Tactique / Atlético 2-0 Juventus : comment le Cholo Simeone a donné une masterclass à Allegri

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La leçon du Cholo : c’est ainsi que l’on pourrait résumer le triomphe de l’Atlético face à une Juventus désemparée en 1/8 de finale aller de la Ligue des Champions. Dans sa composition de départ, dans son organisation tactique du milieu de terrain ainsi que dans ses changements, Diego Simeone a imposé sa volonté à un Max Allegri littéralement absent.

Les titularisations de Saúl Ñíguez, Thomas Partey, Rodri et Koke Resurrección était attendue. Cependant, les interrogations quant à leur faculté à tenir contre les rois d’Italie pullulaient. Déjà, quelle est la viabilité d’un milieu composé de 4 intérieurs ? Ça sentait le blindage, le 0-0 des familles, un hold up dans le meilleur des cas. Or, Diego Simeone est à l’Atlético ce qu’El Profesor est à la Casa de Papel. El Cholo a minutieusement préparé son coup pour faire mentir les dernières impressions laissées en Liga. La Juventus s’attendait à un début de match rythmé, un orage de 15-20 minutes avec un public bruyant. Orage il y eut. Mais il a duré 95 minutes. La raison est simple : le Quadripivote a été phénoménal.

L’étouffant « Quadripivote » de l’Atletico

Deux joueurs sont à principalement à mettre en relief : Rodri et  Koke. Laissé sur le banc par Simeone en raison de douleurs musculaires contre le Real Madrid, Rodri n’avait disputé qu’une partie de la seconde période, mais les Vikings avaient déjà gagné la bataille. Koke, blessé, n’avait pas participé à l’eterno derbi. On a vu la différence avec mercredi soir. Estampillé successeur de Sergio Busquets, Rodri a été impérial, surtout en 2e mi-temps. Il a su se mettre au niveau de l’adversaire et de l’enjeu. Ce n’est pas une surprise mais bien une confirmation : jamais joueur ne s’était intégré aussi vite dans le Cholismo, un gage de qualité tactique. Quant à Koke, son heure passée sur la pelouse du Wanda Metropolitano a frôlé la perfection, notamment dans le repli défensif, presseur tous terrains, positionné ailier gauche pour polluer la relance Bianconera, se replaçant ensuite dans l’axe pour fermer les angles de passes et les espaces. Le Quadripivote était hier un quatuor à cordes à linge.

Le pari gagnant de l’Atletico : Diego Costa

À une heure du coup d’envoi, la feuille de match comporte une surprise de taille : Diego Costa est dans le XI. Revenu de blessure, l’attaquant n’a disputé qu’une partie du match de Liga contre le Rayo Vallecano quelques jours plus tôt. On pensait le voir en 2e période mais le Cholo le propulse matraqueur en chef d’entrée. Avec les 4 intérieurs du milieu, on se demandait bien ce à quoi pourrait ressembler l’animation offensive des Indios, avec le seul Antoine Griezmann en joueur créatif. La Bestia n’avait pas une heure d’essence dans le réservoir mais il a été un dragster. Certes ce n’est pas très esthétique mais quel protagonismo ! Dans les airs, il a dominé. Et il fallait voir les clients en face : Leonardo Bonucci et Giorgio Chiellini, excusez du peu ! Sur le plancher des vaches, il a parfaitement combiné avec Grizou. Un duo intelligent et rusé qui a perdu la Juventus, déjà submergée au milieu. Certes, Costa a vendangé une énorme occasion à 0-0 avant de sortir mais son travail de sape a profité à l’Atlético dans la dernière demi-heure. Son remplaçant Álvaro Morata a converti ce travail d’usure mais la VAR et une interprétation litigieuse d’un but validé a priori en ont décidé autrement.

La vieille garde plus forte que la Juventus

La titularisation de Juanfran avait beau avoir fuité dans la presse espagnole, la présence du latéral droit restait une surprise. C’était une vraie option tactique du Cholo qui a privilégié l’expérience et les facultés défensives de l’Espagnol aux débordements de Santiago Arias, meilleur quand il a un véritable ailier devant lui. A l’image de Juanfran, c’est toute la vieille garde colchonera qui a sorti un partidazo, le meilleur match de l’Atlético depuis très longtemps. Filipe Luís n’a plus ses cannes d’antan mais il a beaucoup apporté, surtout en 1re période. C’est aussi lui qui délivre la passe décisive sur le but annulé de Morata. Et que dire de Jan Oblak et Diego Godín ? Le gardien a sorti deux frappes surpuissantes qui, avec un portero moins chevronné, aurait fini au fond. Quant à l’Uruguayen, il a été tout simplement fantastique, emmenant dans son sillage son compatriote Joséma Giménez. Même sans but, ils sortaient du lot. Alors en délivrant tout un peuple, cela donne un match quasi-parfait pour la paire de centraux. Enfin, Antoine Griezmann a une nouvelle fois délivrée une masterclass d’intelligence footballistique. Il a même fini le match ailier droit pour harceler le latéral gauche juventino. Plus que jamais, le Français représente la quintessence du Cholismo.

Un coaching actif et risqué de l’Atletico qui a laissé Allegri sans réaction

À la 65e minute, Simeone opère son 3e et dernier changement du match. Diego Costa, Koke Resurrección et Thomas Partey sont sortis, Álvaro Morata, Thomas Lemar et Angelito Correa sont entrés en jeu. Le Cholo a contraint Allegri à coacher en décalé et à s’adapter au 2e match que lui a proposé l’Argentin. Plus mobile, Morata avait pour mission de jouer entre les lignes et le cas échéant de chercher la profondeur. Ce rôle de super sub qu’il a bien connu à la Juve et au Real Madrid a failli se convertir au tableau d’affichage. Il manque encore de repères et d’automatismes avec Griezmann mais son registre plus fin que Diego Costa a changé la couleur du match.

Lemar et Correa, joueurs de couloir, ont amené à la fois de la vitesse pour porter le danger dans le camp adverse mais aussi une nouvelle intensité de pressing. A aucun moment, dans les deux séquences imposées par Simeone et dont la césure se situe à l’heure de jeu, le milieu de la Juventus n’a été en mesure de respirer, d’aérer son jeu et de se connecter avec ses éléments offensifs déjà bien verrouillés par l’arrière-garde. La colère de Ronaldo sur le terrain n’est pas venue que des insultes du Wanda Metropolitano, elle a été provoquée par la grande maîtrise tactique de l’Atlético. Le Portugais a trop d’expérience pour ne pas s’être rendu compte qu’Allegri prenait une leçon et il l’a exprimé à sa façon pendant et après le match. Avec un 2-0 à remonter, son rêve de remporter une 6e Ligue des Champions avec un 3e club s’écrit en pointillé, la faute à un Diego Simeone plus Cholista que jamais.

François Miguel Boudet

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