Carles Puyol, l’Ikuriña et son fair-play lors des finales contre l’Athletic

Il a été annoncé ‘vainqueur’ du One Club Player Award la semaine dernière, Carles Puyol se retrouve à nouveau au centre de l’actualité footballistique en Pays Basque. L’occasion de revenir sur son tendre rapport avec le Pays Basque. 

Mais avant de parler de l’ancien défenseur du FC Barcelona, concentrons-nous sur le trophée – peu connu en France – qu’il a reçu.

Puyol avec l’équipe catalane [Crédits : Novastan]

Le One Club Player Award, ça sort d’où ?

Il s’agit de la quatrième édition de ce prix, qui a été créé en 2015 par Josu Urrutia. L’idée vient en effet de l’actuel président de l’Athletic Club, qui eut l’intention de créer un trophée récompensant les joueurs qui ont passé toute leur carrière de footballeur dans les rangs d’un seul et même club. Les joueurs de l’Athletic ne peuvent pas le recevoir. La description du trophée indique que les joueurs pouvant prétendre à cette distinction sont ceux qui ont montré un certain engagement dans leur équipe, et qui ont logiquement prouvé leur engagement pour l’entité.

L’habitude veut que ce prix soit rendu en mains propres lors d’une mi-temps d’un match à San Mamés, le stade de l’Athletic.

Lors de sa première édition, c’est Matthew Le Tissier qui a eu le plaisir de recevoir ce prix. Milieu de terrain du Southampton FC pendant 16 ans, c’est sans surprise qu’il a reçu ce trophée. En effet, la symbolique semble forte puisque ce sont des supporters de ce même club qui auraient participé à la fondation de l’Athletic en 1898.

Le Tissier tenant le premier One Club Player Award à San Mamés [Crédits : Dailymail]

L’Italien Paolo Maldini (25 ans dans les rangs de l’AC Milan) et le Bavarois Sepp Maier (17 ans au Bayern de Munich) ont respectivement reçu ce trophée en 2016 et 2017. Ce sont donc des joueurs qui ont mis fin à leur carrière à des dates très différentes qui remportent ce prix. L’ancien joueur du Bayern a par exemple raccroché les crampons à la fin des années 1970.

De nombreux joueurs peuvent donc être amenés à recevoir le trophée. Pour l’édition 2018, de nombreux amateurs de football avaient misé sur Francesco Totti (25 saisons à l’AS Roma), qui a pris sa retraite à la fin de la saison dernière. Le suspense a donc duré jusqu’au bout, l’Athletic a annoncé la ‘victoire’ de Carles Puyol le 27 avril dernier. Il devient le premier joueur hispanique a remporté ce prix.

Carles Puyol, un Barcelonais apprécié des Bilbayens

La rivalité entre l’Athletic et le Barça est aussi connue qu’ancienne. Certains joueurs du club catalan ne sont d’ailleurs que très peu appréciés par les supporters du club de Bilbao. En revanche, d’autres sont parfois autant acclamés que les Leones ou presque. C’est justement le cas du natif de La Pobla de Segur (Catalogne), Carles Puyol.

Puyol avec le drapeau basque en 2012 [Crédits : Athletic Club]

Cette histoire d’amour réciproque entre Carles Puyol et l’Athletic (et particulièrement les supporters) semble avoir commencé en 2009, le 13 mai. Dans la soirée, l’Athletic affronte à Mestalla – le stade du Valencia CF – le FC Barcelona dans le cadre de la finale de la Copa del Rey. Malgré une ouverture du score dès la 8e minute, réalisée par Gaizka Toquero, l’Athletic s’incline par quatre buts à un et se voit privé du titre. Ce sont pourtant deux joueurs du Barça qui sont acclamés à la fin du match par les Basques ayant fait le déplacement, Carles Puyol et Xavi Hernández.

Cela peut paraitre surprenant, mais les deux joueurs ont entamé un tour de la pelouse avec deux drapeaux très distincts de ceux du Barça. En effet, c’est en agitant un drapeau rojiblanco que Xavi accompagne Puyol, qui garde un drapeau basque accroché autour de sa taille. Les deux Catalans reçoivent alors une grande et belle ovation de la part des supporters de l’Athletic, qui oublient la défaite le temps d’applaudir ce geste de fair-play.

Et ce n’est pas la dernière fois que Puyol sera ouvertement applaudi par les fans de l’Athletic.

Une action similaire a lieu trois ans plus tard, à la fin d’une nouvelle finale de la Copa perdue par l’Athletic. Le 25 mai 2012, après avoir battu les zori-gorriak par trois buts à zéro, le Barça fête son nouveau sacre en Coupe du Roi. Carles récupère alors un drapeau basque dans les tribunes, avant de rejoindre Xavi, tenant déjà un drapeau catalan dans la main droite.

Puyol avec le drapeau basque en 2009. Xavi tient un drapeau de l’Athletic derrière [Crédits : Marca]

Les deux hommes entament alors un tour de pelouse, suivis par les autres Barcelonais tenant la coupe. Bras en l’air, Puyol tient dans ses mains les deux drapeaux, accompagné de Xavi. Touchés au plus profond, les supporters de l’Athletic ne résistent pas et acclament cette fois encore les deux joueurs.

C’est ainsi que Carles Puyol est devenu l’un des joueurs du Barça les plus appréciés par les supporters de l’Athletic.

L’aventure prenante du drapeau basque de Puyol en 2012

Comme évoqué précédemment, l’Ikuriña (nom du drapeau basque, ndlr) de Carles, affiché avec respect par le défenseur lors de la finale de la Copa 2012, a été récupéré dans le public du Vicente Calderón.

Ce drapeau appartient en réalité à un supporter de l’Athletic, âgé de 8 ans lors du match, à qui Puyol aurait emprunté l’Ikuriña avant de faire son tour de pelouse. C’est le journal Mundo Deportivo qui a raconté l’histoire de ce drapeau, dans son édition du lendemain du match.

Le média rapporte que son propriétaire se nomme Ibai, qu’il a assisté à la finale avec son père et qu’il a pour habitude d’assister aux matchs de l’Athletic accompagné de ce même drapeau basque. Les émotions vécues avec lui sont donc très nombreuses et cet Ikuriña a acquis par la suite une forte valeur sentimentale. La joie de voir le défenseur du Barça agiter son drapeau après le match a vite céder la place à la peur de le perdre. Mundo Deportivo rapporte que le jeune bilbayen était en pleurs et totalement inconsolable quand il a perdu de vue son Ikuriña.

Puyol et Xavi en 2012 [Crédits : Athletic Club]

C’est donc le père d’Ibai qui a pris les choses en main. Lui et son fils sont restés aux environs du stade jusqu’à une heure du matin. Arrivés dans la zone où les bus des deux clubs, protégés par des barrières et des policiers, les deux rojiblancos ont tenté d’attirer l’attention du chauffeur du bus de l’Athletic. Celui-ci, qui parvint à entendre le message du père d’Ibai malgré les cris des supporters environnant, est allé contacter le chauffeur du bus du Barça. Ce dernier expliqua la situation à Carles Puyol, qui avec la permission des deux clubs, pu faire entrer Ibai et son père sur le parking.

C’est alors que le défenseur est apparu, Ikuriña à la main, et s’est dirigé vers le jeune supporter. Très ému, celui-ci a eu le droit à un câlin avec Carles, avant de poser pour de nombreuses photos souvenirs.

Carles Puyol est donc, aujourd’hui encore, un (ex)joueur de football très apprécié en Pays Basque. Il a d’ailleurs eu l’occasion de jouer contre l’Euskal Selekzioa (la Sélection Basque de Football, ndlr) en 2007, avec le maillot de la Sélection Catalane (1-1). Le défenseur aurait d’ailleurs aimé terminer sa carrière à l’Athletic Club, s’il avait été Basque. Cette déclaration n’est pas confirmée, mais venant de Puyol, elle n’est pas impossible.

Puyol et le jeune Ibai [Crédits : Mundo Deportivo]

Il ne faut cependant pas oublier qu’il n’a jamais caché avoir une seconde équipe de cœur, qui n’est pas l’Athletic mais l’AC Milan. Carles avait avoué au Corriere dello Sport avoir été tenté de rejoindre le club italien. Mais s’il l’avait fait, il n’aurait pas pu recevoir le trophée.

Interrogée sur le canal YouTube de l’Athletic, le Catalan n’a pas caché son admiration pour la philosophie du club, son système de recrutement et le fait que l’équipe basque ne soit jamais descendue en deuxième division.

Il devrait recevoir aujourd’hui, lors de la mi-temps du match entre l’Athletic et le Real Bétis, le prix One Club Player Award. Amplement mérité n’est-ce pas ?

Jérémy
@Euskarade

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