement” jerezano, le bilan des deux premières saisons disputées dans la Süper Lig est plutôt positif: 11 buts par saison. La troisième n’est pas brillante pour Dani qui n’arrive pas à s’imposer comme titulaire et joue très peu. En 2011, après trois années en Turquie, le finisseur revient en Espagne, à Getafe, mais son retour dans la péninsule ibérique n’est pas un succès, seulement 3 buts en 34 matchs sous le maillot azulón. C’est alors que Güiza décide de visiter le monde en faisant le choix surprenant de quitter son pays pour la Malaisie et jouer au Johor Darul Takzim FC. Un championnat méconnu où Güiza a de la peine de nouveau à s’adapter par rapport au climat cette fois.

Après cette expérience en Asie sa carrière se poursuit au Cerro Porteño en 2013, club d’Asunción au Paraguay. Et là c’est le coup de foudre entre les supporters et Dani Güiza. Il faut dire que la ferveur et l’engouement autour de ce club sont particulièrement beaux à voir. L’Andalou se plaît dans le football sud-américain et remet en marche son instinct de buteur, il inscrit 20 buts en deux saisons. Récemment, un journaliste lui a demandé si le travail d’un attaquant est plus dur dans un football aussi physique que le sud-américain, il a répondu: “Je ne sais pas si c’est plus compliqué ou non, mais j’ai pris énormément de plaisir. Nous avions de très bons joueurs et nous avons gagné la Liga invaincus. En plus, les supporters sont un spectacle, ils encouragent les 90 minutes du match et je vivais cela comme un petit enfant depuis le terrain.”

Retour aux racines

Après son idylle de l’autre côté de l’Atlantique, le retour en Andalousie a été une douche froide pour Güiza, qui signe pour le Cádiz C.F en 2015, club qui évolue alors en Segunda B. Le joueur, véritable star au Paraguay, se fait huer et insulter par les supporters du club andalou à cause de son passé au Xerez C.F, historique rival du Submarino Amarillo (surnom disputé avec le Villarreal). Mais lors de sa présentation l’Andalou s’excuse pour ce qu’il a pu dire contre le Cádiz quand il était plus jeune et ajoute: “Je vais tout donner pour ce maillot à partir d’aujourd’hui […] J’ai refusé plusieurs offres pour être ici, entre autres de la MLS, et je suis ici pour mouiller le maillot.” Pour Güiza sa carrière devait se finir chez lui, dans la province de Cádiz.

Crédits : Portal Cadista

Le jerezano tient parole et lutte pour que le club remonte en Segunda, il le fait de la meilleure des manières, en marquant le but qui envoie le Cádiz en deuxième division espagnole. Une belle revanche sur ceux qui ne croyaient pas en son implication et une magnifique récompense pour la prise de risque qu’il a pris en venant à Cádiz. Mais l’amour pour la terre natale ne s’achète pas et Dani Güiza en est le parfait exemple, après une saison en Segunda moins prolifique, il décide de partir en 2017 à l’Atlético Sanluqueño, club de la ville de Sanlúcar de Barrameda située à quelques kilomètres de Cádiz et Jerez. Ce changement suppose évidemment une baisse salariale très importante étant donné que le club était alors en Tercera. Pourtant, Dani Güiza accepte ce qui pourrait être considéré comme un pas en arrière dans sa carrière, mais avec 37 ans l’attaquant préfère rester chez lui dans le sud et profiter ce que qu’il aime: le flamenco, la pêche, le bar, ses amis et sa famille.

Jusqu’à aujourd’hui l’étape de Güiza à l’Atlético Sanluqueño se passe bien, l’équipe est montée en Segunda B l’année passée, ce qui fait une deuxième montée en 3 ans pour le buteur. Séparé de Núria Bermúdez depuis plusieurs années, il se considère “adopté” à Sanlúcar d’où vient sa compagne actuelle et où habite toute sa belle-famille. Jouer pour ce club modeste c’est aussi une façon de donner de la joie à ceux qu’il aime. Beaucoup de joueurs vivent en déconnexion avec la réalité, entre la starification et l’argent, ne pas oublier les racines est essentiel pour garder les pieds sur terre. Impossible dans son cas d’oublier son Andalousie natale, celle qui a vu ses premiers buts dans les rues du quartier de la Liberación, celle qu’il a toujours gardé dans son coeur, celle qui le rend heureux.

Aythami 

@pablosanch19

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