Ligue des Champions – PSG/ De Valence à Paris en passant par le Bayern : Juan Bernat, à la croisée des chemins

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Arrivé sur la pointe des pieds au PSG, l’international espagnol Juan Bernat s’est fait une place de choix chez le champion de France en titre, au point que sa titularisation face à Manchester United ne fait plus l’ombre d’un doute. Courageux pour les uns, lacunaire pour les autres, le petit gaucher divise encore l’opinion. Avant l’affrontement tant attendu ce soir à Old Trafford (21h), portrait d’un joueur au tournant de sa carrière.

« Quand nous avons rencontré Séville en Ligue des champions (l’an dernier en quarts de finale, ndlr), nous avons failli être éliminés et Bernat en était le seul responsable. Ce jour-là, nous avons décidé de le vendre. Notre bonheur ou notre malheur ne dépend pas de Juan Bernat. Nous avons toujours une équipe de 16 à 17 joueurs de classe mondiale. » Pour sûr, le latéral d’1 mètre 70 n’est pas regretté en Bavière. Plus encore, les déclarations lunaires du président Uli Hoeness (spécialiste des tacles appuyés) incarnent le scepticisme ambiant ayant entouré son passage de l’autre côté du Rhin. À l’inverse des présentations strass et paillettes de l’ère QSI, lui doit se contenter d’un bref message du speaker, entremêlé à l’annonce d’Eric Choupo-Moting. Aucune attente envers le joueur donc pas de show, le trait est à peine forcé.

Des hauts et des bas…

C’est vite oublier l’éclosion tonitruante du natif de Cullera. Passé par toutes les équipes jeunes de Valence, cet ailier de formation est l’archétype du latéral moderne que Mestalla sait si bien faire mûrir (Jordi Alba avant lui, aujourd’hui José Gaya et Toni Lato). À l’été 2013, le nouvel entraîneur Miroslav Djukic décide de le reculer d’un cran, avec succès. Son coffre physique lui permet de dévorer son couloir et d’y effectuer quelques raids solitaires impressionnants. Un maillot trop large, un air de chien battu, le numéro 14 ne paie pas de mine. Il est pourtant désigné comme un phénomène et connaît logiquement ses premières apparitions avec la Roja (7 au total).

Une époque économiquement délicate pour le club ché, contraint de vendre ses meilleurs talents aux géants européens. Direction Manchester City pour David Silva, Chelsea pour Juan Mata, Barcelone pour Jordi Alba, et le Bayern donc pour Bernat. Moyennant un chèque de 10 millions d’euros, l’affaire semble magistrale : « Juan Bernat est un jeune joueur extraordinaire, que nous avons observé depuis longtemps. Il est rapide et il est fort dans les duels » analysait non sans satisfaction le directeur sportif Matthias Sammer.

Crédits : AM 1070 The Answer

Priorité de son nouveau coach Pep Guardiola (qui l’apprécie beaucoup), il est immédiatement incorporé dans le onze, soit en tant que milieu gauche, soit en replaçant subtilement David Alaba au cœur d’une défense à trois. Mais une succession de problèmes musculaires le freine brutalement : 42 absences en quatre ans pour cause de blessures. Avec le départ du maître à penser catalan et la succession de trois entraîneurs (Ancelotti, Heynckes et Kovac), Bernat passe au deuxième puis troisième rang de la hiérarchie. Tout en conservant un temps de jeu honorable (28 apparitions par saison en moyenne), il se limite aux affiches de seconde facture.

Un retour inespéré au premier plan.

Comme quoi, il faut peut-être attendre qu’un joueur dispute au moins une minute avant de le ranger dans la case flop. Car nombre de supporteurs et observateurs de la Ligue 1, qui auraient voulu voir des Neymar et Mbappé débarquer à chaque mercato, raillent les dirigeants parisiens dès l’annonce du transfert. Étranglés par le fair-play financier, ceux-ci auraient opté pour le bas de gamme, le par défaut, le banal. La petite sphère du foot français est quasi-unanime pour en faire une tête de turc potentielle.

Certes, Bernat n’est ni Filipe Luis, ni Alex Sandro, deux priorités de recrutement d’Antero Henrique. Largement perfectible, l’homme qui valait 15 millions gagne tout de même sa place, faute de concurrence dans un premier temps. Dans le schéma à trois défenseurs intronisé par Thomas Tuchel, il s’épanouit ensuite et fait taire les sceptiques. Comme si ce système lui avait été taillé sur mesure : « Le 3-5-2 est probablement le schéma idoine pour Juan. Au club, nous l’avons plus utilisé dans un 4-4-2 ou 4-3-3, mais pour des questions de positionnement collectif. Si le couloir est entièrement libre, Juan va avoir une autoroute sur son côté, et pour le connaître, je sens qu’il va adorer ce système » confirme son premier formateur Sergi Ventosa. Ultra-offensif, il contrebalance avec son homologue à droite Thilo Kehrer, plus enclin à défendre. Dribbleur, centreur, il se sert de sa formation d’ailier pour apporter le surnombre. En plus d’une balance économique positive (Yuri Berchiche avait été vendu 24 millions d’euros à Bilbao), la plus-value sportive semble réelle.

Crédits : Le10Sport

Introverti, discret, le petit Juan est depuis ses débuts un joueur exemplaire. Et dans une équipe où la combativité a tant fait défaut, l’arrivée d’un guerrier donnant corps et âme sur le pré a assurément fait du bien, contribuant à tirer tout le monde vers le haut dans ce registre. Avec, de surcroît, une faculté à se montrer décisif dans les grands rendez-vous. Car si Paris joue sa saison ce soir à Old Trafford, il le doit en partie à son latéral, auteur de deux buts décisifs à Naples puis face à Liverpool. Ce dernier est d’ailleurs à l’image de son tempérament. Un peu brouillon, il provoque les contres grâce à sa ténacité pour aller battre Alisson du pied droit. À l’arrivée, Paris s’en sort premier de sa poule.

Pas encore une valeur sûre.

Malgré tout, les inquiétudes du début de saison le concernant n’ont pas disparu, loin de là. Face à Naples par exemple, il illustre avec brio l’un de ses plus grands défauts : son retard sur le porteur. Il laisse ainsi cinq mètres d’espace à José Callejon sur l’ouverture du score, libre de tout mouvement pour se retourner et servir Dries Mertens. En Ligue des Champions, ce genre d’errance ne pardonne pas. Souvent alpagué par Thiago Silva, Bernat doit encore progresser pour conserver sa place à plus long terme.

Encore face à l’Olympique Lyonnais en championnat, 33% des attaques sont passées par son couloir. En difficulté plusieurs fois face à Bertrand Traoré, il peine à se positionner, se retrouvant régulièrement en porte-à-faux dans son dos. Gare aux fautes également, à l’image du match face à Guingamp en Coupe de la Ligue (1-2), où il concède un penalty certes discutable, mais surtout évitable alors que Paris avait le match en main.

Quoiqu’il en soit, Kurzawa à court de rythme et N’Soki trop tendre, un boulevard s’offre à lui pour prouver qu’il est bien capable de rivaliser face à des attaquants de prestige. Son entraîneur lui a d’ailleurs envoyé un message fort ce samedi, en le préservant avec les cadres face à Bordeaux. Tout sourire en tribune, l’Espagnol est pourtant sous pression. À 25 ans, il est grand temps pour lui de faire décoller sa carrière s’il veut reporter un jour le maillot de la sélection. Et montrer à Uli Hoeness, qu’il peut peut aussi faire partie des joueurs de classe mondiale …

Corentin Rolland

@Corentin_Rllnd

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