Tactique / Real Madrid 1-4 Ajax : Comment les Merengues sont tombés de leur trône, terrassés par des Hollandais volants

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Le Roi est nu ! Le Real Madrid sort d’une semaine décisive totalement lessivé. Alors qu’ils pouvaient s’offrir une finale de Copa del Rey, un rapproché en Liga et un ticket pour les 1/4 finale de Ligue des Champions, les Vikingos ont tout perdu. Début mars, leur saison est terminée, totalement. Face à l’Ajax, ce sont tous les maux merengues qui ont été exposés en Mondovision. Sans réponse, Santiago Solari a assisté à l’implosion de la Casa Blanca qu’il avait presque redressé. Retour sur une humiliation qui va laisser des traces et profondément marquer la suite du règne sans partage de Florentino Pérez.

Il y a des soirs où on se dit que rien ne va dans le bon sens. C’est un sentiment qui a dû parcourir le cerveau de Santiago Solari qui a assisté à un match fou mardi soir. Sans réponse, sans réussite et sans possibilité d’inverser le cours des choses, l’Argentin, qui avait bien saisi sa chance, voit son travail réduit à néant. Le football va vite, beaucoup trop. Il y a encore 3 semaines, un tel bilan semblait totalement improbable. Le Real Madrid était en position avantageuse en Copa del Rey après avoir accroché le match nul au Camp Nou en 1/2 finale aller (1-1). Composter son billet pour les 1/4 de la Ligue des Champions après avoir gagné à l’aller sur la pelouse de l’Ajax ? Comme si c’était fait, même sans son capitaine Sergio Ramos.  Même la Liga paraissait accessible après une victoire probante sur l’Atlético de Madrid, dans l’antre de l’eterno rival. Mardi soir, au coup de sifflet final, les Vikingos ont perdu la dernière bataille qui pouvait sauver leur saison. Pire : ils ont été humiliés par une bande de gamins talentueux venue à Santiago-Bernabéu sans complexe et sans rien à perdre. L’Ajax a dominé de la tête et des épaules une équipe orgueilleuse qui n’a pas vraiment voulu voir le mur se rapprocher à grande vitesse. Retour sur un match enthousiasmant qui a sonné le glas de plus de 1000 jours d’hégémonie européenne.

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Un Real Madrid sans défense

Dans le jeu, Solari a fait le pari, sûrement par pêché d’orgueil, de ne rien mettre en place pour contrecarrer le plan de l’Ajax. Pire encore, il a laissé Mariano Díaz et Isco Alarcón en tribune, des armes offensives qui n’auraient pas été inutiles, en termes de créativité et de finition. Comme à l’aller, la Maison Blanche est assaillie de toutes parts par des Ajacides toujours aussi magnifiques et prêts à tomber avec leurs idées. Dans la profondeur, l’absence de Ramos saute aux yeux et la doublette Raphaël Varane-Nacho Fernández ne voit pas le jour. Le Real Madrid subit et sans son capitaine, l’édifice se fissure rapidement. Le premier but intervient sur une perte de balle de Toni Kroos. On imagine la tête de Bernd Schuster… Très vite, Hakim Ziyech est servi et Thibaut Courtois se contente de regarder le ballon filer au fond. On disputer seulement la 7e minute. Le préambule d’une soirée cauchemardesque pour le Real Madrid.

Pourtant, tout avait presque bien commencé pour les Madridistas qui avaintt touché la barre dès le début du match par l’intermédiaire de Varane. Un coup du sort qui n’a pas caché la fébrilité du Real Madrid. Alors que la Casa Blanca avait conquis ses 3 titres de champion en étant souverain mentalement, cette version 2018-2019 contrôle plus rien et cède dans les pires moments. Voir Karim Benzema demander le soutien du Bernabéu alors qu’on ne joue que la 3e minute et que son équipe est théoriquement qualifiée renforce ce sentiment. Fébriles, les Merengues sont tombés à pieds joints dans le piège de l’Ajax, en étant incapable d’avoir le vice nécessaire pour calmer la joyeuse bande de Frenkie de Jong.

Très vite, l’Ajax a déroulé, imposé son rythme, pris de vitesse son adversaire, à l’image d’un Casemiro auteur de son pire match sous le maillot merengue. Les Néerlandais ont été systématiquement dangereux quand ils ont franchi la ligne médiane. Même Dani Carvajal, d’ordinaire une valeur sûre, se fait souiller par Neres, Casemiro et Varane ne contrôle plus rien. La jeunesse ajacide les triples champions d’Europe les yeux dans les yeux. De Jong matérialise cette maturité. Dès qu’il le peut, le futur Blaugrana dribble Luka Modric avec la facilité d’un ancien. Les hommes d’Erik ten Hag n’ont peur de rien. Et vient l’heure du chef d’oeuvre ! A la 18e minute, Dusan Tadic humilie le milieu madridiste avec une roulette zidanesque. Après avoir réalisé une ablation des reins de Casemiro, le Serbe sert Neres qui élimine Courtois avant de pousser le ballon dans le but vide. A ce moment-là, le Real Madrid est éliminé mais il lui reste presque 75 minutes pour renverser la vapeur, à l’expérience.

Les larmes de Vinicius Jr, dernier clou du cercueil merengue

Le champion est touché mais il a déjà prouvé qu’il avait de la ressource, même dans les cordes. L’espoir demeure. Modric est un des rares à essayer de tirer son équipe de l’eau mais rien ne va l’équipe cède à la facilité : allonger et s’en remettre à Vinicius Jr. Incapables de construire malgré une qualité technique indéniable, les Vikingos ne trouvent pas les solutions. En même temps, ils ne les cherchent pas… Mais le Real Madrid reste le Real Madrid et sur des demi-occasions, il parvient à faire frissonner le stade. Mais les bruits de respiration coupée s’achèvent tous dans une expiration déçue et contrariée. Décidément, rien ne va et l’odeur de fin de règne imprègne le stade, la pelouse, les maillots blancs. La cuisse de Lucas Vázquez lâche et l’ailier sort. C’est le moment pour Gareth Bale de se racheter une conduite mais le Gallois essaye à peine, si loin de cette chilena incroyable en finale contre Liverpool. Il reste encore Vinicius qui est bien mieux serré qu’à l’aller mais qui reste intéressant dès qu’il a de l’espace sur le côté gauche. Après une occasion qu’il a préféré terminer en solo au lieu de servir son capitaine du soir Benzema, le Brésilien se tient la cheville. Il hurle de douleur : lui aussi doit laisser sa place, la mort dans l’âme, les larmes perlant ses joues. À la 35e minute, les Vikingos sont décimés et la stratégie est inexistante.

Crédits : David Ramos/Getty Images

Rien ne va pour Solari. L’Argentin qui avait fait trois choix forts : installer Vinicius Jr et Sergio Reguilón et faire confiance à Vázquez dans les partidazos. Désormais, ses deux offensifs sont à l’infirmerie et il reste une heure de jeu pour sauver l’essentiel. Sur le banc, les cartouches manquent. Bale puis Marco Asensio sont entrés mais les espoirs d’un remontada s’envolent inexorablement. Le mental du Real Madrid est touché. La plus belle preuve de ce manque de répondant ? Il n’a fallu que deux minutes à l’Ajax, par l’intermédiaire de Lasse Schöne, pour répondre à la réduction de l’écart d’Asensio. Sa plus grande arme lors des dernières saisons s’est volatilisée et les lacunes tactiques sautent aux yeux plus que jamais. La Maison Blanche a souvent survécu grâce à ses stars et ce mardi soir, elles n’étaient tout simplement pas au niveau.

Un Ajax insubmersible

Malgré deux buts de retard à la pause, la possibilité de voir le Real Madrid revenir sur une frappe de loin, un coup de pied arrêté ou un coup du sort reste entière. Au retour des vestiaires, la Casa Blanca a tenté d’entretenir l’espoir en tenant le ballon et en essayant de se créer des occasions mais rien ne fonctionne. De plus, quand le décalage est créé, Andre Onana veille au grain. À la 62e minute, Tadic exécute la sentence : la lucarne de Courtois est soigneusement nettoyée. L’action synthétise la faillite collective merengue. Reguilón déborde mais il est impeccablement taclé par Noussair Mazraoui qui sauve la touche. Le contre s’amorce, s’oriente côté gauche avant de finir plein axe dans la surface dans les pieds du Serbe qui prend de vitesse une défense statique et attentiste. La VAR ne peut déterminer si le ballon était sorti au départ de l’action : le Real Madrid n’a plus d’allié, même de circonstance. 3-0 : le parcage ajacide est aux anges, le public du Bernabéu gronde.

30 minutes pour 4 buts : les Vikingos doivent se mettre en mode guerilla. Or, Solari n’a plus de solution offensive à dégainer. Pour l’instant, il fait le choix de ne rien faire et après une jolie action, Asensio réduit la écart. 20 minutes pour 3 buts. Et si le Real Madrid réussissait l’exploit ? Pour une fois, l’équipe a réussi à poser le jeu et Reguilón a fait le geste juste. C’est la seulement fois où la défense ajacide emmenée par un Matthijs de Ligt, impressionnant de calme et de lucidité à seulement 19 ans, est prise au dépourvu. La roue viendrait-elle de tourner ? L’espoir renaît dans les travées du Bernabéu. Mais l’afición n’a même pas le temps d’y croire. D’un maître coup franc, Schöne trouve la lucarne opposée d’un Courtois trop avancé qui pâtit de la différence de leadership avec Keylor Navas, plus critiqué et moins hype que le Belge, mais taulier de la Maison Blanche quand le jeu devenait dur en Ligue des Champions. C’est la douche froide, le calice jusqu’à la lie. Cette fois, c’est certain : l’intelligence et le culot de l’Ajax seront au rendez-vous des 1/4 de finale. Le bateau vikingo sombre définitivement. Trop peu habitué aux soirs de défaite, le public merengue siffle à tout rompre dans un excès d’Alzheimer.

Et maintenant ?

Après ce but, la seule préoccupation du Real Madrid est de ne pas encaisser une manita. Le couperet passe proche. Soucieux d’utiliser ses trois changements, Solari prend un risque inouï en réalisant un poste pour poste : Fede Valverde à la place de Casemiro. Un autre résumé de ce match, marqué par une faillite totale de toutes les composantes de l’équipe. En une semaine, la Casa Blanca a reçu trois matchs dans son antre avec des résultats catastrophiques : 3 défaites, 1 but inscrit et 8 encaissés. Lors de ce 1/8 de finale retour, le Real Madrid a pris une leçon de football, dans le jeu mais aussi au niveau du mental et de l’abnégation. Pas parce que l’Ajax était meilleur techniquement de manière intrinsèque mais tout simplement parce que les Néerlandais avaient un schéma et un effectif qui concordaient avec ce plan de jeu. Exactement tout ce qui manque au Real Madrid cette saison, que ce soit avec Solari ou avec Lopetegui.

Crédits : Eurosport

Le retour sur terre ressemble à une chute libre pour le Real Madrid qui voit son idylle avec la Ligue des Champions prendre fin violemment. Tout est remis en question et à raison. Qui sera encore là la saison prochaine ? Quel entraîneur sera assez fou pour s’installer sur le banc ? Les questions sont multiples et les réponses floues. La seule certitude ? Les Merengues n’ont plus rien à jouer hormis sécuriser sa place en Champion’s pour la saison prochaine. Santiago Solari est de retour au point de départ et son bail devrait s’achever au mieux dans quelques semaines. Les questions suite au départ de Zinedine Zidane demeurent. S’étaient-elles vraiment évaporées malgré les succès ? Est-ce le retour des saisons ternes ? Florentino Pérez sans opposant, le Real Madrid se contentera-t-il se faire brûler le chéquier ? Au vu de la démonstration de l’Ajax, on se dit que le mal est bien plus profond qu’une simple déroute.

Benjamin Bruchet

@BenjaminB_13

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