Ivan Alejo, en quête de stabilité

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Pour ouvrir cette deuxième journée de Liga, un choc : Getafe-Eibar. La saison passée, ces deux formations s’étaient battues pour une place européenne. Un homme est passé de l’une à l’autre durant l’été : Ivan Alejo. Présentation du bonhomme et de ce que dit ce transfert sur l’état des deux formations pour cet exercice 2018-2019.

Rien est simple dans le football. Pour percer, il faut avoir du talent mais aussi être bon au moment idoine et être soutenu par des coachs. L’histoire d’Ivan Alejo est déjà particulière pour un homme d’à peine 23 ans, qui entame seulement sa deuxième saison au plus haut niveau. Natif de Valladolid, il rejoint le club phare de la ville. Son talent est certain : ailier pouvant jouer sur les deux côtés, Ivan aime le débordement. C’est un dribbleur, un dévoreur d’espace qui provoque sans cesse et a une belle qualité de centre. Rapidement, il se fait un nom en Espagne, jusqu’à rejoindre l’Atleti avant même d’avoir signé pro avec le club de sa ville natale. Avec les Colchoneros, il gravit les échelons, la C puis le B. Avec Los Indios il découvre même les U19 espagnols et est même convié à une tournée aux US avec l’équipe fanion.

Alejo le nomade

Alors titulaire et membre important de l’équipe B de l’Atleti, la formation subit une relégation et Alejo plie bagage. À peine pro depuis une grosse année il découvre déjà son deuxième club, encore une équipe B, celle de Villarreal. Il ne joue que 17 match avec cette formation et s’envole une nouvelle fois, pour Alcorcón en Segunda. Alejo se repose donc à Madrid et se rapproche surtout de la Liga. Dans cette antichambre, il fait de nouveau des étincelles. C’est une constante avec lui, il est rapidement au niveau et a une capacité d’adaptation excellente. Avec les jaunes, Alejo vit une saison à flotter juste au dessus de la zone rouge et le club réussit à se maintenir en fin de saison. En plus d’avoir fait péter un plomb à un coach adverse (Cadiz) qui ira jusqu’à l’insulter et se faire suspendre par la ligue, Alejo attise les convoitises au plus haut niveau.

« Je peux fournir de la vitesse, du débordement et beaucoup de sacrifices.  » Alejo lors de sa présentation à Getafe.

Comme quand il déboule sur son aile, Alejo gravit les échelons à vitesse grand V. La mobylette n’a alors que 22 ans, a connu déjà 3 clubs pro et n’a jamais dépassé les 30 matchs de championnat avec ses formations. Après son exercice concluant avec Alcorcón, il signe à Eibar. Petit club basque à l’ambiance anglaise, un peu perdu et disposant d’un charmant stade. Ivi est recruté pour palier à l’absence d’un Pedro Leon qui tarde à se remettre d’une blessure au genou. Il fait quelques entrées intéressantes lors des premières journées mais une blessure va freiner son intégration. Durant son absence, Eibar s’enfonce dans une crise sportive. Le club basque n’avance plus et se retrouve dans une situation délicate.

Crédits : Alchetron

Fin novembre 2017, Eibar est au plus mal. Les hommes de Mendilibar n’ont gagné que deux matchs pour deux nuls et surtout 7 défaites. Chez les suiveurs de la Liga on s’inquiète pour le club basque, va-t-il réussir à inverser la tendance ? Pour cette 12e journée de Liga, Eibar affronte donc le Betis et Alejo est enfin titulaire sur son côté droit. Associé à Inui à gauche, le duo fait des étincelles et les Armeros déroulent enfin. Une victoire 5-0 qui rassure tout le monde et lance surtout la saison d’Alejo qui a délivré une passe décisive. Durant un gros mois, le club basque enchaîne les bons résultats et Alejo survole ses matchs. Les troupes de Mendilibar sont invaincues durant 5 matchs – avec 4 victoires à la clé – et Alejo est décisif à chaque fois. Face à Alavés et Valence, il est à la passe, face à l’Espanyol il marque un but génial qui marque encore plus les esprits.

Tout va très vite dans le foot. Alejo qui était sorti des esprits avec sa blessure fait un retour tonitruant. C’est l’escalade. Des médias annoncent qu’Alejo va être prolongé et voir sa clause augmentée, d’autres vont jusqu’à dire qu’Alejo va devenir le franchise player d’Eibar. Sauf qu’après ce mois de dingue, Ivi se calme et ne fera plus aucune passe ni marquera de but de la saison. Son influence reste importante mais il sort de plus en plus du onze titulaire. Surtout que lors du mercato d’hiver, Eibar s’active et signe notamment Orellana qui semble avoir plus la confiance de Mendilibar qu’Alejo. Le temps de jeu du natif de Valladolid fond comme neige au soleil et sa confiance s’étiole. D’une moyenne de 87 minutes par match avant l’hiver, son temps de jeu passe à moins de 60 minutes par rencontre et ses passages sur le banc sont de plus en plus réguliers.

D’homme providentiel à habitué du banc

Alejo avait tout pour se stabiliser en Liga avec Eibar mais les choses ont mal tourné. L’épisode qui marquera la rupture entre Alejo et son coach est un match disputé au mois de mai. Les Basques affrontent Girona. Pedro Leon est titulaire à droite dans le 4-2-3-1 qui a remplacé le 4-4-2 traditionnel de Mendilibar. A la 30e, l’ancien de Getafe se blesse et Alejo le remplace logiquement. 40 minutes de jeu effectif plus tard, il retourne sur le banc. Alejo est en pleurs à sa sortie ; il ne comprend pas pourquoi il sort. Des images qui font le tour des internets en Espagne. Mendilibar expliquera que son choix n’est que sportif et qu’il ne reproche rien à Ivan mais le mal est fait. Malgré une titularisation pour le dernier match de la saison face à l’Atleti, Ivi, qui marche à l’affectif, ne sent plus à sa place dans la petite ville basque. Il se met donc sur le marché et prépare ses bagages.

« La saison a bien commencé, puis j’ai été blessé, je suis revenu et l’équipe a bien fonctionné. Ensuite j’ai disparu des plans de l’entraîneur et je n’ai pas à demander d’explications » Alejo résume sa saison à Eibar

Encore une fois, moins d’un an après son arrivée dans un club Alejo est sur le départ. Il est courtisé, pourtant son passage à Eibar n’est pas fou si on enlève ce mois de folie qui a sonné le réveil de son désormais ancien club. Acheté 300k€ par les Basques et revendu un an après pour près de 4 millions d’euros, les Armeros ne pouvaient refuser le deal. Alejo représente bien la logique de recrutement des Ameros. Cette faculté à faire des bons coups et à bien vendre les joueurs après une bonne année. Sauf que cette saison, Alejo représente aussi les limites de cette méthode. Alors que d’habitude les Basques réussissaient à bien palier les départs, ce fut un peu plus compliqué lors de ce mercato. Beaucoup sont partis, peu sont arrivés et le club s’est clairement affaibli. Alejo avait notamment été acheté pour préparer l’avenir, mais une saison après, il est vendu sans réel remplaçant …

Crédits : Telemadrid

« Il y avait d’autres propositions en dehors de l’Espagne, mais j’étais très clair sur le fait que je ne voulais venir qu’ici, quand Getafe m’a contacté, j’ai fait tout mon possible pour y signer. «  Alejo, sans hésitation

Alejo, qui n’était pas un titulaire régulier à Ipurua, était surtout l’illustration du bon banc que possédaient les Basques. Sauf que le natif de Valladolid est parti pour un concurrent direct d’Eibar, Getafe. Les Madrilènes avaient un sérieux problème de banc la saison passée, ce qui leur a coûté bon nombre de points en fin de match. Les Azulones sont sur une pente ascendante depuis leur retour en Liga. Un stade qui vit enfin, un bon coach, un groupe cohérent et un directeur sportif qui travaille bien (et qui a refusé Seville). Alejo ne part pas comme un titulaire à Getafe mais il apporte une réelle différence de style. Portillo, l’homme qui occupe ce poste d’ailier droit dans le 4-4-2 de Bordalas est un joueur qui rentre beaucoup dans le cœur du jeu et s’insère dans les circuits de passe. Tout l’inverse d’Alejo qui n’est que course vers l’avant, dribble et centre. Le style du nouveau ressemble beaucoup plus à Amath, son pendant à gauche. Son entrée face au Real pour la première journée a été de très bonne facture par exemple.

Alejo, symbole du nouveau Getafe et des limites d’Eibar

Rien ne dit qu’Alejo sera titulaire ce soir pour affronter son ancien club, celui qui lui a offert le droit de découvrir la Liga. Alors qu’il pourrait avoir un lien particulier avec ce club, il a annoncé que pour lui c’était « un match normal ». Bordalas a aussi expliqué qu’Alejo avait du respect pour les Basques et qu’il n’avait pas de sentiment de revanche. Pourtant il est la principale attraction de cette rencontre.  Derrière cet attrait, il y a surtout la volonté de voir Alejo se stabiliser dans un club pour lui permettre de grandir. Comme c’était le cas à Eibar, tout semble en place pour le vouloir éclore sur la durée à Getafe. Les cartes sont un peu dans ses mains mais attendons de voir si les planètes s’aligneront pour Alejo, enfin, et puis l’air de Madrid lui réussit bien.

Benjamin Bruchet 

@BenjaminB_13

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