Atlético – Barça (2-0) : ¡Furia Liga! était à Madrid pour la 1/2 finale de la Copa de la Reina

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Crédits : abc.es

C’était une finale avant la lettre. Leader de la Liga Iberdrola, l’Atlético recevait le Barça lors de la 1/2 finale de la Copa de la Reina. Au centre d’entraînement colchonero, les Indias ont fait un grand pas vers le doublé en éliminant les doubles tenantes du titre (2-0). De l’intensité, de l’ambiance, du soleil : récit d’une belle matinée de football.

Majadahonda est une cité-dortoir améliorée à 30 minutes en voiture au nord-ouest de Madrid. En termes de niveau de vie, on se situe un bon cran au-dessus de Leganés ou Getafe dans la banlieue sud de la capitale.  Les pinèdes et le golf tout proche ne nous y trompes pas d’ailleurs, même si la gare pourrait être un décor de série Z. Pour une ville d’un peu plus de 70.000 habitants, l’offre sportive est de qualité. Le patineur artistique Javier Fernández, double champion du monde et septuple champion d’Europe, a fait ses classes à la patinoire, l’équipe de foot US contribue largement à la constitution de la sélection espagnole et on trouve même une équipe de rugby. En ce qui concerne le football, Majadahonda propose une sorte de grand écart avec, d’un côté, le Rayo, promu cette saison en Segunda et où évolue un certain Enzo Zidane; de l’autre, l’Atlético de Madrid qui y a installé ses quartiers. La Ciudad Deportiva Wanda abrite les entraînements de l’équipe du Cholo Simeone mais aussi les catégories jeunes et l’Atlético femenino, double champion d’Espagne en titre.

Rendez-vous manqué par les instances

Les beaux jours reviennent à Madrid et ses alentours. Il est à peine 9h30 et le soleil est déjà en grande forme. Ah oui, petite précision : dans les méandres de la réflexion des instances espagnoles, il a été décidé que la 1/2 finale de la Copa de la Reina se disputerait à 11h avec, en frontal pour la 2e période, Real Madrid-Girona en Liga. Après les récents succès du football féminin en termes d’affluence au Pays basque (48.000 spectateurs pour le 1/4 de finale Athletic-Atlético, 22.000 pour l’Euskal Derbia), il n’a pas été jugé bon d’organiser ce partidazo au Wanda Metropolitano à une heure décente, alors même que l’autre 1/2 entre la Real Sociedad et Séville se dispute à Anoeta dans l’après-midi. Pas d’écrin pour les Colchoneras et les Blaugranas : ce sera donc le petit terrain de Cerro del Espino et ses 3 tribunes miniatures. Les billets sont partis en quelques heures, les accréditations aussi. Mais ¡Furia Liga! a de la ressource et peut surtout compter sur Aurélie Kaci, milieu de terrain de l’Atleti, pour nous offrir un précieux sésame. Elle n’a pas fait les choses à moitié : mieux placé, c’est directement sur la pelouse avec les crampons !

All-in pour le Barça

Plus d’une heure avant le match, les supporters affluent. Toutes les générations sont représentées, des retraités aux parents qui amènent leurs enfants, la plupart vêtus de rojiblanco. Évidemment, le lien à l’institution colchonera est un bon moteur pour garnir les tribunes. De nombreux joueurs ont été aperçus : Sául Ñíguez, Koke Resurrección, Filipe Luis, Thomas Partey, Josema Giménez, Thomas Lemar, Ángel Correa, Santiago Arias. Certains ont sûrement dû venir pour des soins après la victoire contre le Rayo Vallecano la veille mais il n’est pas rare de les voir pour les gros matches de l’équipe féminine. Mais ce n’est pas uniquement cela qui a motivé les supporters à venir en nombre. Ce n’est pas feint : ils connaissent les joueuses. Il flotte comme un air de football à l’ancienne, celui du dimanche matin où on hésite encore entre reprendre un café ou commander une bière. La différence, c’est qu’on est loin d’un match de District : c’est un authentique choc.

Largué au classement avec 6 unités de retard, le Barça a dit adieu au titre, son objectif majeur de la saison et qui a coûté sa place au coach Fran Sánchez il y a quelques semaines, quand les Blaugranas n’avaient encore que 3 points de débours par rapport à leurs rivales. La défaite à domicile contre le Sporting de Huelva mercredi dernier a sonné le glas des espoirs des joueuses de Lluís Cortés. Doubles tenantes du titre en Copa de la Reina, elles se doivent de laver l’affront. Pour l’Atlético, l’occasion est trop belle d’enfin réaliser le doublé, après avoir manqué le coche en 2018 en finale contre ce même Barça. Particularité de cette temporada : la Copa de la Reina met aux prises les 16 équipes de Liga Iberdrola et non plus les 8 premières en fin de saison avec le champion qui affronte le 8e et ainsi de suite. La nouvelle formule propose un tirage intégral et partie unique.

Le 4-3-3 étouffant des Indias et le pied gauche de Jenni Hermoso

Bonne nouvelle pour le clan tricolore : 3 Françaises démarrent le match. Côté Atlético : Aissatou Tounkara est titularisée en défense et Aurélie Kaci au milieu ; côté Barça, Kheira Hamraoui démarre dans l’entrejeu. La pelouse n’est pas au niveau de la rencontre. Et dommage pour les manieurs de poncifs, le match est engagé et rythmé. Il y a des approximations, des transitions qui demanderaient plus de justesse mais l’enjeu est d’importance et la tension se fait ressentir. Sur le terrain, il y a ce qui se fait de mieux en Espagne : Lola Gallardo, Amanda Sampedro, Ángela Sosa, Silvia Meseguer, Jenni Hermoso pour les Indias ; Sandra Paños, Mapi León, Leila Ouahabi, Alexia Putellas, Aitana Bonmatí, Vicky Losada, Marta Torrejón pour les Blaugranas. Ce n’est pas pour rien si le sélectionneur Jorge Vilda a fait le déplacement.

Sur la composition proposée par le compte Twitter de l’Atlético, José Luis Sánchez Vera proposerait un 3-4-3. Il s’agit en fait d’un 4-3-3 avec Aurélie Kaci et Silvia Meseguer en milieux tout terrain, principalement placées pour évoluer intérieures. La capitaine Amanda Sampedro attaque sur le côté mais défend intérieur. En attaque, Ludmila da Silva cherche la profondeur et Jenni Hermoso évolue dans un style proche d’Antoine Griezmann, avec une technique pied gauche impressionnante et de nombreux décrochages. Voir jouer l’actuelle Pichichi de la Liga Iberdrola est un bonheur pour les yeux, au point qu’on en oublierait presque son occasion gâchée en 2e période quand le score était encore de 1-0.

Le festival Ludmila da Silva

L’Atlético attaque pied au plancher avec une ouverture exter pied gauche de Jenni Hermoso pour Ludmila da Silva mais Sandra Paños détourne du pied. Le Barça a des arguments, réplique mais chaque tentative est captée par une Lola Gallardo impeccable avec ses mains mais plus hésitante dans ses relances au pied. Privées de Patri Guijarro, blessée, les Blaugranas manque un peu de créativité et le 4-3-3 de José Luis Sánchez Vera fonctionne très bien, contraignant les Catalanes à tenter de loin. Mariona doit décrocher pour toucher le ballon, Kheira Hamraoui (quel style balle au pied !) et Vicky Losada veulent verticaliser mais, à l’image de Lieke Martens, les attaquantes culés n’arrivent pas s’extraire du marquage.

Cerro del Espino se rend bien compte que les Colchoneras sont proches de faire la différence. Les « Ahora ahora ahora Atleti ahora » descendent des travées. Et sur une faute anodine reçue par Amanda Sampedro, c’est Ludmila da Silva qui, opportuniste, ouvre le score de la tête juste avant la pause. Premier coup de massue pour le Barça. En 2e période, les espaces s’ouvrent davantage, Aurélie Kaci se démultiplie. Lola Gallardo sort le paradón du match. Lluís Cortés décide à l’heure de jeu de faire entrer la bomba arrivée cet hiver : Asisat Oshoala. Déjà auteure de 3 buts en 2 matches de Liga, la Nigériane n’a pas le temps de se mettre en jambe. Ludmila da Silva devance Mapi León, réussit son crochet extérieur avant de glisser le ballon dans le petit filet opposé.

L’Atlético en route pour le doublé

Le Barça aura beau pousser, toucher le poteau, rien n’y fera : l’Atlético se qualifie pour la finale de la Copa de la Reina. « Orgullosos de nuestras jugadoras » entonnent les spectateurs pendant que les joueuses récupèrent la banderole « Coraje y corazón » pour effectuer leur tour d’honneur.  Les Indias sont sur la voie royale pour réaliser le doublé tandis que les Blaugranas miseront tout sur la Ligue des Champions où elles ont de sérieux espoirs de finale. Pendant plus d’une heure, l’afición colchonera attend ses héroïnes qui se plient de bonne grâce au jeu des photos et des autographes. Et on aperçoit, ébahi, que c’est la défenseure italienne Elena Linari qui ramène une bonne partie de ses coéquipières au volant d’un J9 ! Quelques heures plus tard, ce sont les txuri-urdinak de la Real Sociedad qui ont rejoint l’Atlético en finale. ¡Nos vemos en Granada! 

François Miguel Boudet

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