Liga / Derbi de Madrid – Santiago Solari à l’Atlético, entre relégation et déboires financiers : quand l’Indiecito n’était pas encore chez les Galactiques du Real Madrid

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Au début du XXIe siècle, le football européen était à des années-lumière de ce qu’on connait aujourd’hui. Le football était plus ouvert, l’écart entre les ogres et les autres étaient aussi plus réduit. En janvier 1999, Santiago Solari pose pour la première fois ses valises à Madrid, à l’Atlético. Auréolé d’une réputation élogieuse en Argentine, l’Indiecito va pourtant vivre des moments compliqués avec les Rojiblancos avant de signer pour le Real Madrid et voir sa carrière totalement chamboulée. Retour sur cette période particulière, pour l’Argentin mais aussi pour l’Atleti. 

Santiago Solari était un élégant, un milieu de terrain avec une crinière magnifique qui jouait toujours la tête levée. Il fait partie de la caste des gauchers, un groupe de footballeurs avec un rapport particulier avec le balompié. Capable de tout changer par une passe ou un râteau, Solari a eu une carrière remarquable et a évolué dans des clubs magnifiques. Avant de voir son nom accolé à celui des Galactique du Real Madrid, l’Indiecito était membre d’une équipe formidable à River Plate mais aussi de celle de l’Atlético relégué en 2000. Solari a eu 3 entraîneurs chez les Colchoneros et des performances en dents de scie, entre Arrigo Sacchi, Claudio Ranieri et Radomic Antic. Flashback.

Une formation familiale et un envol rapide sous les couleurs de River 

Solari est né dans une famille de footballeurs et son éclosion semblait inéluctable. Son oncle était un joueur argentin connu : Jorge Indio Solari. Il est aussi le cousin de Fernando Redondo. Son père, entraîneur, lui a donné le goût le football très tôt. L’insécurité du métier de Míster de son père lui a fait découvrir énormément de cultures et de pays. Après des débuts au Newell’s Old Boys aux alentours de 8 ans, il a beaucoup bougé au gré des contrats de son paternel. Solari a ensuite posé ses valises dans le petit club de Cesarini à 16 ans avant de finir à River Plate pour exploser comme on l’attendait, à partir de 1996.

Chez le monstre argentin, Solari joue avec des géants qui font une moisson de trophées. Alors qu’il n’a même pas 20 ans, il soulève déjà la Copa Libertadores, en 1996. Pas le plus en vue, il reste quand même dans les petits papiers de Ramón Díez, son coach chez les Millonarios. Un ancien préparateur de River se souvient des débuts de l’actuel entraîneur du Real Madrid : « Santiago est arrivé à 20 ans, mais sa maturité était inadéquate pour son âge. Il avait toujours le sourire aux lèvres et prenait son temps pour dialoguer avec tout le monde. Il était très poli et un footballeur exceptionnel ».

Crédits : La Nacion

Les grands joueurs qui composent ce River flamboyant font frémir n’importe quel fan de football : Ariel Ortega, Hernán Crespo, Marcelo Gallardo, Enzo Francesoli. El Principe qui s’approche de la fin de sa carrière est l’idole de Solari depuis qu’il a commencé à taper dans un ballon. Jouer avec son modèle est une chance et le gaucher à la crinière soyeuse restera marqué par cet effectif incroyable. L’Argentin est un garçon bien élevé et très taiseux. Pour son premier Superclasico, il se heurte à la dureté du football. Sur le banc au début du match, son entraîneur lui demande de partir s’échauffer et reçoit de nombreuses insultes qui descendent des tribunes accompagnés de liquides en tous genres. Une expérience qui le marque à vie. Début 1999, après avoir soulevé 3 championnats et une Supercoupe d’Amérique du Sud en plus de la Copa Libertadores, l’Indicieto s’envole pour l’Atlético, un grand d’Espagne qui a réalisé le doublé en 1996.

La découverte de Madrid dans un Atleti qui plonge dans les abysses

« Je ne connais pas Solari, je ne peux donc rien en dire. Je l’ai vu dans certaines vidéos que le club m’a données, mais vous ne pouvez pas juger un footballeur pour une vidéo. Il y a des joueurs comme Mena ou Valerón qui travaillent depuis des mois et qui sont devant lui ». C’est par ces mots, relativement durs, qu’Arrigo Sacchi, le génial technicien italien, accueille l’étoile montante Santiago Solari à l’Atleti. A cette période, les Colchoneros vivent sur la gloire de leur doublé en 1996 mais le quotidien est de plus en plus grignoté par les problèmes extra-sportifs de Jesus Gil, le puissant président du club. Les Indios déçoivent malgré un effectif cohérent. Malgré sa déclaration acerbe à son arrivée, Sacchi se prend d’affection pour Solari et le fait jouer régulièrement malgré un physique pas vraiment préparé à l’Europe, comme l’explique un préparateur de l’époque Vincenzo Pincolini : « Quand Solari est arrivé, il n’avait pas la force de tenir« . En mars tout bascule : quelques mois après la signature de l’Argentin, Sacchi est licencié et Antic, l’homme du doublé de 1996, est rappelé pour finir la saison.

Sous les ordres du technicien serbe, Solari ne joue presque plus. Pire : il est même pris en grippe régulièrement par l’excentrique Antic qui se moque de sa coupe de cheveux de hippie. Lors de la finale de Copa de 1999 perdu sèchement par l’Atleti contre le Valencia CF, Solari n’est pas dans le XI de départ. A la fin de la saison, Antic n’est pas prolongé. Claudio Ranieri, le coach du VCF, est nommé et doit remettre dans le droit chemin un club qui dérive et se reproche de la zone rouge si rien n’est fait. Avec ce nouveau coach italien, la situation de Solari s’améliore grandement. En Liga, il dispute 34 matchs. Le gaucher régale et se met à aimer Madrid. El Indiecito va au musée, profite de la richesse culturelle d’une capitale qui a beaucoup à offrir. Cependant, le quotidien du championnat est très sombre pour lui et les Rojiblancos.

En mars 2000, alors que l’Atleti ne perd plus de derbi face au Real Madrid, Ranieri est licencié par le juge qui s’occupe des affaires courantes de l’Atleti. Son président, Jesus Gil, est incarcéré, accusé de fraudes et détournement de fonds. Dans le jeu, les Colchoneros sont dans une spirale terrible et le risque  de relégation en Segunda est réel. Jimmy Floyd Hasselbaink, buteur providentiel de l’époque, qui a raté un penalty qui aurait pu sauver les Indios à deux journées de la fin du championnat est revenu plusieurs fois sur cette saison si particulière pour lui et ses partenaires : « la saison était déjà foutue avant que je ne rate ce penalty ». Cette saison est un calvaire pour tout le monde et le couperet tombe : après 61 saisons consécutives en Primera, l’Atlético jouera en Segunda la saison suivante, tout couvert de honte. Devenu un fervent supporter du Real Madrid par la suite, Santi Solari garde un souvenir respectueux de son passage avec les Rojiblancos :

« J’aime beaucoup l’Atlético car c’est le club qui m’a permis de m’exprimer dans le football européen. Sans ce passage là-bas, je n’aurais jamais joué au Real Madrid ou à l’Inter »

Santiago Solari, le dernier transfert direct Atlético-Real Madrid avant Theo Hernández 

De nombreux joueurs sont passés par les deux rivaux durant les dernières décennies. Rien que cet hiver, Álvaro Morata, qui a été pré-formé à l’Atleti et qui a explosé au Real Madrid, est revenu en Liga sous les couleurs rojiblancas. Cependant, les transferts directs entre les deux entités sont bien moins nombreux. Le dernier en date est le latéral français Théo Hernández en 2018. Et encore, la pilule a été plus simple à avaler car le Français n’est pas passé directement de l’un à l’autre mais a évolué à Alavés en prêt entretemps. Avant lui ? Solari en 2000.

Actuellement, un taulier de l’Atlético a été formé chez les Merengues avant de s’envoler vers d’autres cieux et de devenir une idole colchonera en plus d’être l’un des plus fervents représentants du Cholismo. Ce joueur n’est autre que Juanfran, connu pour être un latéral besogneux qui permet au système qui a fait revivre l’Atleti de se matérialiser sur le terrain. Avant de porter avec fierté ces couleurs, Juanfran était un joueur et un fan du Real Madrid. En 2004, lors de la seule saison avec l’équipe fanion du latéral avec les Vikingos, il côtoie même Solari. A l’époque il déclarait : « Depuis que je suis enfant, je suis Madridista. C’était un beau rêve de faire mes débuts au Bernabéu et ce que je veux maintenant, c’est de me battre pour jouer tous les dimanches dans la meilleure équipe du monde, le Real Madrid ».

Pour la 23e journée de Liga, Solari et Juanfran se retrouvent. Ils auront certainement énormément de choses à se raconter après le coup de sifflet final, notamment sur les aléas d’une carrière de footballeur qui mènent parfois à devenir une référence d’un club qu’on avait jadis honni. Après tout, c’est aussi ça l’histoire de l’eterno derbi de Madrid et ce qui le rend si typique. Rien ne se passe jamais vraiment comme prévu.

Benjamin Bruchet 

@BenjaminB_13

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