Coupe D’Asie des Nations : La Real Sociedad, le Rayo Vallecano et le mirage chinois Qbao

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Depuis que la Chine veut faire émerger son championnat et placer son nom sur la carte du football mondial, elle multiplie les investissements à l’étranger. Dans cette quête qui doit mener le géant asiatique à décrocher une timbale mondiale, la Chine a trouvé un allier de taille avec l’Espagne qui veut faire de son championnat le premier à l’échelle mondiale. D’un partenariat avec une société louche au prêt d’un joueur chinois sans accord de l’entraîneur, retour sur un moment particulier de l’alliance sino-espagnole avec l’accord Qbao-Rayo Vallecano.

En 2014, alors que les investissements Chinois en Espagne sont à leur paroxysme, le Rayo Vallecano petit club de quartier de Madrid qui évolue en Liga noue un partenariat avec une société chinoise inconnue ou presque en Europe : Qbao. Cette société qui vend des taux de retour sur investissement pharaonique (près de 20%) à ses investisseurs noue aussi un partenariat avec la Real Sociedad. Qbao qui est à moitié une plate-forme financière et à moitié une société de divertissement va donc s’afficher en chinois sur le maillot du club madrilène et basque mais aussi un peu partout dans les deux stades et autour des centres d’entraînements. Les montants divergent, le Rayo empoche 600 000 euros, la Real un peu moins de 2 millions et le contrat porte sur plusieurs saisons.

Qbao, un inconnu ambitieux en matière de football.

Après les annonces officielles en grande pompe arrive le temps des actes. Quand on se balade sur le site internet de Qbao surprise : pas de version espagnole et une société très vague sur ses activités. Une situation surprenante pour une entreprise qui veut conquérir le marché espagnol. Le sponsoring est monté comme un partenariat entre Qbao d’un côté, les deux clubs espagnols de l’autre et au milieu de Chengdu Better City FC devenu le Chengdu Qbao FC en D3 chinoise. Cet accord va dans le sens du vent, à cette période la Chine cherchait énormément de partenaires à l’étranger pour nourrir la machine qui doit l’emmener à un titre mondial en 2050.

La Chine aime l’Espagne et après le départ de nombreux formateurs du Real pour remplir le staff de la plus grande école du football du pays, de nombreux entrepreneurs chinois se mettent à investir en Espagne. Avec plus au moins de réussite comme à Grenade, à l’Atleti, à Getafe et même à Villarreal avant d’arriver au Rayo et à la Real. Des fois c’est des partenariats simples, d’autres fois des sponsorings et parfois même des investissements plus massifs. Tous cherchent la même chose : se placer là où le veut le gouvernement pour être dans ses petits papiers.

La même entreprise mais deux projets différents

Globalement on voit deux choses se distinguer avec l’implantation de Qbao en Espagne. Avec la Real Sociedad c’est surtout une collaboration autour de la formation. Même si on est loin de la Cantera de l’Athletic, la Real sait former des cracks ou en tout cas les détecter même à un âge assez avancé (Le Normand récemment et Griezmann en tête d’affiche). Cette science de la formation et post-formation est quelque chose de très recherchée par les investisseurs chinois en Espagne. Le Rastar Group quand il prend la tête de l’Espanyol annonce directement la couleur : externaliser le savoir faire en terme de post-formation des Pericos en Chine. Avec Qbao et la Real c’est pareil, rapidement des équipes de jeunes du Chengdu Qbao FC sont envoyé en stage à San Sébastian. Des départs de formateurs basques sont aussi annoncés pour former les éducateurs directement en Chine.

Credits : Diario Progresista

De l’autre coté, à Madrid la logique est totalement différente. Même si l’aura du Rayo se cantonne à Vallecas et le club ne rayonne guère, avoir son nom apposé sur un club situé dans la capitale madrilène en impose un peu. Avec les Rayistas, Qbao cherche clairement le coup médiatique avec un président qui n’hésite pas à tenter plein de choses malgré un club pas au mieux financièrement et une armé d’ultras d’extrême gauche. Quelques mois plus tard, Presa le propriétaire du Rayo va notamment se lancer à la conquête des US en lançant une franchise marquée Rayo en NASL. Avec Qbao, il veut développer la marque Chine en organisant une tournée. Sauf que le partenariat va vite dépasser le cadre légal.

Un transfert qui fait débat et un Rayo au bord de l’implosion

Un an après l’annonce du partenariat entre Qbao et les deux clubs espagnols, un amical est organisé en Chine entre Rayo et Real au terme d’une tournée asiatique pour les deux formations. De plus, des tournois de jeunes organisés par Qbao en Chine invitent des équipes de jeunes des deux formations espagnoles. L’accord est bien perçu au pays basque mais une goutte va faire déborder le vase à Madrid.

Le 21 juillet à la surprise générale : Zhang Chengdong signe au Rayo Vallecano. Le mouvement surprend et provoque la colère noire de Paco Jemez l’entraîneur des Rayistas qui se livre sans détour sur ce mouvement. A la Ser il lâche : « Depuis que je suis ici, c’est sûrement la pire décision de la direction. On ne peut pas permettre à un sponsor d’imposer le fait de ramener un joueur.  Je ne crois pas que quiconque en dehors du club devrait s’immiscer dans les affaires sportives ». Le stage obligatoire en Chine le rend aussi fou. Le Rayo se sauve miraculeusement chaque année et là alors qu’il pousse pour faire revenir Michu au Rayo on recrute un autre joueur sans son accord ?

Crédits : As

Rapidement le transfert vire au vinaigre. On apprend même que c’était une clause du partenariat entre Qbao et le Rayo. Les dirigeants du club madrilène ont même choisi Chengdong sur catalogue et l’ont pris parce qu’il avait évolué en Europe (Portugal et Allemagne). Sauf que voilà, même si Paco n’a rien contre lui, il n’entre pas dans ses plans. Ce n’est qu’en décembre qu’il joue ses premières minutes en match officiel. Tout d’abord en Copa Del Rey face à Getafe le 5, puis le 30 en jouant la fin du match entre le Rayo et l’Atleti il devient le premier chinois à jouer en Liga.

Gbao et l’Espagne, une fin en eau de boudin entre condamnation par la FIFA et dirigeant en prison.

Quelques jours après ces débuts en Liga, le prêt de Chengdong au Rayo est cassé et le chinois retrouve son club de Beijing Guoan. Quelques mois plus tard, il deviendra l’un des chinois les plus chers lors d’un mercato hivernal lorsque le Hebei Fortune le délogera de son club contre un chèque de 20 millions d’euros. Cependant, son passage en Espagne a fait couler beaucoup d’encres même après son départ. La FIFA alertée par le mouvement se saisit de l’affaire et reproche au Rayo d’avoir immiscer un tiers dans ses choix. Qbao qui avait fait la liste des joueurs chinois disponibles a par exemple payé les émoluments de Zhang lors de son passage en Chine. Des fautes qui vont conduire la FIFA a infligée une amende de près de 45 000 euros au Rayo.

Pour ne rien arranger, début 2018 des suspicions apparaissent autour de Qbao en Chine. On les accuse de fraude et d’être un organisme pyramidale qui ne rendra jamais l’argent à ses investisseurs. Après plusieurs plaintes déposées, des membres de Qbao ont des mandats d’arrêts à leurs noms et la société passe sur liste noire en Chine. Le PDG de la société se rend de lui même à la police en février de la même année et est incarcéré. Cette annonce arrive quelques semaines après que le partenariat entre Qbao et les deux clubs espagnols ait été réévalué et rallongé. La Real a même réussit à faire financier une partie de la rénovation d’Anoeta, son stade, dans le deal. Le Rayo double presque sa rémunération.

Rapidement pourtant on démonte les panneaux publicitaires à la Real Sociedad qui finira même la saison avec un maillot « propre » sans sponsor. En face le Rayo fait de même mais est lui à l’étage inférieur et les souhaits de grandeur à l’étranger se sont calmé pour Presa. Même sa franchise à Oklahoma baptisé Rayo OKC est fermé. Alors que le deal devait se terminer en 2020, les basques ont fait une demande pour recevoir 750 000 euros de dommages et intérêts. Rien n’arrivera et Zhang Xiaolei est toujours derrière les barreaux pour fraude avec 11 autres suspects.

Tebas et une Liga qui rêve toujours pourtant de Chine

En plus de ce partenariat, plusieurs autres projets entre hommes d’affaire chinois et clubs espagnols n’ont pas répondu aux attentes annoncées. Le Wanda Group s’est par exemple retiré de l’Atleti, l’Espanyol fait du surplace et Granada est en D2. Cependant, un petit projet continue de progresser celui de Jumila en D3. Racheté par deux chinois proches du football dont un commentateur vedette, le petit club est maintenant proche de Wolverhampton au point d’être qualifié d’équipe réserve des loups par la presse spécialisée.

Crédits : EPA/ZIPI

Des échecs qui n’ont pas émaillés les rêves de grandeur de Tebas le tout puissant président de la Liga. Son projet de faire de LaLiga la plus grande ligue du monde est encore bien réel et pour se faire il multiplie les partenariats à l’étranger. Il y a quelques semaines, un accord entre la Super League Chinoise et le championnat espagnol a même été tissé. Encore une fois, l’exportation du savoir faire espagnol en terme de formation est le nerf du contrat. Mais comme l’explique Javier Tebas il ne se résume pas qu’à ça : « Nous travaillons sur la Ligue chinoise en Espagne. Nous apporterons toute notre expérience dans le monde numérique. Nous contribuerons ainsi aux rêves du président de Superliga China, Li Yivi, de participer à une coupe du monde et de pouvoir la soulever un jour « . Toujours là pour placer une petite phrase piquante il a même aborder la possibilité d’exporter une journée de Liga en Chine, et si l’empire réussissait a passer avant les US dans l’esprit de Tebas ?

Benjamin Bruchet 

@BenjaminB_13

 

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