Barça – Alex Grimaldo, l’exil à Benfica pour exister

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Talent précoce de la cantera du FC Barcelone, Alejandro « Alex » Grimaldo n’a, comme beaucoup d’autres avant lui, jamais eu l’occasion de s’installer aux côtés des Messi, Suarez ou Piqué. Loin de baisser pavillon, le latéral gauche coule aujourd’hui des jours heureux du côté du Benfica, à tel point qu’il aiguise l’appétit des plus grands clubs européens.

Né à Valencia, arrivé en Catalogne à douze ans, Alejandro Grimaldo Garcia se fait d’emblée sa place dans les équipes de jeunes de la Masia. Joueur de poche, fin et extrêmement vif, il colle parfaitement à l’ADN si particulier prodigué par le maître à penser du club, Pep Guardiola. Véritable Paganelli espagnol, il débute en professionnel à quinze ans seulement, à l’occasion d’un match entre la réserve des Blaugranas et le FC Cartagena.

Une précocité qui ne l’aide pas vraiment au Barça

Son entraîneur Eusebio Sacristán (aujourd’hui à Girona) lui maintient sa confiance et l’installe en Segunda Division. Insuffisant pour un joueur déjà ambitieux et en quête de temps de jeu dans l’élite. Comme pléthore de talents du Mes que un club, le rêve s’arrête aux portes de l’équipe première. En décembre 2015, il quitte officiellement le nid pour passer de l’autre côté de la Raya, moyennant un chèque d’un million et demi d’euros. Direction le Benfica, un choix motivé par le projet sportif des pensionnaires de l’Estadio da Luz, véritable usine à pépites.

Crédits : Twitter

Une décision sportive difficile à prendre, qui s’est avérée judicieuse au fil du temps. Si ses débuts sont timides, n’apparaissant que ponctuellement en Championnat (2 titularisations pour sa première saison, 14 en 2016-2017), il s’affirme à partir de l’an dernier comme un maillon essentiel de son équipe. Responsable du compte Twitter du club portugais (@SLBenficaFRA), Guilherme relate les débuts de Grimaldo sous le maillot rouge : « Rui Vitoria va préférer Eliseu à son poste pendant les deux premières saisons, donc il aura du mal à s’imposer malgré des signes de progression évidents. C’est vraiment cette saison qu’il a explosé, d’autant plus que Benfica utilise énormément les joueurs de couloir pour attaquer. Il est le joueur le plus utilisé de l’effectif puisqu’il joue quasiment tous les matchs et l’intégralité des 90 minutes à chaque fois. ». En plus du temps de jeu, le petit Alejandro glane avec les Águias un palmarès : deux championnats nationaux et une Coupe du Portugal, entre autres.

Un envol logique avec les aigles

Cette saison, il a déjà disputé plus de 30 matchs toutes compétitions confondues, pour des statistiques tout à fait honorables (cinq buts et quatre passes décisives). À noter qu’il a ce mardi, dans le cadre de la 19ème journée de Liga Sagres, clôturé la victoire éclatante face à Boavista (5-1) d’une frappe somptueuse. Choyé sous Rui Vitoria, le petit numéro 3 est l’un des nombreux talents de l’effectif, en compagnie des Joao Félix, Gedson Fernandes ou encore Ruben Dias, ce pourquoi il a logiquement conservé sa place dans le onze du nouveau coach Bruno Lage. Deuxième à la lutte derrière le rival Porto, encore en lice en Europa League (ils défieront Galatasaray en février), nul doute qu’un grand Grimaldo ne sera pas de trop pour gérer ce calendrier chargé.

Habile, percutant, Grimaldo a tout du latéral moderne, plus préoccupé par l’aspect offensif que défensif, qu’il a parfois tendance à occulter. Plutôt petit et fin (1 mètre 70 pour 60 kilos), il est capable d’occuper tout le flanc gauche, voire même de se positionner dans l’entrejeu où il peut mettre en lumière ses qualités techniques. Guilherme le confirme : « C’est un défenseur qui aime beaucoup attaquer, il n’hésite pas à monter et le fait même très fréquemment, ce qui le rend très précieux dans les dédoublements. Mais il manque de taille, de force et de puissance, ce qui complique son travail défensif. Son jeu défensif tend quand même à s’améliorer depuis le début de la saison. »

Crédits : Sl Benfica

Son style de jeu n’est évidemment pas sans rappeler celui de la flèche Jordi Alba, une des références du poste depuis une décennie. Sa formidable patte gauche, qui s’est illustrée sur un sublime coup-franc en feuille morte contre la Juventus à l’occasion de l’International Champions Cup, ne laisse pas non plus indifférente. Statistique loin d’être anecdotique, 6 de ses 13 buts en compétition officielle l’ont d’ailleurs été sur coup-franc direct.

La sélection avant l’envol chez un géant ?

Affûté physiquement, enfin épargné par des blessures qui l’ont éloigné plusieurs mois des terrains (il est victime d’une rupture des ligaments croisés en 2013 puis d’une ostéite du pubis en 2016), peut-il rêver de sélection ? Jusqu’alors dans l’ombre des Alba, Monreal ou Marcos Alonso, le natif de Valence n’a jamais eu l’occasion d’intégrer la Roja. Pourtant vainqueur de l’Euro des -19 ans en 2012 alors qu’il n’est âgé que de 16 ans, il participe vivement au succès des espoirs, débutant tous les matchs comme titulaire. L’aventure continue sous Lopetegui un échelon plus haut avec deux sélections en U21. Mais depuis, le téléphone ne sonne plus. Face au vieillissement des cadres de la Selección, il y a fort à parier que Luis Enrique lui donne sa chance dans les mois à venir. À lui de ne pas la gâcher.

Face à la montée en puissance de son latéral, Benfica gère-t-il déjà un éventuel départ ? Annoncé sur les tablettes de Naples ou Manchester United, il serait la priorité de la Juve pour remplacer Alex Sandro en cas d’échec de la piste Marcelo, excusez du peu. Les Turinois joueraient des relations avec son agent Jorge Mendes (qui s’occupe des affaires de Cristiano Ronaldo et Joao Cancelo) pour l’attirer dans leurs filets. Estimé à 30 millions d’euros, sa clause libératoire a été intelligemment fixée au double. « Vu son profil, il fait assurément partie du top 10 mondial à son poste. Le club reste évidemment ouvert aux grosses offres qui pourraient arriver, mais ce serait une très grosse perte pour nous. » déplore avec une pointe d’amertume le community manager benfiquiste, résigné à voir ses meilleurs éléments s’envoler vers d’autres cieux.

Avec un contrat qui court jusqu’en 2021, les dirigeants ont encore le temps de voir venir. Bien que la piste juventine revienne aujourd’hui avec le plus d’ardeur, le Barça, qui n’a pas inclus de clause de rachat avant son départ, penserait également à faire revenir son ancien poulain au Camp Nou pour prendre la relève de l’indéboulonnable Jordi Alba, dont l’extension du contrat est aujourd’hui en suspens. Vous l’aurez compris, Jorge Mendes a l’embarras du choix pour son protégé. Pas sûr toutefois, s’il s’engage chez la Vieille Dame, que Cristiano Ronaldo lui laissera tirer les coups-francs…

Corentin Rolland

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