Rayo Vallecano : Raul de Tomás une autre victime de la clausula del miedo

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L’avant-centre du Rayo Vallecano Raul de Tomás ne pourra pas affronter le Real Madrid ce dimanche en vertu de la clausula del miedo inscrite dans son contrat. Bien qu’elle soit interdite par la FIFA et l’UEFA, cette formule est toujours utilisée en Liga. Cette clause est devenue une spécialité du Real Madrid qui l’a mise au goût du jour au début des années 2000.

C’est officiel, l’attaquant vedette du Rayo Vallecano Raul de Tomás ne pourra pas être aligné face au Real Madrid ce dimanche à Vallecas. En effet, en raison d’une clause dans son contrat il suivra le match depuis les tribunes. Habituelle dans les contrats des joueurs prêtés par le Real Madrid, la clausula del miedo (clause de la peur) fait encore parler d’elle. Si dans un premier temps le club de Vallecas a essayé de négocier pour pouvoir aligner son buteur, le Real s’est refusé à toute négociation. C’est un sacré coup dur pour le Rayo qui va devoir faire sans son meilleur buteur alors que l’équipe lutte pour le maintien en Liga.

Une sécurité pour les Merengues

La « clause de la peur » est une disposition contractuelle que les clubs de football introduisent généralement dans les contrats de cession des footballeurs pour empêcher les joueurs d’affronter l’équipe qui détient leurs droits. Dans ce cas précis, le Real Madrid, propriétaire des droits de Raúl de Tomás, a cédé le joueur au Rayo Vallecano et, en raison de cette clause, le canterano ne pourra pas affronter les Merengue dimanche. Si l’équipe entraînée par Paco Jemez voulait malgré tout aligner son buteur, elle devrait payer une indemnisation assez conséquente. Si elle n’est pas prohibitive, la somme est tout de même dissuasive et change selon chaque joueur.

Il semble donc logique qu’un club de l’envergure du Rayo ne puisse pas se permettre de débourser une grosse quantité d’argent pour aligner son avant-centre. Ainsi, la Casa Blanca évite la menace principale du Rayo puisque Raúl de Tomás est le pichichi actuel de l’équipe avec 14 buts inscrits. La saison dernière déjà, il avait joué un rôle clé dans la promotion des Franjirrojos en marquant 24 buts.

Le Real champion de la clausula del miedo

En Espagne, ni la Fédération ni La Liga n’interdisent d’introduire la clausula del miedo dans les contrats des footballeurs prêtés ce qui explique que de nombreux clubs l’appliquent depuis plusieurs années. Le Real Madrid est l’équipe qui a le plus utilisé cette formule juridique. On en trouve des exemples avec Callejón, Marco Asensio et Lucas Vázquez à l’Espanyol, Cheryshev lorsqu’il était à Villareal, Marcos Llorente à Alavés, Diego Llorente à Málaga, Borja Mayoral à Levante, Pedro León à Getafe ou Lunin et Oscar Rodriguez à Leganés. Mais les Merengue ne sont pas les seuls à utiliser cette formule. D’autres clubs importants de Liga ont utilisé cette clause pour éviter de se faire piéger par leur ex-joueur. C’est le cas de Valence, Villareal ou l’Atletico Madrid. En revanche le Barca n’a jamais utilisé cette formule.

Crédit: as.com

L’origine de cette clause remonterait aux cessions de Samuel Eto’o, Pedro Munitis et Fernando Morientes alors joueurs du Real qui ont tous été prêté au début des années 2000. Aussi bien Eto’o (Mallorca) que Munitis (Racing Santander) ont régulièrement marqué contre le Real Madrid, jouant souvent un rôle décisif pour que les Merengues perdent des points en Liga. Morientes, de son côté, a été le bourreau du Real en Ligue des Champions en inscrivant deux buts avec Monaco lors des quarts de finale en 2004. Depuis, le Real a changé sa politique de cession et a décidé d’introduire cette clause de la peur dans les contrats des joueurs prêtés.

Une clause interdite par l’UEFA et la FIFA

Bien que cette formule soit appliquée depuis des années en Espagne, celle-ci est formellement interdite par l’UEFA et la FIFA. Le Règlement du Statut et du Transfert des Joueurs de la FIFA établit dans son article 18 bis que « Aucun club ne peut signer de contrat permettant au(x) club(s) adverse(s), et vice versa, ou à des tiers d’acquérir dans le cadre de travail ou de transferts la capacité d’influer sur l’indépendance ou la politique du club ou encore sur les performances de ses équipes ». Cet article a été rajouté au règlement de la FIFA en 2014 avec la circulaire no1464 de la FIFA pour renforcer la non-influence entre clubs. Au niveau de l’UEFA, un doute s’est fait ressentir en 2014 lorsque se sont affronté Chelsea et l’Atletico de Madrid en Ligue des Champions. À l’époque Thibaut Courtois jouait chez les Madrilènes prêté par Chelsea.

Crédit: Eurosport

Devant le doute de si Courtois pouvait jouer ou non face à Chelsea, l’UEFA a publié un communiqué officiel qui indiquait qu’il n’y aurait pas de clause de la peur dans les compétitions européennes. « Le Règlement disciplinaire de l’UEFA Champions League et de l’UEFA contient des dispositions claires qui interdisent strictement tout club d’exercer ou tenter d’exercer une influence quelconque sur les joueurs qu’un autre club pourrait aligner ou ne pas aligner sur le terrain dans un match. Par conséquent, toute disposition d’un contrat privé entre les clubs qui pourrait fonctionner de manière à influencer quel joueur est aligné par un club dans un match est nul et non exécutoire aux yeux de l’UEFA ».

Le portier belge pu donc jouer la rencontre. C’est également pour cette raison que James Rodriguez a pu jouer contre le Real Madrid l’année dernière en demi-finale de la Ligue des Champions alors qu’il était prêté au Bayern.

Cette clause est-elle éthique ?

Si la clause est interdite par l’UEFA et la FIFA comment se fait-il qu’elle s’applique encore en Espagne ? La réponse est toute simple : aussi bien la fédération espagnole que le CSD (Conseil supérieur du sport) n’ont pas encore stipulé le changement de règlement qui est encore en vigueur dans les compétitions en Espagne. Ainsi les clubs espagnols peuvent encore insérer cette formule dans les contrats de leurs joueurs. Actuellement il y a une vingtaine de joueurs prêtés dans les équipes de première division.

Parmi ceux-là, une douzaine sont sous le coup de cette fameuse clause, signe qu’elle a tout de même ses adeptes. Mais des voix se font entendre pour dénoncer cette pratique qui est jugée non-éthique, qui fausse la concurrence et porte atteinte à la liberté du travailleur. De l’autre côté du curseur se situent ceux qui pensent qu’il serait stupide de payer un footballeur pour ensuite le céder et qu’il aille contre les intérêts de son employeur.

Si l’on reprend le cas Raul de Tomás, ce sera une absence très importante pour le Rayo qui pourrait bien leur coûter la relégation. Les Madrilènes ne pourront donc pas lutter à « armes égales » contre le Real qui lui aura son effectif au complet ce qui biaise la rencontre. Admettons maintenant que les Merengues soient toujours dans la course au titre et qu’ils perdent le match et le titre dimanche sur un but de De Tomas. La majorité des Madrilènes seraient mécontents et se demanderaient pourquoi il n’y avait pas une telle clause pour l’avant-centre. Chacun voit donc midi à sa porte.

Des sanctions possibles ? 

Si la fédération espagnole et le Conseil Supérieur du Sport n’ont pas encore statué, il existe tout de même des solutions. En cas de dénonciation, la FIFA pourrait agir et sanctionner le Real Madrid bien qu’il s’agisse d’une compétition nationale, étant donné que le Real joue aussi sur la scène internationale. Elle pourrait également punir la fédération espagnole. Cependant, les clubs ne dénoncent pas ces pratiques par peur de représailles. Parce qu’autrement ils n’obtiendraient plus de transferts de la part des gros clubs. Valladolid par exemple, qui lutte pour le maintien en Liga a dans son effectif quatre joueurs prêtés. S’ils venaient à dénoncer les équipes qui leur cèdent des joueurs bien évidemment que celles-ci ne leur prêteraient plus de footballeurs dans le futur. Pour ces clubs plus modestes, ces prêts sont essentiels à leur développement et leur avenir. De plus, les joueurs ne vont pas incriminer ces équipes d’eux-mêmes puisqu’ils doivent ensuite retourner dans le club qu’ils viennent de dénoncer.

Si l’abolition de la clausula del miedo n’est pour l’instant pas à l’ordre du jour, les questions éthiques à son encontre font débats. À moins d’un durcissement de la position de la FIFA et de l’UEFA auprès de la Fédération Espagnole et du CSD, cette formule à encore de beaux jours devant elle. Une chose est sûre, dimanche soir Raul de Tomás va beaucoup manquer au Rayo.

Miguel Hernandez

@Mig19Hernandez

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