Mais qui es-tu le Baskonia-Alavés et que viens-tu faire à Sochaux ?

    Crédits : Metadeporte.com

    C’est un nom qui revient sur toutes les lèvres en France depuis quelques jours. Le Baskonia-Alavés, petite entité basque, va prendre en charge le sportif du légendaire FC Sochaux Montbéliard. Mais qui est ce club ? Quel est son projet et qu’est-ce qui attend le club au lion ? Présentation.

    Dans la petite ville basque de Vitoria (moins de 300 000 habitants) deux clubs de très bon niveau se côtoient. Le Baskonia, club de basket en première division (la Liga Endesa) et le Deportivo Alavés, club de football qui a joué une mythique finale européenne au début du siècle perdue contre Liverpool. Vitoria est souvent nommée dans les villes où il fait le mieux vivre en Espagne et même en Europe. Un écrin qui renferme deux clubs à la gestion parfaite qui commence à s’exporter partout en Europe.

    Querejeta, homme clé du Baskonia et sauveur d’Alavés.

    Josean Querejeta est un ancien joueur de basket qui a toujours baigné dans le monde des affaires. Même si le basket a toujours été populaire en Espagne, il était compliqué d’en vivre dans les années 80. C’est pour cela que Josean en parallèle de sa carrière plutôt remarquable a entrepris des études de managements notamment dans l’hôtellerie. Il a aussi lancé plusieurs magasins de confiserie. En 1988, son talent en dehors des parquets commencent à faire parler et il arrive donc à la tête du Baskonia, petit club basque.

    Sous sa houlette, le club va changer de dimension et commencer à devenir une place forte du basket espagnol. Le Baskonia va remporter son premier trophée en 1995 et se transformer en place forte européenne. Financièrement le club va aussi changer de modèle. Souvent c’est le mécénat qui est le modèle économique phare dans le monde du sport. Un investisseur seul ou une entreprise finance à elle seule le budget d’un club. Pour Querejeta ce modèle est trop dangereux. C’est inconcevable qu’une entité soit dépendante d’un tiers. A son arrivée, le Baskonia a 600 000 euros de budget financé à 60% par la même personne. A l’heure actuelle le budget du club frôle les 20-m d’euros et surtout le sponsor le plus important ne représente plus que 12% du budget. Un changement de vision salutaire pour le club qui lui assure une pérennité claire dans l’avenir.

    “Le secret c’est le travail” le Leitmotiv de Querejeta.

    Après avoir mené le club de basket de sa ville au succès, Querejeta a commencé à vouloir étendre son influence. Et il n’a pas eu à aller très loin. Dans les années 2010, Alavés, le club de foot de Vitoria, est à l’agonie. En Segunda B (la D3 espagnole), le club traîne des dettes immenses à cause d’un actionnaire véreux qui a failli tuer l’entité sportive basque. Malgré un palmarès vierge, Alavés a une cote de sympathie vraiment importante au Pays basque et en Espagne. La société de Querejeta va donc reprendre le club et tenter de le remettre à flot. Le président du Baskonia n’est pas un mécène, il n’investit que très peu dans les clubs pour éliminer les dettes. Ce qu’il veut c’est tout remettre à plat et pousser la société sportive à résorber ses dettes seule. Comme au Baskonia, la reprise d’Alavés est une réussite. Même si ce n’est pas lui qui est en première ligne, la méthode appliquée au basket marche parfaitement dans le club de foot. Moins de 10 ans après la reprise d’Alavés, le club est en Liga, sain financièrement, est pris en exemple par de nombreux observateurs pour son administration parfaite. Mieux : il a même disputé une finale de la Copa del Rey la saison dernière.

    Querejeta bosse main dans la main avec les organisations locales et les pouvoirs publics, sa volonté étant de créer une synergie avec le territoire pour créer des cercles vertueux. Ce n’est pas un administrateur véreux qui pille les caisses des clubs. Au Baskonia, les infrastructures sont à la pointe de la technologie, pareil à Alaves où le stade a été refait à neuf. Il a une vraie vision à long terme et veut que les clubs puissent vivre sans lui.

    Jokic, le futur homme fort de Sochaux.

    En parallèle de ce projet économique, l’entité Baskonia-Alavés est aussi à la pointe de la performance. Le club a développé deux projets, l’un est pour le scoutisme avec Fox in the Box créé en Finlande, l’autre, le Bal Performance System créé avec des spécialistes de Serbie. Le développement de ces deux projets va de pair avec une implantation du groupe basque en dehors de l’Espagne. Avant la prise en main de Sochaux, Baskonia-Alavés a pris le contrôle du JS Hercules en Finlande et du NK Rudes en Croatie. Deux petits clubs où, comme en France, le groupe a pris en main le sportif pour une durée plus au moins longue.

    “En travaillant ensemble, nous avons accès à une énorme quantité de données. Leur analyse peut ouvrir de nouvelles perspectives pour le coaching et le développement des joueurs. Aujourd’hui, la technologie apporte de nouveaux types d’outils pour soutenir le développement optimal des joueurs. Rapidement, Fox in the Box peut offrir des données comparables sur les talents du football finlandais, croate et espagnol” Timo Perälä PDG de Fox in the Box.

    Pour le JS Hercules, c’est clairement pour développer le projet Fox in the Box. Ce logiciel est une énorme base de donnée de scouting. Il emmagasine un nombre incroyable de données sur les joueurs de football et de basket. C’est un projet très important pour le Baskonia qui a pris un rôle majeur dans son développement.

    “L’un de nos plus grands défis est l’internationalisation du Groupe. Cette coopération signée en novembre dernier entre Rudeš et le Deportivo Alavés est une étape stratégique pour les deux équipes dans notre développement professionnel sportif. Rudeš est un club avec 60 ans d’histoire, avec lequel nous partageons des valeurs et nous voyons un grand potentiel de croissance. C’est un grand plaisir de travailler avec Rudes et nous voulons que ce soit la première étape d’une série de succès”. [Communiqué du Deportivo Alaves]

    Le NK Rudes est un peu différent. Le club vient de monter en première division et n’est pas préparé à ce niveau. Le club a encore un fonctionnement amateur et les dirigeants croates ont vu d’un bon oeil de se rapprocher d’experts en la matière pour stabiliser le club sans pour autant le dénaturer totalement. De plus, la Croatie est un formidable terreau d’excellents footballeurs. Alavés met donc un pied dans un bassin propice à la découverte de talents, de quoi tester parfaitement le logiciel Fox in the Box. De plus, Rudes profite régulièrement des installations basques pour les préparations d’intersaison par exemple, notamment l’hiver dernier où le club croate a pu profiter d’un mois au Pays basque pour se préparer à la deuxième partie de saison. Tout ne va pas dans un sens.

    “A l’avenir, nous nous concentrerons de plus en plus sur la croissance des joueurs et le développement mental de tous les acteurs du réseau. Nous voulons accélérer les carrières des jeunes talents du football et du basketball. Nous recueillons déjà une énorme quantité de données de nos joueurs, mais nous avons besoin d’un service qui rassemble tout et donne une image globale de notre situation. Fox in the Box est l’une des meilleures solutions au monde”. Igor Jukic , responsable de la performance chez Baskonia Alavés Group.

    Crédits :www.researchgate.net

    Derrière ça, il y a aussi une autre manière d’approcher la performance assez nouvelle. Le Baskonia a créé le Bal Performance System avec Ivan Jokic, un éminent spécialiste de la médecine sportive et notamment de la kinésithérapie. Il a été pendant longtemps un des doyens de la faculté de Zagreb et il a travaillé avec de nombreux sportifs croates. Avec lui, ils ont mis en oeuvre un projet très ambitieux qui encadre toute la vie du sportif. Sur chaque pôle un expert, que ça soit pour la nutrition, le coaching, le côté psychologique, ou pour le bien-être. Rien n’a été laissé au hasard.

    “BAL Sport Performance System est un système de performance intégrale pour les soins physiques et mentaux de nos athlètes “

    De plus, pour faire progresser le projet et lui permettre de devenir encore plus pointu, les données collectées dans tous les clubs, dont le Baskonia-Alavés, sont mises en commun. Une base de donnée toujours plus complète qui profite à toutes les entités. Alavés était très fort la saison dernière en fin de match et à réussi une excellente deuxième partie de saison pour se maintenir. Même chose pour Rudes, le petit club croate, qui est en train de bien finir sa saison et pourrait se sauver. Le Baskonia est 2e de Liga Endesa. Le JS Hercules est bien ancré en D3 finlandaise. Financièrement, les clubs gérés par le Baskonia vont bien et sportivement aussi. La gestion de l’entité basque est vertueuse. Les deux programmes Fox in the Box et Bal performance system ont vocation à travailler ensemble pour permettre aux clubs qui en profitent pour être plus performants. Il y a énormément de transferts de connaissances entre toutes les entités détenues par la Baskonia,et cela profite à tous.

    La mort du FC Sochaux ? Réellement ?

    Depuis la vente du club par Peugeot au groupe Ledus et Techpro, les Lionceaux ne sont pas au mieux. Englué en L2, le club au 66 saisons en L1 a du mal à se remettre à l’endroit. Les finances du club sont aussi problématiques. De plus, le groupe Ledus a chuté fortement en bourse, ce qui a jeté un voile noir sur l’avenir du club. Pas au mieux financièrement et avec un actionnaire sans connaissance dans le football, le projet a été largement remis en cause.

    “La Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) a mis en garde le club et son actionnaire sur la nécessité que les dépenses de son budget de la saison 2018/2019 soient entièrement couvertes lors de sa prochaine audition en mai, sous peine d’une rétrogradation administrative”.

    Même si l’avenir du club a été assuré au moins pour la saison prochaine, c’est dans cet environnement qu’arrive cet accord avec le Baskonia-Alavés pour Sochaux. Au premier abord, on peut penser que les Basques viennent pour piller le club de son centre de formation reconnu et pour en faire un club satellite d’Alavés. Ça peut être vrai… tout en étant parfaitement faux. Sochaux peut et va y trouver son compte. Comme ils l’ont fait avec le club de Balompié basque, les dirigeants du Baskonia vont réduire les dépenses tout en trouvant de nouvelles pistes pour générer des revenus. Ils vont pousser le club à se réinventer pour lui permettre de survivre. Et comme à Alavés, si le club accepte cette nouvelle philosophie, ça ne peut être qu’intéressant pour l’avenir.

    “Déjà nous ne comblerons pas les dettes. Nous ne sommes pas des investisseurs. Nous nous adapterons au budget du FCSM. L’idée, c’est de générer de nouveaux revenus et de les réinvestir dans le club. Pour ramener le club à l’équilibre financièrement, qu’il ne vive plus au-dessus de ses moyens. La Ligue 1 n’est pas un objectif affiché” Quel discours incroyable d’un pilleur basque non ?! (Propos recueillis par France Bleu)

    Tout d’abord, les dirigeants qui vont être mis en place par Querejeta, avec notamment Jokic ,connaissent le monde du sport. La volonté de ne pas vouloir tout changer sera l’une des clés. Le coach Ziedler ne devrait pas être remplacé et le club devra être restructuré. Ce ne sont pas des investisseurs qui vont solder les dettes et ne rien changer en profondeur. Avec le club d’Alavés, le Baskonia a déjà repris un club en souffrance financière pour en faire un club sain.

    “On nous a demandé de l’aide pour gérer le club. On peut nous prendre pour des fous, ou parce qu’on a ça dans le sang, mais le projet nous intéresse. Il y a tout ici : un centre de formation performant, des structures de qualité. Nous appliquerons les mêmes méthodes que chez nous : faire éclore des joueurs au plus haut niveau grâce à un management qui a fait ses preuves dans nos clubs de basket et de football” Querejeta, président du Baskonia.(Propos recueillis par France Bleu)

    Cette volonté de pousser le club à s’en sortir par lui-même est dans le fond une très bonne chose. Bien sur qu’Alavés se garde le droit de récupérer les meilleurs joueurs du centre de formation et va sûrement envoyer des joueurs en prêt comme avec Rudes. Cependant, si Sochaux perd son statut professionnel et donc l’agrément pour son centre de formation, la finalité serait la même. Le club de Teddy Richert doit réapprendre à travailler, doit se remettre à l’endroit par lui-même. Les Basques vont, en plus d’importer leur science de la gestion économique, aussi amener dans leurs valises le Bal Programm et le Fox in the box. Cette collaboration fait enrager les supporters du club doubiste et, à première vue, c’est normal. Mais les lionceaux vont en profiter, c’est une certitude. Il faut pousser la réflexion plus loin que la réaction épidermique. Il faut aller plus loin que le club satellite ou le club laboratoire. Le foot s’internationalise et voir un club vanté par tous pour son modèle de gestion qui vient pour redresser un club en détresse, ce ne serait pas une bonne chose ? Ou alors les supporters Sochaliens veulent continuer de sombrer avec l’investisseur en place ? Ou couler avec un autre ? Rien n’est simple dans le foot, rien n’est blanc ou noir, il faut toujours aller plus loin, pousser la réflexion qui indique qu’a priori, le Baskonia-Alavés n’est pas la pire des solutions.

    “Certains jeunes d’Alavés pourront venir jouer au FCSM. L’inverse n’est pas à l’ordre du jour, la Liga est un championnat de haut niveau” Querejeta.(Propos recueillis par France Bleu)

    Réduire le projet du Baskonia a vouloir piller ce qui reste du FC Sochaux est au mieux de l’inculture ou, plus grave, de la malhonnêteté intellectuelle. Rien ne dit que cette reprise en main sera une réussite mais l’avenir sans eux sentait déjà très mauvais. L’actionnaire chinois ne laisse en plus la gestion du FCSM que pour seulement 3 ans, contre 10 par exemple pour le NK Rudes. Trois ans c’est court en football, et en même temps on peut faire beaucoup de choses. Et pour la progression du Bal Programm et de Fox in the Box, Sochaux ne doit pas disparaître. Après avoir redressé Alavés, les dirigeants de Baskonia vont encore s’attaquer un projet de taille. Tout ce que touche Querejeta se transforme en or. Une bonne chose pour Sochaux ? L’avenir nous le dira.

    Benjamin Bruchet

    @BenjaminB_13

    Commentaires