Arabie Saoudite : Ferenc Puskas entraîneur et les balbutiements du football saoudien

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Crédits : Hungarianfootball
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Ferenc Puskás le footballeur tout le monde connaît a  aussi été un entraîneur globe trotteur. Le Hongrois naturalisé Espagnol a notamment posé ses valises dans une jeune fédération : l’Arabie Saoudite. Présentation du coach Ferenc Puskas et retour sur ce qui a changé au Royaume lors de la signature du légendaire Major galopant dans les années 1970.

L’histoire de Ferenc Puskas est légendaire et même la personne la plus éloignée du football a déjà entendu ce nom car son histoire se mêle à celle de l’histoire de l’Europe. Homme avec un grand H, le Hongrois a conquis son pays avant de s’enfuir en Espagne. On pourrait écrire plusieurs volumes sur sa vie et son oeuvre en tant que joueur au Honved Budapest et au Real Madrid. Il a reçu un nombre incalculable de distinctions et de médailles en tant que footballeur et il a même donné son nom au trophée récompensant le plus beau but de la saison. Seulement, l’histoire de Puskas et le football ne se limite pas à son passé de joueur. Entraîneur aimant les voyages, il a eu une carrière atypique tout autour du globe, souvent dans des lieux exotiques.

Le sommet avec le Panathinaïkos

Le Major galopant raccroche les crampons en 1966, après avoir participé à la Coupe du Monde au Chili avec l’Espagne. Il est une légende vivante, un monstre, idolâtré partout en Espagne et même en Europe. Puskas a 39 ans, un physique en miette et décide donc de prendre un peu de bon temps. Le finaliste du Mondial 1954 avec la Hongrie prend du poids et se la coule douce. Mais très vite, le football se rappelle à lui et il ne peut pas rester éloigné trop longtemps des terrains. Alors que sa légende comme joueur est encore fraîche, Puskas signe aux Etats-Unis aux San Francisco Golden Gate puis au Canada, aux Vancouver Royals. Des expériences loin d’être folles sur le papier car le football n’était qu’à ses balbutiements chez l’Oncle Sam. La dissolution des Royals laisse Puskas sans emploi. Il retourne logiquement dans son deuxième pays, l’Espagne, et plus particulièrement à Alavés. L’expérience n’est une nouvelle fois pas couronnée de succès avec une descente en D3 à la fin de la saison qui entraîne son départ de Vitoria.

Crédits : Leoforos

Puskas a du mal à faire passer son message. Il faut dire aussi que les choix de clubs ne sont pas aussi à la hauteur du Major qui n’est pas non plus très concerné par ses missions. Puskas aime l’argent, il ne s’en est jamais caché. En 1970 il rejoint le Panathnaïkos. Ce sera sa plus longue mission en tant que coach, près de 4 ans. Lors de sa signature, il demande à son président d’inclure une grosse prime si jamais il emmène les verts en finale de Coupe d’Europe. Il accepte, pensant l’objectif irréalisable. Pourtant en 1971, c’est bien le PAO qui affrontera l’Ajax à Wembley en finale de la Coupe d’Europe des clubs champions. Même si la finale a été perdu par le Trèfle, cela reste la meilleure performance d’un club grec en Europe. Sa prime en poche, il récupérera aussi 2 titres de champion, disputera la coupe intercontinentale et sera toujours au moins sur le podium en championnat. En 1974, le régime militaire arrive au pouvoir en Grèce et Puskas boucle une nouvelle fois ses bagages.

Une fédération saoudienne en construction

Après un passage éclaire en Liga et au Chili, Ferenc Puskas rejoint la sélection saoudienne. Le choix surprend, le football n’est pas encore très développé dans une fédération qui n’a même pas 20 ans d’existence. La première sélection saoudienne a en effet vu le jour au début des années 50 pour différents matchs amicaux les opposant à des clubs saoudiens et d’autres sélections arabes. En 1956, 20 ans avant Puskas, la Fédé saoudienne est officiellement créée. Elle obtient dans la foulée son affiliation à la FIFA et à la l’AFC. En 1957, elle prend part aux Jeux Panarabes et plus particulièrement au tournoi de football organisé à Beyrouth au Liban. Ce sont ses premiers matchs officiels. En 1961, le royaume saoudien prend une nouvelle fois part au tournoi de football des Jeux Panarabes. Ce tournoi est un désastre, la sélection est dépassée et s’incline lourdement plusieurs fois.

Clairement, le football n’est pas une priorité pour le royaume lors de cette période. L’Arabie Saoudite n’est pas du tout une nation majeure du football dans la péninsule arabe. Avant Puskas, les Saoudiens n’ont eu que des coachs égyptiens et un seul Tunisien. Le Major est donc le premier coach non-arabe à s’asseoir sur le banc des Faucons en 1976. Son arrivée va faire entrer le football saoudien dans une nouvelle ère, même si les investissements sont encore loin du niveau actuel. En prenant part aux éliminatoires pour les JO de Montréal 1976 et celle de la Coupe d’Asie, l’équipe s’engage pour la première fois dans des compétitions internationales reconnues. Les résultats sont encourageants, l’Arabie Saoudite termine deuxième de sa poule de qualification pour la Coupe d’Asie et valide ainsi son billet pour le tableau final. Or, la fédération décide de se retirer de la compétition. Les résultats pour le tournoi de qualification pour les JO sont mitigés avec 2 victoires et 2 défaites et pas de billet pour le Canada. Après une coupe du Golfe décevante, Puskas quitte son poste de sélectionneur, en 1977.

Le début d’un tour du monde pour Puskas

Après la départ de la légende hongroise, l’Arabie Saoudite investit pour développer le football dans le royaume et pour booster le niveau de la sélection. Rapidement le niveau des Faucons s’améliore et après une qualification pour les JO de 1984, ils remportent la coupe d’Asie la même année, puis font le doublé en 1988 et sont finalistes en 1992. En 10 ans, les Faucons passent de petite sélection à une des plus grandes puissances de la région. En 1989, ils ont même remporté la Coupe du Monde U17 en Ecosse. Le point d’orgue de cette période est le huitième de finale disputé lors du Mondial 1994 organisé aux Etats-Unis.

Crédits : Puskas.com

Dans le même temps la carrière de Puskas entraîneur prend un tournant plus que particulier. Le Major entame un tour du monde et devient l’un des seuls coachs à avoir entraîné sur tous les continents. Il posera ses valises en Egypte, en Australie et au Paraguay. L’Hispano-Hongrois remportera un championnat de Grèce avec l’AEK en 1979, sera finaliste deux saisons de suite de la coupe d’Egypte avec Al Masry, remportera un championnat australien et une coupe d’Australie avec South Melbourne et un championnat du Paraguay avec le Club Sol de América. Après avoir été réhabilité en Hongrie, son pays natal, il bouclera la boucle en prenant en main la sélection hongroise, son premier amour et celle qui lui a permis de se faire remarquer pour la première fois. Même si les résultats sont moyens, l’important est ailleurs. Mais Puskas n’aura pas le temps d’apprécier longtemps ce retour chez lui. En 2000, il tombe malade, atteint de la maladie d’Alzheimer et s’éteint en 2006, à 79 ans.

Benjamin Bruchet 

@BenjaminB_13

 

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