Retro / Gabriel Garcia de la Torre, légende du Barça et de l’Ajax

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Gabriel Garcia de la Torre, alias Gabri représente encore la relation forte qui noue le Barça à l’Ajax. Pur produit de la Masia, l’ancien Blaugrana est l’un des seuls joueurs espagnols à avoir imposé sa marque au Pays-Bas, malgré quelques gros pépins physiques. Portrait rétro d’un bourreau inoubliable au destin lié à celui du club hollandais.

Indélébile. Si son nom est pourtant moins connu des jeunes générations, Gabriel Garcia de la Torre a laissé une très belle trace dans les esprits des supporters du Barça et de l’Ajax. Amis, cousins, presque frères, les deux clubs sont liés par des préceptes de jeu légendaires mais également par l’histoire des joueurs et des entraîneurs passés par les deux camps. Du très controversé, « BarçaAjax » à nos jours, les échanges entre eux se sont multipliés dans les deux sens. Parmi eux, il en est un difficile à oublier. Gabri reste l’un des seuls joueurs espagnols à avoir retenu toute l’attention du club néerlandais et de ses acteurs.

Des débuts sous Louis van Gaal et un destin lié à celui des Pays-Bas

Le destin est une chose étrange, entre hasard et histoires incroyables. Celui de Gabri a toujours été lié à celui de l’Ajax. L’histoire du milieu de terrain espagnol avec le club néerlandais a démarré en Catalogne, au sein de la Masia en 1993, l’Espagnol tout droit débarqué à l’époque du Centre d’Esports Sabadell. La venue de van Gaal au poste d’entraîneur en 1997-2000 puis en 2002-2003 n’a pas eu pour seul effet de lancer la carrière de Gabri, mais a eu pour cause de voir l’arrivée massive de joueurs néerlandais, venus comme leur coach, essentiellement de l’Ajax, de Ronald, à Frank de Boer, Kluivert à Litmanen. Plus que jamais en proie aux mirages de l’arrêt Bosman, le club catalan et l’avenir de l’Espagnol sont liés à celui des Hollandais. Si certains y verront une atteinte à l’identité catalane, Gabri a saisi une opportunité divine.

Barcelona players celebrate after Gabri (2nd L) opened the score against Werder Bremen during their Champions League match 22 November 2005. (KEYSTONE/EPA/Carmen Jaspersen)

22 août 1999. Louis van Gaal lance Gabri pour la première fois lors de la seconde période d’un Barça-Saragosse (2-0) pour remplacer Patrick Kluivert. Depuis cette première journée de Liga, le talent de Sallent est devenu un joueur polyvalent, qui s’est adapté aux besoins de l’équipe. Milieu de terrain buteur ou latéral, Gabri  est devenu vite indispensable. Septième joueur le plus utilisé par Rexach depuis sa prise de fonction en tant qu’entraîneur en 2002-03, Gabri continue d’évoluer au contact des Hollandais.

Devenu habitué des compostions du coach batave lors de son retour en tant qu’entraîneur du Barça, les saisons suivantes vont lier à jamais le destin de l’Espagnol à celui de l’Ajax. L’arrivée de Frank Rijkaard en 2003, va amoindrir le rôle de Gabri. L’entraîneur le laisse souvent sur le banc, le jugeant pas assez dans le rythme de la compétition, la faute à plusieurs blessures. 16 rencontres de Liga cette saison là et malgré un seul but marqué dans une rencontre spectaculaire à Anoeta face à la Real Sociedad (3-3), ne lui ont pas permis de terminer avec brio son aventure en Catalogne.

La fin du « Barça-Ajax » et la naissance de la légende du bourreau

« La blessure, comme toutes les blessures, est arrivée au plus mauvais moment ». Lors de ses deux dernières saisons, Gabri a connu le pire. Alors qu’il devient titulaire, à nouveau, cette fois au poste de latéral droit, contre Saragosse au Camp Nou, son avenir bascule. Après avoir tenté de contrôler une longue passe de Deco, il se blesse au genou droit, aux ligaments croisés et le ligament latéral interne est brisé. Son temps de jeu est diminué et le moment est venu pour l’Espagnol de faire ses adieux, malgré une participation active à la conquête du titre de champion d’Europe 2006. « Il est difficile de souligner un moment spécial parmi ces 7 ans. Mais bien que j’ai peu joué, je garde les deux dernières saisons grâce aux personnes que j’ai connu. Je crois que le moment de boucler une étape de ma vie est venu », explique le joueur après une dernière rencontre au Camp Nou, contre l’Espanyol.

Deux Liga, une Supercoupe et un titre de champion d’Europe acquis le 17 mai 2006 à Paris, Gabri s’en va sans trop savoir où il va atterrir ensuite. L’été 2006, Gabri va pourtant bien entamer un nouveau chapitre de sa vie. L’Ajax a réussi à séduire un Catalan. Une décision qui ne relève pourtant pas du hasard. L’une des raisons décisives a été la présence de Henk ten Cate à l’Ajax en tant qu’entraîneur. Henk ten Cate auparavant formateur au … Barça.

Son arrivée fait l’effet d’une bombe. Gabri a laissé une impression indélébile dès sa première saison (2006/2007). Ses rushes et ses travaux de démolition inépuisables sont gravés dans la mémoire de nombreux supporters. L’Ajax a souvent eu des joueurs magnifiques et surtout techniques au fil des ans, mais Gabri a été d’un autre ordre et le bourreau de nombreux adversaires. Le milieu de terrain espagnol a maîtrisé presque toutes les facettes du football moderne. Archétype même du joueur polyvalent, l’Espagnol a été capable de faire des folies en tant qu’attaquant de pointe, tout en étant capable de redescendre vers le bloc défensif. Aligné également comme latéral droit, son physique imposant et son sens du sacrifice en font un grand défenseur de talent.

Idole rattrapée par les blessures

Parmi les supporters, le Catalan a rapidement obtenu le statut d’idole. Son empreinte, Gabri l’a laissé rapidement notamment lors d’un match PSV-Ajax, transcendé par lui et Sneijder déchaînés, l’Ajax vainqueur sur un score sans appel de 1-5. Avec Stam, Huntelaar, Perez, Sneijder, Babel et Stekelenburg, Gabri forment l’élite de l’Ajax de l’époque. Grand buteur, Gabriel a remporté deux Coupes des Pays-Bas. Mais voilà. Malgré une première saison de haut vol, la réalité a rattrapé l’Espagnol malgré lui. Son ménisque de nouveau brisé dès la première rencontre de l’exercice suivant, il ne va disputer que 26 rencontres à son retour, la place prise par Eyong Enoh dans le coeur de Marco van Basten. En raison des nombreuses blessures, la saison 2009/2010 s’annonce comme une bougie de nuit. Gabri n’a pu participer qu’à seulement 15 matchs, beaucoup trop peu pour un joueur avec ses qualités.

Le corps fragile de cette idole espagnole a eu raison de sa carrière. Malgré un passage au Qatar après l’Ajax, et une dernière tentative compliquée en tant que footballeur professionnel en Suisse, aujourd’hui Gabri exerce en tant qu’entraîneur. Malgré une fin un peu morne, son parcours de joueur n’en a pas été moins légendaire, juste assez pour que les supporters hollandais et catalans ne l’oublient jamais.

Soledad Arque-Vazquez

@solearquev

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