Real Madrid – Barça : Zamora, la légende du premier clásico en finale de Copa del Rey

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Photo: Albero y Segovia – Semanario As

La lutte pour la finale de Copa et la Liga fait rage entre le Real et le Barça. Les catalans se déplacent mercredi soir au Bernabéu pour la demi-finale retour de Copa del Rey. L’aube d’une semaine 100% clásico qui sera capitale à Madrid. Après un match nul logique au Camp Nou (1-1), les catalans et madrilènes devront cette fois obligatoirement se départager. L’acte 2 d’une pièce se déroulant en 3 actes, en seulement un mois. Pour l’occasion, Furia Liga décide de faire un flashback. Valencia, 21 juin 1936, le Barça et Madrid s’affrontent pour la première fois en finale de Copa. Casquette en toile et pull en laine, dans les cages madrilènes se trouve El Divino alias Ricardo Zamora. L’un des deux rivaux espagnols va mordre la poussière… nous vous racontons.

En l’honneur de cette demi-finale retour de Copa del Rey, entre le Real Madrid et le Barça, nous avons décidé de faire un retour dans le passé. Replongeons moins d’un mois avant le début de la guerre civile espagnole.

Le 1er clásico en finale de Copa

Nous sommes le dimanche 21 juin 1936, dans le stade Mestalla, à Valencia. Les deux équipes rivales se rencontrent en finale de Coupe, alors appelé Copa del Presidente de la República. C’est la première fois que les catalans et madrilènes s’affrontent en finale. Pour y arriver, le Madrid FC avait sévèrement corrigé Hércules en demi, 8-2 (7-0 à domicile, 1-2 à l’extérieur). De son côté, le Barça rêvait d’une finale depuis son échec en 1932 contre l’Athletic Bilbao (1-0). Pour se faire, les catalans ont battu par deux fois Osasuna (2-4 à l’extérieur, 7-1 à domicile).

Le stade qui avait alors 19 000 places, affichait plus que complet, puisqu’on comptait atour de 22 000 spectateurs. Une forte demande qui fit le bonheur des revendeurs, puisque des places valant 6 pesetas au guichet furent revendues jusqu’à 50 pesetas. Un premier clásico en finale pas comme les autres, qui reste aujourd’hui encore gravé dans les annales. La raison, un homme, ou plutôt une divinité du football, Ricardo Zamora. Si dans le jeu, selon les écrits de l’époque, le match n’a rien d’extraordinaire, c’est du côté du gardien espagnol que la légende se forge.

Une finale sous tension jusqu’à la dernière minute

C’est dans une ambiance plus que tendue que Mestella reçoit le Madrid FC et le FC Barcelone. Rapidement, la casa blanca mène 2-0 grâce aux buts d’Eugenio Hilario (6e) et Simón Lecue (12e). Soutenus par le public, les catalans remontent au score un quart d’heure avant la mi-temps, avec un but de Josep Escolà.

Alors que le tableau d’affichage ne bouge plus depuis la 29e, le Barça tente un dernier assaut en fin de rencontre. Imparable pour le commun des mortels, Madrid, réduit à 10, tient encore le coup avec son duo en défense Ciriaco-Quincoces et son gardien légendaire. Mais Vantolrá lance alors un centre précis devant les buts de Zamora, seul face à Escolá et Raich. Raich ne réussit pas à frapper, c’est donc le buteur catalan Escolá qui se charge de tirer. Une frappe chirurgicale, que seul l’instinct de Zamora a pu arrêter.

« Sans un millimètre de retard. Parfaitement, le ballon et mes mains coïncident. Crispant mes doigts qui agrippaient le cuir. Le mien, le mien, le mien. Rien que le mien. la possession absolue de ce qui m’appartient, que personne ne peut me prendre : le ballon. » Zamora, dans ses mémoires recueillies par ABC en 1988.

Le gardien espagnol, si près de l’attaquant catalan, ne pouvait déterminer la trajectoire du ballon et s’est jeté intuitivement du bon côté. Le temps s’arrête, le sol sec de Mestella dégage un nuage de poussière. Alors que le silence règne, Zamora se relève avec le ballon, sous la stupeur du public. Il l’a arrêté ! Le Real Madrid remporte la 7ème Copa de son histoire. Le gardien espagnol reçoit le trophée des mains du ministre de l’Agriculture de la IIe République, Mariano Ruiz-Funes. C’est sa deuxième Copa avec Madrid -après 1934- et la première de l’histoire des clásico.

Le dernier grand arrêt de l’immortel Divino

20 années de football, de Ricardo Zamora et de légendes, résumés en un seul et unique arrêt qui offre le titre à Madrid. Qualifiée d’inexplicable par ABC, cette parade mémorable est la dernière sous les couleurs madrilènes de Zamora. Le 29 juin, la nouvelle est officielle : El Divino raccroche les crampons. « ¡Ricardo Zamora se va del fútbol! » titrait AS. Une nouvelle retentissante, qui aurait été celle de l’année si quelques jours plus tard la guerre civile espagnole n’avait pas éclaté. L’espagnol, d’une famille non-catalane, né à Barcelone, formé à l’Espanyol, ayant joué pour le Barça et le Real, emblème de la sélection, met fin à une carrière extraordinaire. Ou presque, puisque c’est officiellement en France, à l’OGC Nice, qu’il arrêtera définitivement le football. Il faudrait écrire un livre pour résumer sa carrière ou l’homme au fort caractère qu’il était, mais avant ce clásico, il est agréable de se souvenir de cette finale de juin 1936.

La plus grande injustice est l’absence de vidéo de cet arrêt inoubliable. La télévision et les caméras n’existant pas à l’époque, il ne reste aujourd’hui qu’une photo symbolique, d’une action immortelle. Première idole et éternelle icône du football espagnol, Ricardo le barcelonais offre aux madrilènes leur première victoire en clásico de Copa. Comme un symbole. 83 ans plus tard, la parada de Zamora reste encore dans les mémoires. Laissant alors l’imagination de chacun s’égarer et rêver, d’une divinité, se jetant dans un nuage de poussière pour continuer d’écrire sa légende. L’impossible devient alors possible, laissant sans voix un stade tout entier. Une dernière parade sur le sol espagnol, pour partir comme un champion et le rester pour l’éternité.

Chloé Girardin

@ChloeWest_

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