Gaizka Garitano, le chef d’orchestre de la renaissance de l’Athletic

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Garitano ne cache pas sa joie après une victoire [Crédits : Athletic Club]

Officialisé le 4 décembre 2018 à la tête de l’Athletic, Gaizka Garitano prend les commandes le lendemain de la défaite 3-0 de l’équipe alors dirigée par Eduardo Berizzo. Une arrivée dans une période de crise sportive, qui n’a pas effrayé l’homme de 43 ans. 

Garitano, l’ancien entraineur de l’équipe réserve

Avant d’être promu à la tête de l’équipe première, Gaizka Garitano dirigeait le Bilbao Athletic. Avec les jeunes, le coach basque terminait avec un bilan des plus mitigés. Six victoires, et autant de défaites, lors de ses quinze matchs de Segunda B. Un bilan sportif qui aurait pu effrayer la direction de l’ex-président Josu Urrutia si l’urgence de trouver un entraîneur n’avait pas été.

« Si ma démission peut aider l’équipe, alors oui, je le ferais », tels ont été les derniers mots de Berizzo lors de la conférence de presse d’après-match. La violente défaite sur la pelouse de Levante ont poussé Urrutia à accepter une requête demandée par de nombreux socios, celle de limoger Berizzo.
Opter pour l’entraîneur de l’équipe réserve est une décision risquée. Elle rappelle en effet la promotion de José Ángel Ziganda en 2017, qui a fini la dernière saison proche de la relégation. Une situation qui n’avait guère plu aux supporters, ni même aux dirigeants, qui avaient alors choisi Eduardo Berizzo pour le remplacer. De plus, les résultats affichés par Garitano avec le Bilbao Athletic ne sont pas flamboyants. Ziganda avait fait mieux, en amenant notamment la réserve en seconde division.

Garitano lors d’un entrainement [Crédits : AS]

Quoi qu’il en soit, prendre quelqu’un « de la maison » est plus simple. Il connait parfaitement l’institution qui l’emploie ainsi que la philosophie de ce club. Josu Urrutia ne peut pas attendre et c’est en tant que solution provisoire qu’est présenté Gaizka Garitano.

Un homme sûr de lui et très organisé

Avec son mètre 84, ses cheveux coupés courts et son visage carré, Gaizka Garitano est un entraîneur sûr de lui. Toujours droit, le visage ferme, il rappelle son prédécesseur Eduardo Berizzo.

Mais à la différence de l’Argentin, Garitano est des plus expressifs lorsque son équipe joue. Un but rapide d’Iñaki Williams et vous le verrez crier en levant les bras. Une occasion ratée de Markel Susaeta et vous le verrez se tortiller le bassin vers l’avant. Il sait ce qu’il fait et se tient toujours à ses plans. Lointain est le souvenir de « Kuko » Ziganda modifiant ses remplacements et plans de jeu, à plusieurs reprises, sur conseil d’un joueur. C’est un homme organisé, et qui impose à ses joueurs de l’être autant.

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La tactique reste la même qu’au début du match et les Leones doivent la suivre à la lettre. Seul un imprévu de taille, tel qu’une expulsion, impose un changement dans son organisation. Celui-ci se fait sans consultation avec le coach. « Nous l’avions vu à l’entrainement » confiait Muniain après la victoire 1-0 contre le Bétis concernant le jeu à 10. Garitano n’aime pas les imprévus, tout doit donc avoir été envisagé à l’avance. Une caractéristique qui semble être commune à la majorité des entraîneurs, mais qui ne l’est plus forcément dans l’application.

Garitano organisant l’offensive [Crédits : Inside Athletic]

Le système imposé par le natif de Derio, à quelques kilomètres de Bilbao, est un jeu de possession. Ce qui a considérablement accru le rôle du milieu de terrain de l’Athletic.

Milieux de terrain et défenseurs en contact quasi-permanent

Que ce soit sous Ziganda ou avec Berizzo, l’un des plus gros problèmes de l’Athletic est le milieu de terrain. Avec l’arrivée de l’ancien Armero, Dani García, lors du dernier mercato estival, les choses se sont légèrement améliorées.

Pour changer les choses, Garitano a tout d’abord modifié deux éléments, qui deviendront les bases de son système actuel. Le latéral droit Ander Capa, qui avait progressivement perdu sa place sous Berizzo, la reprend pour de bon. En attaque, l’ailier de 21 ans Iñigo Córdoba gagne définitivement sa place dans le jeu. Une décision qui coûte la place d’un certain Iker Muniain et titille l’opinion des supporters. En effet, toucher à leur chouchou de longue date est une opération risquée mais les résultats sont là, ce qui réduit considérablement les remarques des fans. D’autant que début janvier, Raúl García est suspendu et se voit remplacer par Iker Muniain, qui ne manque pas l’occasion de marquer. L’ancien milieu de terrain de l’Atletico se blesse à l’entrainement peu après, ce qui donne à Muniain l’opportunité de revenir titulaire, cette fois au milieu de terrain.

Garitano, entouré de Muniain et Williams après la victoire contre le Bétis [Crédits : Athletic Club]

Positionné en milieu offensif, Iker Muniain doit davantage être connecté aux attaquants qu’aux défenseurs. Mais ce n’est pas le cas de ses acolytes San José – ou Beñat – et Dani García, qui doivent lancer les contre-attaques ou récupérer les ballons adverses avant qu’ils n’atteignent la défense bilbayenne. Avec ses centraux Yeray et Iñigo Martinez, l’Athletic de Garitano assure une défense solide. En témoignent les quatre invincibilités, sur sept matchs de championnat. Dans les cages, Iago Herrerín est le préféré de Garitano. Avec pas plus d’un but encaissé par adversaire, ce qui n’est arrivé uniquement trois fois, il protège au mieux sa ligne blanche.

Offensivement, des buts rares et précieux

Vous l’aurez donc compris, le jeu de Gaizka Garitano se base sur la possession. Le jeu offensif de Berizzo est remplacé. De l’ancien entraîneur reste l’agressivité, de vigueur avec l’actuel coach dans les situations de pertes de balle et de pressing.

Presser est très important dans le 4-2-3-1 de Garitano. Les Zuri-gorriak ne doivent jamais relâcher leur pression face aux adversaires. La tactique est assez simple. La possession est un système se basant sur la patience et les joueurs de l’Athletic ne doivent pas jouer trop rapidement une action. Au contraire, elle doit être envisagée à l’avance pour qu’à la moindre brèche dans la défense, une attaque soit menée. L’attaquant Iñaki Williams – repositionné au poste de 9 depuis la blessure d’Aritz Aduriz – est ainsi un élément très important des plans de Garitano. Aussi rapide qu’une lionne lors d’une partie de chasse, celui que l’on surnomme la pantera negra (la panthère noire en espagnole) est la clef du succès lors de la majorité des tentatives de contre-attaques des Basques.

Muniain et Williams, éléments phares pour Garitano [Crédits : Athletic Club]

Mais face aux gardiens, l’Athletic maintient un gros problème de finition. Ce défaut se retrouve aussi avec les centres vers la surface, qui trouve dans la très grande majorité des cas un défenseur adverse. L’absence d’Aduriz, spécialiste du jeu de tête, n’aide pas les hommes de Garitano à trouver les filets. Le positionnement de Williams en buteur offre de nouvelles opportunités à Garitano mais le natif de Bilbao est encore loin d’être un renard de surface tel qu’Aduriz. Depuis l’arrivée de Gaizka, l’Athletic a marqué deux buts en Liga qu’à deux reprises, contre le Celta et face au Sevilla.

Les objectifs de Gaizka Garitano

Alors qu’il devait garder son poste de façon temporaire, Garitano a reçu la confiance d’Aitor Elizegi, le nouveau président de l’Athletic. Au moins jusqu’à la fin de la saison, il dirigera le club basque, avec des objectifs clairs.

Sur le banc rojiblanco depuis décembre, Gaizka Garitano avait pour première mission de sortir de la zone rouge. Une opération essentielle pour l’un des seuls clubs espagnols à n’avoir jamais été relégué. Cette mission réussie, il dû essayer de sauver les meubles en Copa del Rey. Après une large victoire 0-4 sur la pelouse de Huesca, l’adversaire fut de taille. Suite à la une défaite 1-3 à San Mamés pour le match aller, Garitano est parvenu à s’imposer 0-1 à Séville, ce qui n’a pas pu empêcher les Basques d’être éliminés de cette compétition.

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Il faut aussi noter qu’entre ces deux matchs de Copa, les Leones se sont vengés à Bilbao par deux buts à zéro face aux Andalous. La réussite de l’homme de 43 ans en championnat permet à l’Athletic d’être en 11e position de la Liga, au moment où cet article est écrit. Une compétition où il n’a encore essayé aucune défaite.

À l’époque où il n’était pas titulaire, Muniain remplaçait Cordoba dans le jeu [Crédits : AS]

Le destin de l’euphorie bilbayenne scellé très bientôt

Cependant, un match crucial aura lieu d’ici quelques jours en Pays Basque. Il s’agit de l’opposition décisive pour chaque entraîneur, l’Euskal Derbia. Cette rencontre entre la Real Sociedad et l’Athletic Club est le match que chaque supporter veut gagner. Victorieux à San Mamés par 1-3, la Real Sociedad n’avait fait qu’une bouchée de l’équipe de Berizzo. Avec Gaizka Garitano, les supporters bilbayens espèrent une victoire similaire. L’enjeu est des plus gros pour l’entraineur des Leones. En cas de victoire, il deviendrait le protégé du San Mamés et pourrait envoyer l’Athletic vers les places européennes. Mais en cas de défaite, les fans risqueraient de tomber de leur nuage et l’ambiance pourrait se ternir à nouveau en Bizkaia.

Garitano avec Josu Urrutia, l’ancien président de l’Athletic [Crédits : Athletic Club]
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Quel que sera le résultat de ce match, Gaizka Garitano est parvenu à sortir l’Athletic de la crise. Tout en donnant espoir et confiance aux supporters, il est parvenu à doucement faire oublier la situation très compliquée dans laquelle est l’équipe depuis le départ d’Ernesto Valverde.

Jérémy Lequatre-Garat
@Euskarade

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