Liga – Derbi de Madrid – Thibaut Courtois, comme son nom ne l’indique pas toujours

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Le grand jour est arrivé pour Thibaut Courtois : il retrouve son ancienne afición au Wanda Metropolitano. S’il n’a connu que le Vicente-Calderón, le Belge connaît le public rojiblanco et sait qu’il recevra une bronca mémorable à son entrée sur le terrain. Révélé chez les Colchoneros, le meilleur gardien du Mondial 2018 revient dans la peau d’un traître qui a rallié le Real Madrid. Les hostilités sont déjà lancées depuis quelques semaines.

L’Atlético de Madrid n’a pas vraiment à se plaindre question gardien de but. Jan Oblak est sans nul doute ce qui se fait de mieux en Liga et au monde. S’il n’était pas Slovène, à l’instar de son compatriote Samir Handanovic à l’Inter, il serait tout en haut de la hiérarchie car plus médiatisé. Avant lui, les cages rojiblancas ont été tenues en ordre par Thibaut Courtois et son quasi double mètre (il mesure 1.99m). Passé professionnel au KRC Genk, il y dispute deux saisons avant de signer à Chelsea, en 2011. Le club londonien dispose de Petr Cech, une référence. Alors pour s’aguerrir, Courtois est immédiatement expédié en Espagne, à l’Atlético de Madrid. Le Belge n’a que 19 ans mais Diego Simeone l’intronise dans le XI dès le mois d’août 2011. Ironie de l’histoire, sa première erreur chez les Colchoneros est un carton rouge reçu lors d’un eterno derbi… En fin de saison, il garde sa cage inviolée en finale de la Ligue Europa remportée à Bucarest contre l’Athletic de Marcelo Bielsa (3-0). De cette équipe, il ne reste à l’Atlético que Diego Godín, Juanfran, Filipe Luis et Koke Resurrección.

2012, 20 ans et déjà au firmament

Pour bien mesurer l’ampleur du sentiment de trahison qui anime l’afición colchonera, il faut comprendre ce qu’a pu représenter Thibaut Courtois lors des premières années du Cholismo. De nouveau prêté par Chelsea, le Belge devient le meilleur gardien de Liga. Avec une moyenne de 0.52 but encaissé par match, il détient la meilleure moyenne des championnats majeurs. La défense érigée en art par Simeone est magnifiée par un géant ultra doué. Jusqu’en 2014, il empile les trophées personnels (Trofeo Zamora à deux reprises, XI de l’UEFA 2013-2014 devant Manuel Neuer) mais aussi collectifs (SuperCoupe d’Europe remportée face à… Chelsea, Copa del Rey, Liga). En finale de la Copa, devant un Santiago-Bernabéu médusé, il s’interpose face à Mesut Özil en prolongation et l’Atlético bat le rival éternel dans son antre.

Courtois et El Eterno Derbi : une page du XXIe siècle

Thibaut Courtois entre de plain pied dans la légende de l’Atlético de Madrid. Et même s’il est battu à la dernière seconde de la finale de la Ligue des Champions contre le Real Madrid par le coup de tête de Sergio Ramos, le Belge a sa place aux côtés des Marcel Domingo, Abel Resino, Miguel Reina et José Molina. A seulement 23 ans, il est déjà un monument. Malheureusement pour l’Atlético, le gardien appartient toujours à Chelsea qui le rapatrie pour succéder à Petr Cech, toujours au club mais petit à petit mis sur la touche. Mûr pour endosser la succession du Tchèque, Courtois dispute 4 années de haut niveau, à nouveau parsemées de trophées (2 Premier League et 1 FA Cup).

A l’image des Blues, sa saison 2015-2016 est la moins bonne, notamment car il est blessé 3 mois. Mais depuis deux ans, le Belge est revenu à son meilleur niveau, au point d’être considéré comme le numéro 1 à son poste. Après 4 saisons à Stamford Bridge, l’heure du départ a sonné et Madrid est toujours quelque part dans sa tête, notamment car ses deux enfants sont à moitié espagnols. Jamais sa cote n’a été aussi haute. Évidemment, Florentino Pérez entre dans le jeu et, guère fan de Keylor Navas pourtant unanimement aimé et respecté par le vestiaire merengue, il arrache la signature du Belge qui, passé colchonero ou pas, n’attendait que ça.

Pour le gardien c’est un avènement, pour les Colchoneros c’est une trahison modèle géant. La rivalité entre les deux clubs se renforce encore davantage et, pour couronner le tout, Thibaut Courtois n’est pas avare en déclarations, on en avait déjà eu un petit aperçu après la 1/2 finale de la Coupe du Monde contre la France. Pour chauffer l’ambiance et alimenter les gazettes c’est ce qu’on appelle un bon client. Mais en ce qui concerne El eterno derbi, il n’a pas été le déclencheur de la polémique. En effet, lors d’une conférence de presse d’avant-match de Copa del Rey contre Sant Andreu, Diego Simeone pimente le rendez-vous avec les journalistes et envoie les watts pour défendre ses joueurs, Antoine Griezmann et Jan Oblak en tête. Remonté, il déplore le manque de considération de l’Atlético, notamment par rapport au Real Madrid qui s’enorgueillit depuis la veille de disposer d’un nouveau Ballon d’Or en la personne de Luka Modric, alors que les journalistes de championnats majeurs, hormis la France, a placé Grizou numéro 1 de 2018. Au passage, il met un tacle à l’ancienne les deux pieds décollés à son ancien protégé. On a vu des propositions d’octogone sans règle pour moins que ça…

« Courtois est parti au Real Madrid et a gagné le droit d’être le meilleur gardien du monde. Quand il était avec nous, Keylor Navas l’a battu alors qu’il venait de Levante » Diego Simeone, persifleur, 4 décembre 2018

Avec Thibaut Courtois, le Cholo trouve à qui parler. Et le Belge n’y est pas allé de main morte pour défendre son nouveau club et ses coéquipiers. Et tout en rappelant son passé chez les Indios, le gardien envoie une pique bien aiguisée qui a lancé les hostilités deux mois avant le derbi.

« J’ai été là-bas 3 ans et quand tu te bats toujours contre le Real Madrid, qui est la meilleure équipe du monde, tu dis des choses pour générer du populisme pour ton afición. Dans mon cas, il a dit que j’avais gagné le trophée de meilleur gardien parce que je jouais au Real Madrid. Or, pendant le Mondial, j’étais un joueur de Chelsea. Et les votes pour The Best se sont arrêtés en juillet et je n’étais pas encore au Real Madrid. Je ne crois pas que ce soit juste qu’il me déprécie ».

Quand Álvaro Morata est officiellement revenu à l’Atlético de Madrid, le Frente Atleti a été très virulent à l’égard du buteur qui a pourtant été formé chez les Colchoneros. Cela donne une certaine idée de ce qui attend Thibaut Courtois. Traité de rat en août dernier après avoir vu sa plaque commémorative au Wanda Metropolitano vandalisée (notons que les matières utilisées ont été un peu plus « nobles » que pour celle de Hugo Sánchez), l’idée de lui balancer des peluches de ratón à 1€ de chez Ikea a germé durant l’été. Qu’en sera-t-il samedi après-midi, lorsque le Belge entrera pour l’échauffement ? Joueur de caractère qui ne laisse pas indifférent, le gardien sera l’une des attractions de cet eterno derbi. Et après avoir écoeuré le Santiago-Bernabéu lors de son époque colchonera, rendra-t-il la pareille dans le sens inverse ? Ce 9 février 2019 a tout pour être une date charnière dans la carrière de Courtois et on a déjà hâte d’écouter les déclarations d’après-match !

François Miguel Boudet
@fmboudet

 

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