L’Osasuna à nouveau la proie de la Comisión Antiviolencia

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Indar Gorri, groupe ultra de l'Osasuna [Crédits : Eurosport]

Pour la seconde fois en une quarantaine de jours, le club navarrais d’Osasuna se retrouve être la cible de la Comisión Antiviolencia. Cette fois-ci deux banderoles, accusées de ne pas respecter les normes de sécurité en matière d’incendie, font polémiques. Retour sur les différends entre la commission nationale et le club de la capitale de la Navarre. 

L’Antiviolencia perturbe l’invincibilité de l’Osasuna à domicile

En 11 matchs disputés à domicile cette saison, l’Osasuna n’en a perdu aucun. El Sadar, maison des Rojillos depuis 1967, est le stade à battre pour les adversaires de l’Osasuna en Liga1|2|3. Alors que la dernière équipe à avoir quitté la Navarre avec un point est le CD Numancia – grâce à un match nul fin septembre dernier – un nouvel adversaire de taille souhaite s’en prendre au stade de Pampelune.

Son nom n’est pas celui d’une équipe de football mais bien de la Comisión Antiviolencia, l’organisation de lutte contre les violences et discriminations dans le football espagnol. Moyennement appréciée, elle est accusée de vouloir nuire à l’ambiance des stades, en interdisant notamment les feux de Bengale. Mais son rôle consiste aussi à sanctionner les clubs dont les supporters ont fait des remarques racistes lors d’une réception, par exemple. Dans le récent cas d’Osasuna, c’est très différent. Deux banderoles présumées dangereuses sont la cause de l’intervention de l’Antiviolencia.

El Sadar, stade de l’Osasuna [Crédits : AS]

Un désaccord entre le club et la police nationale

Pour avoir le droit d’être accrochée dans un stade, une banderole de supporters doit être validée par un coordinateur de sécurité. En Espagne, ce dernier représente la police nationale et doit examiner les conclusions précédemment faites par le directeur de la sécurité du club. Dans le cas des banderoles présentes au Sadar lors de la victoire contre Mallorca (2-0 le 20 janvier dernier, ndlr), elles n’auraient pas reçu un avis positif de la police.

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Dès lors, la Comisión Antiviolencia passe par la presse pour annoncer une amende de 65 000 euros à l’Osasuna, pour « avoir permis le déploiement de deux banderoles refusées par le responsable de la sécurité ». Selon le rapport de l’Antiviolencia, les composants utilisés pour la fabrication de ces deux banderoles sont inflammables. Ainsi, elles ne peuvent légalement pas être présentes dans un stade accueillant une manifestation sportive. La direction de l’Osasuna passe donc pour laxiste en matière de sécurité, ce que le club a démenti le 24 janvier dans un communiqué.

Rajoutons aussi qu’Osasuna avait déjà eu des problèmes avec la Comisión Antiviolencia en juin 2018. Le club était alors accusé de favoriser un groupe d’ultras – Indar Gorri, dont nous reparlerons – pour l’obtention de places lors des déplacements des Navarrais. L’Osasuna était passé de peu à côté d’une amende de 50 000 euros.

L’Osasuna s’est imposé 2-0 contre Mallorca lors de son dernier match au Sadar, le 20 janvier [Crédits : LaLiga]

Un communiqué public pour s’opposer à la légitimité de l’amende

Tout en critiquant l’Antiviolencia – qui a annoncé les sanctions par la presse et non en contactant directement le club – l’Osasuna explique que ce type de banderoles a déjà été utilisé à plusieurs reprises sans que cela ne pose problème. Les Rojillos y joignent un document signé par le directeur de la sécurité du club, attestant de la conformité des banderoles. Par ce communiqué, l’Osasuna défend aussi ses supporters, dont « l’image est ternie par le rapport » de la Comisión Antiviolencia.

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Luis Sabalza, le président du club navarrais, ne semble donc pas disposé à payer l’amende. Dans le communiqué publié par son club, il est expliqué que d’autres stades ont hébergé des banderoles similaires, sans que cela ne pose problème. « [L’Osasuna] a appris que lors de la même journée [sportive] des banderoles ont été exposées dans d’autres stades de La Liga, fabriquées avec les mêmes matériaux, par le même fournisseur et portant le même type de certificat » est-il affirmé dans ce texte.

Un sentiment d’injustice est ainsi mis en avant dans la réponse du club, qui se « lamente que les critères utilisés pour proposer des sanctions ne soient pas les mêmes pour tous ». Autrement dit, l’Osasuna ne comprend pas pourquoi il est le seul club à avoir des problèmes à cause de ces banderoles. Une explication peut cependant être donnée. Pour cela, il suffit de revenir au mois de décembre 2018.

L’affiche polémique en question, lors de la réception de Mallorca [Crédits : Noticias de Navarra]

Les Indar Gorri, au centre des problèmes avec l’Antiviolencia

Il est intéressant de souligner l’emplacement des banderoles pointées du doigt par l’Antiviolencia. En effet, ces dernières se situent dans le virage sud du stade El Sadar, là où logent Indar Gorri. Ce groupe d’ultras proche de la gauche abertzale est dans le viseur de la Comisión Antiviolencia depuis de nombreux mois.

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En mai 2018, onze membres des Indar Gorri ont été condamnés pour différents délits, dont celui d’ « appartenance à un groupe criminel ». À l’origine de cette condamnation se trouvent des violents affrontements avec des supporters d’autres équipes, dont certains auraient fini aux services hospitaliers. En décembre dernier, l’Antiviolencia était venue une première fois menacer l’Osasuna, suite à sa « passivité à l’égard de certains de ses socios ». En l’occurrence, l’Antiviolencia accuse la direction de l’Osasuna de laisser les onze membres d’Indar Gorri assister librement aux rencontres du club navarrais, alors qu’ils ont été reconnus coupables de plusieurs délits. La Comisión Antiviolencia avait alors proposé une sanction économique de 200 000 euros, ajoutée à cela la fermeture d’El Sadar pendant un mois.

Mi-décembre, Luis Sabalza s’était alors opposé aux velléités de l’Antiviolencia, affirmant qu’elles résultent d’un « non-sens légal absolu ». Le président de l’Osasuna avait pointé le fait que la commission donne une mauvaise image des supporters du club, et qu’il ne peut pas le permettre.

L’un des 11 membres d’Indar Gorri condamnés mi-2018 [Crédits : Diaro de Navarra]

Quelle sera la suite ?

Sans chercher à parler de complotisme, il parait ainsi envisageable que la Comisión Antiviolencia cherche un moyen de mettre à l’amende l’Osasuna à cause d’Indar Gorri. Mais le club d’Iruñea ne se laisse pas intimider et continue de soutenir son groupe d’ultras. Les arguments mis en avant dans le dernier communiqué laisse envisager qu’Osasuna ne pourra pas être forcé à payer les 65 000 euros pour les banderoles.

D’autant plus que le message inscrit en Euskara (la langue basque, ndlr) ne visait en rien l’Antiviolencia. En effet, la banderole au cœur de la polémique est un hommage à Eladio Zilbeti. Cet homme politique basque, membre de la gauche abertzale, est considéré comme l’un des fondateurs du Club Atlético Osasuna. Il n’y a donc aucune raison pour l’Antiviolencia de vouloir sanctionner uniquement l’Osasuna, et non les autres clubs ayant utilisé ce type de banderole. Sauf si cela est effectivement en lien avec les différents entre eux et Indar Gorri.

Vue d’ensemble de la banderole à l’origine de la polémique [Crédits : Twitter @eladiozilbeti]

Désormais, l’Osasuna devrait passer à autre chose et se concentrer à nouveau sur les aspects sportifs. Cinquième du championnat à l’heure où cet article est rédigé, l’invincibilité à domicile lui permet de rester dans la lutte pour la montée. Les prochaines rencontres seront cruciales et l’Osasuna a plus que jamais besoin de ses supporters, ultras ou non.

Jérémy
@Euskarade

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