Real Madrid : Et Vinicius Jr ne fit (presque) plus rire personne

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Real Madrid's Vinicius Junior bows to the crowd as he celebrates scoring his side's1st goal during a Spanish La Liga soccer match between Real Madrid and Valladolid at the Santiago Bernabeu stadium in Madrid, Spain, Saturday, Nov. 3, 2018. (AP Photo/Paul White)

Vinicius Jr n’a même pas encore bouclé une saison entière sous le maillot blanc du Real et pourtant son histoire est déjà intéressante. Arrivé avec l’étiquette de crack mais cantonné un moment au Castilla, le Brésilien a su saisir chacune des minutes qui lui ont été accordées pour mettre tout le monde d’accord sur un point : c’est un crack. Retour sur les derniers mois de Vinicius, ou comment le jeune ailier est passé de promesse pour l’avenir à force vive pour le présent du Real Madrid de Solari

Grand sourire barré d’un appareil dentaire, Vinicius était arrivé sur le pointe des pieds cet été, il peut à présent apprécier son mois de janvier. Alors qu’on ne le pensait pas prêt à avoir de la continuité avec l’équipe fanion du Real, le Brésilien était titulaire lors des huit derniers matchs des Vikingos. Lors de cinq d’entre eux, l’ailier a disputé l’intégralité des minutes. Un temps de jeu à l’exact opposé des débuts, mais qui montre surtout la faculté de l’offensif à s’adapter à son nouvel environnement.

Un style déjà vital pour le jeu des Vikingos ?

Les traits sont volontairement forcés mais le Real de Solari n’est pas révolutionnaire sur un plan tactique. Dans la droite lignée de ce que fait le Real depuis la fin de la période dorée de la Quinta Del Buitre, la Maison Blanche vit et survit grâce au niveau de ses stars et non grâce à un jeu élaboré. Dans ce Real morne de l’automne, où Benzema et Modric sont en dedans et les blessés nombreux la création offensive de Real s’approche du néant. C’est à ce moment-là que le style de Vinicius Jr est apparu. Volontaire, ambitieux et sûr de son jeu, le Brésilien a montré à chaque entrée le type de joueur qu’il est. Un ailier auto-suffisant, qui sait créer des décalages par le dribble mais aussi construire en s’appuyant sur ses coéquipiers, et surtout, voracement attiré par le but.

« Vinicius Jr est Ousmane Dembélé pas terminé. C’est un pur-sang impétueux, toujours indompté. Il est toujours pressé. Cela est visible dans ses choix. Mais nous parlons d’un joueur de 18 ans qui est titulaire au Real Madrid et qui agite les matchs avec son jeu optimiste. Vinicius est la preuve ultime que les grands joueurs sont addictifs » Jorge Valdano .

En 30 minutes face au Victoria Plzen en LDC, Vinicius distille une passe et met le foutoir dans la défense tchèque. Dans le naufrage face au CSKA, toujours en coupe d’Europe, le brésilien va se montrer et réussir une dizaine de dribbles sur les 90 minutes où il sera sur le terrain. Durant cette fin d’année 2018, l’apothéose arrivera avec ce un but et une passe face à Melilla en Copa. Quelle que soit la compétition ou le niveau de l’adversaire, Vinicius montre qu’il est concerné et déterminant.

« Il progresse. Le talent, il l’a toujours eu. Mais réussir à se développer de cette manière, à Bernabeu aux côtés d’aussi grands joueurs, dans ce stade et avec une telle confiance… cela témoigne de sa confiance et de sa fraîcheur. Il transmet de la joie. Mais j’insiste, il n’a que 18 ans. Le football c’est briller et rester au meilleur niveau. La chose la plus importante c’est de confirmer. Nous sommes très contents de Vinicius et des ses prestations actuelles » Santiago Solari sur Vinicius après son match face à Leganes par AS.

Jamais titulaire hormis en Copa, Vinicius va débuter son premier match de Liga avec le Real face à la Real Sociedad début 2019. Malgré une nouvelle défaite merengue, Vinicius va continuer de montrer, coup de reins après coup de reins, qu’il a le niveau pour prétendre à plus qu’au Castilla ou au banc. Son traitement médiatique évolue fort logiquement. Alors que Rivaldo se plaignait de le voire cantonné à l’équipe B du Real, et Valdano assurait que le Brésilien devait apprendre de son passage en Segunda B, tout s’emballe début 2019. Diego Torres, journaliste à El País qui parle ballon comme peu de monde en Espagne le qualifie de « remède à la dépression ». Valdano en rajoute : « c’est un Dembélé pas encore terminé » et surtout « capable de donner de la joie au public« . Sur le terrain, Vinicius ne va plus quitter le onze de départ, permettant la naissance d’une association plus qu’intéressante avec Benzema en pointe.

L’apothéose face au Betis et de nouvelles attentes

Ce duo va atteindre son paroxysme sur le terrain du Villamarín face au Betis. Solari doit faire face à une pléiade d’absents et va concocter un 532 comme l’avait déjà fait Zidane notamment face à Séville. Un schéma peu mis en place au Real, qui avait toutefois conduit Del Bosque à remporter la huitième LDC du club en 2000. Dans ce match face au Betis, Vinicius va être associé à KB sur le devant de l’attaque. Dans le jeu, le porteur du numéro 28 va proposer l’une des meilleures versions de lui-même durant 45 minutes. Tonique, inspiré avec le ballon et montrant une facette très intéressante de son jeu :  encore une fois il prouve ne pas être « un tout droit » mais un joueur capable aussi de faire le bon choix au bon moment.

En deuxième période, la sortie de Benzema va rendre aphone le Real et Vinicius n’aura que des miettes à disputer. Par la suite, le brésilien retrouvera son aile dans le 433 classique des Blancos. Dans ce nouveau système et avec le retour en très bonne forme de Modric et Benzema, Vinicius n’a plus sur ses épaules la responsabilité de la création offensive des siens. De plus, il est attendu et bien plus ceinturé. Ses adversaires directs le prennent en étaux dès le contrôle du ballon, l’une de ses grandes lacunes. Vinicius ne dispose pas d’une première touche de grande qualité pour l’instant. Quand la pression est trop grande sur lui, souvent il fait un mauvais choix. Quand Reguilón ou Marcelo débordent, au lieu de rentrer dans le cœur du jeu pour ouvrir l’aile, il repique sur son latéral et surcharge alors le côté. Mais encore une fois, face à Girona en Copa, il est déterminant, au point de s’attirer des louanges supplémentaires de la part de son coach : « Il a connu une énorme maturation depuis son arrivée. Avec le Castilla, il a déjà montré ce dont il était capable. Et maintenant en équipe première. »

Plus le temps passe et plus on devient critique sur le Brésilien. Même si c’est normal que Vinicius soit encore en phase d’apprentissage (ce n’est qu’un 2000), les attentes sont maintenant bien plus grandes autour de lui. On ne le juge plus comme un jeune qui doit se montrer ; désormais, Vinicus est jugé comme un élément à part entière du Real. Bien sûr, on passe l’éponge sur plus de choses, on lui pardonne des mauvais choix et des incohérences, mais son premier pari est réussi : il a été totalement adopté par le public du Bernabéu et les suiveurs madrilènes. À  présent, après s’être montré, le plus dur commence. Bale est un concurrent plus que crédible pour lui ravir la place, et de même qu’il a dû digérer son arrivée au Real, il va devoir digérer ce nouveau statut. Le but, confirmer et s’installer durablement dans la liste des 18 convoqués. L’étoile filante Vinicius est devenu une météorite, mais sa permanence est encore incertaine.

Benjamin Bruchet 

@BenjaminB_13

 

 

 

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