Colombie : une Tricolor goût Liga

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Crédit photo : AS Colombia
Crédit photo : AS Colombia

À part l’Espagne, aucune sélection ne compte plus de joueurs issus de la Liga que la Colombie avec pas moins de 7 représentants. Le sélectionneur José Pekerman s’en est servi pour construire une équipe équilibrée et joueuse qui devrait faire parler d’elle au cours de la Coupe du Monde 2018.

On imagine mal Michel Drucker, Laurent Delahousse et Thierry Ardisson présenter leurs émissions respectives un maillot de l’équipe de France sur le dos. En Colombie, c’est possible. Ce jeudi 8 octobre 2015, date du premier match de qualification contre le Pérou (2-0), toutes les télévisions tournent en boucle sur l’événement et les animateurs portent le maillot de la Tricolor. Comme toujours, l’engouement national est impressionnant. Et ce, même si la sélection semble moins bien armée que celle qui avait atteint les quarts de finale au Brésil en 2014.

Pekerman penche vers l’avant

Déjà à cette époque, c’était José Pekerman qui siégeait dans la guérite. L’ancien sélectionneur de l’Argentine jouit d’une énorme popularité au pays de Carlos Valderrama. Très respecté pour le travail qu’il effectue depuis 2012 et pour ses valeurs fondées sur l’exemplarité, le presque septuagénaire dispose de toute la confiance du peuple et de ses joueurs – même de ceux qui ne sont pas appelés. Cependant, si peu de monde est en mesure de critiquer le technicien, un de ses principes pose parfois problème : il veut aller de l’avant coûte que coûte. Mettez-le face au Brésil, l’Allemagne, l’Espagne ou n’importe quel autre gros morceau, il n’empilera pas les n°6 pour autant. Au moment de faire son équipe, il place avant tout les joueurs les plus techniques et créatifs. Mais cette philosophie s’avère parfois risquée. Au cours de l’avant-dernier match qualificatif contre le Paraguay, les Cafeteros se font égaliser (1-1) dans les cinq dernières minutes. Pekerman a tenté d’assurer la qualification en allant chercher la victoire. Résultat : il s’est vu encaisser un deuxième but en contre-attaque alors que ses deux latéraux se trouvaient dans la surface adverse (1-2). Une défaite qui a eu du mal à passer mais qui promet du spectacle.

Mina-Sánchez au centre

Le sélectionneur a commencé par donner une liste de 35 noms. Puis l’a réduite aux 23 réglementaires au dernier moment. Sept joueurs de Liga en font partie. En défense centrale, Yerry Mina, arrivé au FC Barcelone début 2018, fait figure de favori aux cotés de Davinson Sánchez (Tottenham). Si le néo-Blaugrana n’a pas encore convaincu en Catalogne, il s’est réellement imposé comme un élément incontournable de la Tricolor. La paire est jeune (23 ans pour Mina, 22 pour Sánchez) et représente assurément le futur du football colombien. Le joueur du Barça excelle dans les duels et dans l’impact quand celui des Spurs est plus utile à la relance et dans le domaine technique. Les deux se complètent parfaitement. Derrière eux, Pekerman avait du choix. Cristian Zapata est installé au poste de troisième central, mais deux Murillo se disputaient la place de quatrième. Oscar, de Pachuca et Jeison, de Valence. Pekerman a choisi de mettre immédiatement fin au débat en tranchant dès sa première liste et en choisissant celui évoluant au Mexique.

Cette mode du short baissé… (Crédit photo : Futbolred)

Mojica passe n°1

Les quatre défenseurs centraux colombiens sont identifiés. Chez les latéraux, la sélection a longtemps connu un souci. Et ce sont des joueurs de Liga qui l’ont réglé. Jusqu’en novembre dernier, les titulaires qu’étaient Frank Fabra (Boca Juniors) et Santiago Arias (PSV Eindhoven) n’avaient pas de doublure. À gauche, la solution est venue de Girona. Johan Mojica, implacable dans son couloir et auteur d’une grosse saison en Catalogne s’est logiquement assis à la place vacante depuis sa prestation en amical contre l’Australie. Et puis, à cinq jours du début de la compétition, Fabra se voit obligé de quitter l’aventure avant même de l’avoir commencée à cause d’une rupture des ligaments croisés. C’est Farid Díaz (Olimpia) qui le remplace et Mojica devient titulaire à bâbord. À droite, c’est Jefferson Lerma qui vient suppléer Arias. La polyvalence du milieu de Levante lui assure une place dans les 23 – mais pas dans les 11 – que ce soit sur le côté de la défense ou un cran plus haut en doublure de Mateus Uribe (América).

Atlético-Girona (Crédit photo : El Colombiano)

Carlos Sánchez, le point d’équilibre

Le cœur du jeu, justement, est dominé par deux joueurs appartenant à des clubs de Liga. Le premier, bien sûr, James Rodríguez. Le gaucher du Bayern Munich prêté par le Real Madrid s’est révélé il y a quatre ans au Brésil et s’impose depuis comme le dépositaire du jeu colombien. Aujourd’hui, il est vice-capitaine derrière Radamel Falcao et se montre indispensable à la Tricolor. L’autre élément essentiel de l’entre-jeu se nomme Carlos Sánchez. Sans le joueur de l’Espanyol Barcelone, l’équipe est complètement déséquilibrée. Cela s’est vu lors de la tournée en Asie, notamment contre la Corée du Sud (défaite 2-1) où la Colombie a pris de grosses vagues en pleine figure. Il s’agit de l’un des premiers noms que couche Pekerman au moment de construire son onze.

(Crédit photo : La Pelotona)

Du monde en attaque

Mais pas le premier. Parce que qui dit Colombie, dit forcément Radamel Falcao. Si la présence de l’attaquant monégasque dans l’équipe type est absolument obligatoire, il existe une réflexion pour savoir qui l’accompagne. Une chose est sûre, ce n’est pas Carlos Bacca. Malgré sa saison réussie à Villarreal, l’ancien du Séville FC n’était même pas sûr d’être dans les 23, la faute à des prestations en sélection loin d’être rassurantes et à une forte concurrence à son poste. En plus de Falcao, il doit se partager le rôle avec Borja, excellent avec Palmeiras, et Luis Muriel (Séville). Ce dernier bénéfice de plus de temps de jeu. Tout dépend du système dans lequel Pekerman décide de faire évoluer ses hommes. Au sein d’un 4-2-3-1, le Sévillan trouve sa place sur le flanc gauche de l’attaque. Dans un 4-4-2, c’était plutôt Duván Zapata qui était choisi pour accompagner Falcao lors des derniers rassemblements.

Pas plus loin que les quarts

Pourtant, malgré une équipe stable, bien dirigée et organisée autour d’un style de jeu parfaitement identifié, le peuple colombien ne se fait pas d’illusion. Pekerman s’est bien gardé de communiquer ses objectifs parce qu’il sait que rien ne lui sera offert. Les Cafeteros sont tombés dans le groupe plus homogène de la compétition avec le Sénégal, le Japon et la Pologne. Depuis sa défaite en Corée du sud, la sélection colombienne n’a pas l’intention de sous-estimer son adversaire et surtout pas le Japon. Néanmoins, il serait considéré comme un échec de ne pas sortir du groupe. Ensuite, advienne que pourra. Dès les huitièmes de finale, la Tricolor risque de se heurter à la Belgique ou l’Angleterre et ne partirait pas favorite. En quart de finale, si la logique est respectée, ce sera le Brésil ou l’Allemagne. Très compliqué de voir plus loin que ce stade pour Pekerman et ses hommes.

Victor Massias
@victor_massias

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